Décès du Père Robert Vincent

Mgr Laurent CAMIADE, Evêque de Cahors,
les prêtres et les diacres du diocèse,
sa famille et ses amis,
vous font part du décès de
Monsieur l’abbé Robert VINCENT
survenu le lundi 23 mai à l’âge de 94 ans, et dans la 68e année
de son ordination sacerdotale.

Ses funérailles ont été célébrées en l’église de Catus mercredi 25 mai 2016
à 15 h, suivie de l’inhumation au cimetière de Mercues.

Homélie prononcée par le Père Michel Cambon

La vie et la carrière ecclésiastique de celui qui vient de nous quitter tiennent en quelques dates toutes simples.
L’abbé Robert VINCENT est né le 4 novembre 1922 à Carnac, près de Sauzet. Au lendemain de son ordination sacerdotale le 13 mars 1948 à la cathédrale de Cahors, il est nommé à Crayssac en tant que "vicaire économe". Par ce ministère, qui n’existe plus dans l’Eglise d’aujourd’hui, lui sont confiés, et à un très jeune âge encore, tous les pouvoirs d’un curé de paroisse, mais sans le privilège de la stabilité qui est le caractère essentiel de cette fonction. Il s’enracine alors, et pour toujours, dans un secteur qu’il ne quittera plus, même pour la retraite : curé de Mercues de 1966 à 1999, il se retire ensuite quelques années à la Maison des Oeuvres de Cahors, puis enfin à l’EHPAD de Catus, sans jamais rompre avec la vie chrétienne locale.
Cette vie est en apparence sans relief. En apparence seulement. Derrière ces dates si modestes, si peu nombreuses, se dissimule toute une spiritualité, toute une conception de la vie chrétienne et du sacerdoce. La vie de l’abbé Vincent, et c’est ce qui la rend à ce point extraordinaire, a été une vie intégralement ordinaire. Ordinaire parce que faite d’ordre, de régularité et de fidélité. Ordinaire parce que totalement insérée dans l’ordre de la grâce, la grâce de son baptême et de son ordination sacerdotale. Ordinaire parce qu’humblement située dans la droite ligne de celui qui lui avait montré la route à suivre, l’abbé Pagès, son oncle, qui fut longtemps le curé de Labastide-du-Vert et le desservant de la paroisse de Saint-Médard, aujourd’hui dans notre groupement paroissial de Catus.
Sa vie, ce fut le Christ, l’Eglise, ses paroisses de Crayssac et de Mercues. On peut même dire que, pour lui, ces trois pôles se confondaient. Il a donné du fruit là où Dieu l’a planté, en faisant toujours de son mieux. Il aimait raconter qu’il avait laissé ses paroisses "en bon état". Cela nous parait peut-être une petite ambition et une auto-satisfaction sans beaucoup d’envergure. Ne nous y trompons pas. Il voulait dire par là, que malgré la sécularisation et la crise de la vie rurale, il avait réussi, pour la part qui lui revenait, à préserver la foi et l’amour du Christ dans cette petite portion d’Eglise qui lui avait été confiée. L’âge venu, il a transmis la mission à d’autres, mais sans jamais s’isoler de la vie chrétienne du secteur. Il prenait des nouvelles des uns et des autres, qu’il n’avait jamais cessé de considérer comme des membres de sa famille. Quand il était curé, on le rencontrait peu en dehors de sa paroisse, car il était très discret. Mais ce n’était pas pour autant un sauvage, barricadé dans son presbytère. Permettez-moi ce souvenir personnel : à l’époque, dans ma paroisse de Luzech, le pèlerinage de Notre-Dame-de-l’Île était le plus important de la région. Y affluaient des foules nombreuses et ferventes ; les curés des environ venaient y célébrer la messe à tour de rôle. J’avais dix ans, et le curé de Mercues, qui me paraissait bien âgé (il était plus jeune que moi aujourd’hui !), me semblait l’une des figures tutélaires de ce grand rassemblement. Il me paraissait être là depuis toujours et pour toujours, comme les statues à la fois impressionnantes et familières de nos églises...
L’abbé Vincent, sans être maniaque, aimait le travail bien fait. Il ne supportait pas les choses imprécises ou bâclées, la mauvaise volonté ou la paresse. Et il n’hésitait pas à le faire savoir, ce qui a pu lui valoir la réputation d’un caractère difficile. Moi qui ai travaillé quinze ans avec lui, je peux témoigner que cela m’a toujours été agréable et d’un grand profit.
Son départ pour la Maison des Oeuvres de Cahors en 1999 ne l’a pas jeté dans l’inaction et l’indifférence à la vie de l’Eglise. Bien au contraire. Pendant plusieurs années, il est devenu l’auxiliaire précieux de tous les curés de la vallée du Lot. Ne ménageant ni son temps ni sa peine pour venir présider une fête votive, des obsèques, une messe dominicale. Il était extrêmement demandé, et peut-être certains en ont-ils abusé... A Cahors, il s’est beaucoup dépensé au service de l’aumônerie de l’hôpital qui sans lui aurait eu beaucoup de mal à remplir certains aspects de sa mission.
Il aimait beaucoup venir à Catus. Du temps que j’assumais la double charge de curé des groupements paroissiaux de Catus et de Puy-L’Evêque, il venait à Catus à peu près toutes les semaines pour célébrer les messes dominicales et des obsèques.
Son long et profond enracinement dans notre secteur l’avait rendu fin connaisseur de nos territoires et aussi de la psychologie humaine. Il ne se laissait pas facilement tromper ou prendre en défaut. Dans une paroisse où officient plusieurs prêtres, il peut parfois être tentant de les opposer et de jouer la division, ou tout au moins sur les différences, pour obtenir de l’un ce que l’autre pourrait refuser. Avec lui, on savait que ça ne marchait pas, car il était la loyauté même. Quel sens de l’Eglise ! Quelle humilité ! Quel humour aussi : il fallait voir avec quel esprit, avec quel sens du récit, il m’informait des avances dont il avait été l’objet en mon absence... J’ai pu compter sur lui largement, sans restriction, sans ombre.
Cette lucidité, il ne l’avait pas que pour les autres. Il l’exerçait sur lui-même. Se rendant compte que ses réflexes baissaient, il a décidé de sa propre initiative de faire le sacrifice de son autonomie en arrêtant de conduire. « Avant de provoquer une catastrophe », disait-il. Et, en cessant de prendre le volant, il n’a pas cessé de rendre service, toujours reconnaissant envers ceux qui lui servaient de taxi. A ces personnes aussi, je veux dire aujourd’hui toute ma gratitude, pour notre cher abbé Vincent et pour le service de l’Eglise.
Le moment étant venu pour lui de quitter Cahors, il a choisi de venir dans cette commune de Catus, avec laquelle il avait tissé des liens solides. Catus, c’était aussi pour lui un peu Crayssac et un peu Mercues, où il avait laissé une bonne partie de son coeur. A l’occasion de célébrations, il revoyait souvent de ses anciens paroissiens ; il partageait souvent avec moi la joie que lui procuraient ces rencontres. A la maison de retraite, la messe du vendredi lui revenait de droit. Quand il n’a plus pu la célébrer seul, il a continué à participer au groupe de prière qui se réunit ce jour-là.
Tant qu’il l’a pu, il a célébré la messe tous les matins à la chapelle du presbytère. Puis est venu le temps du fauteuil roulant. Et là encore, grâce à l’aide de paroissiens admirables eux aussi, il était présent pour concélébrer la messe dominicale, à l’église ou à la chapelle l’hiver, ce qui est techniquement un peu plus difficile et méritoire ! Il était encore parmi nous il y a un mois. Cette ténacité à s’accrocher jusqu’au bout à la vie de l’Eglise et à ses fonctions sacerdotales a quelque chose de sublime.
L’abbé Vincent aimait beaucoup sa vie à l’EHPAD de Catus, les soins et les attentions dont il était l’objet. Il s’y est senti vraiment chez lui. Cela aura été un peu sa dernière famille. Se sentant décliner, il avait demandé plusieurs fois l’onction des malades. Le jeudi avant sa mort, il a reçu dans sa chambre, avec une joie d’enfant, la statue de Notre-Dame-de-Rocamadour venue à Catus dans le cadre de la Mission Zachée.
L’abbé Vincent a gardé sa lampe allumée tout au long des quatre- vingt-quatorze années passées sur cette terre et de ses soixante-huit années de sacerdoce.
Je n’ai pas voulu vous faire le portrait d’un saint de vitrail. Il a été un être humain, avec ses contrastes, comme chacun de nous ici. Aussi a-t-il encore besoin de nos prières. Surtout méditons et imitons chacun dans notre état de vie sa fidélité et sa disponibilité. Il me disait il y a encore une semaine : « Je partirais bien, mais c’est le Patron qui décide... Alors qu’il en soit fait comme il voudra ! »
Voilà que votre Patron et le nôtre vous a rappelé, cher abbé Vincent. Que votre voyage vers Lui soit simple et droit, comme l’a été votre vie. Jusqu’à ce lieu du repos que vous avez tant mérité !
Abbé Michel CAMBON

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