Montgesty : 180e anniversaire du martyre de Jean-Gabriel Perboyre

Vendredi 11 septembre 2020

Nous avons pu réunir au Puech en ce vendredi 11 septembre plus de 100 fidèles (109 participants exactement) malgré le corona virus et les problèmes sanitaires qui s’imposent.
Dans le courant de l’après midi et le lendemain, quelques pèlerins sont revenus au Puech pour visiter la maison natale de saint Jean-Gabriel Perboyre.
La visite de la maison est toujours possible, mais il est préférable de téléphoner à l’avance au 06 83 23 13 17 ou au 06 89 93 10 10.

Cérémonie et messe en plein air, présidée par Mgr Laurent Camiade, évêque du diocèse de Cahors, avec le concours du Groupement paroissial de Catus, au lieu-dit le "Puech", maison natale de Jean-Gabriel Perboyre.

- Homélie de Mgr Laurent Camiade :

Mongesty - Saint-Jean-Gabriel Perboyre
Sir 51,1-8 ; Ps 33 ; Rm 8,31-39 ; Lc 9,23-26

Mes frères,

« Rien ne pourra nous séparer de l’amour du Christ » (cf. Rm 9,39).

Ces mots de saint Paul, sont parmi le plus forts de toute la révélation du Nouveau Testament. Ils peuvent nous éclairer dans tous les moments de nos vies, spécialement dans les périodes d’épreuve.

La situation actuelle du monde, avec l’épreuve de la pandémie, mais aussi tout ce qui va avec, la fragilité de nos institutions, leur mise en cause, les guerres toujours actives dans certaines régions du monde, les dégâts faits à la terre par la surconsommation et la culture du déchet, la perte de l’espérance et du sens du bien commun dans notre culture occidentale, tout cela pèse et peut nous rendre extrêmement pessimistes.

Mais saint Paul nous dit que « en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à Celui qui nous a aimés », le Christ. Et, de plus, cette victoire ne peut pas être remise en question. Il y a là un point fixe de toute l’histoire du cosmos. « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur ».

C’est si important de savoir à quoi nous pourrons toujours nous raccrocher !

Nous savons combien saint Jean-Gabriel Perboyre a tenu comme un point ferme et définitif à demeurer lié à la croix du Christ, à l’amour infini du Sauveur. Ni le martyre déjà consommé du père Clet qu’il admirait tant, ni sa propre santé fragile, ni la mort de son frère parti le premier comme missionnaire, n’ont en rien diminué son désir ardent de partir en Chine, bien au contraire. Chacun de ces faits éprouvants en eux-mêmes ont été des stimulants pour son élan missionnaire et pour son attachement à Jésus-Christ. Il est finalement « heureux de mourir pour le Christ ».

Nous savons aussi combien les catholiques du diocèse de Wuhan vénèrent et prient saint Jean-Gabriel Perboyre et beaucoup ont remarqué que le virus corona qui nous perturbe tant et a fait tant de victimes dans le monde actuel serait précisément parti de la province de Wuhan où Jean-Gabriel, quelques années après le père Clet, a été tué. Cette coïncidence stimule la prière par l’intercession de notre saint lotois.

Mais cela nous invite aussi à lire dans ces événements les signes des temps et l’appel particulier à centrer davantage notre vie sur le seul point fixe de l’existence, au milieu des incertitudes de ce temps : l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre sauveur.

Si nous pouvions déjà obtenir, par l’intercession de saint Jean-Gabriel, la grâce d’une sensibilité vive à cet amour de Dieu qui nous est fidèle, même dans les épreuves, les persécutions et les dangers, notre façon de vivre serait beaucoup plus heureuse, plus libre et plus sereine.

Si nous sommes vraiment habités par la mémoire vive de cet amour dont rien ne peut nous séparer, nous supporterons avec plus de patience les tracas des gestes-barrière, des masques ou des mises en quarantaine et nous n’aurions pas peur de cette maladie étrange. Si nous sommes vraiment habités par la mémoire vive de cet amour dont rien ne peut nous séparer nous saurons être plus libres des actes de consommation parfois frénétiques que l’on a pu observer ces derniers mois, nous saurons remettre en cause nos modes de vie et les centrer sur l’essentiel, dans le respect de la création et avec un plus grand amour pour nos frères et sœurs, surtout les plus fragiles. Car ce qui importe plus que tout en ce monde, c’est qu’habités par l’amour du Christ nous soyons attentifs et proches des malades, des personnes en deuil, des migrants, des mamans qui ont peur de garder leur enfant, de tous les êtres désespérées par cette époque difficile…

La place de la prière dans nos vies est essentielle pour enraciner notre confiance dans l’amour du Christ dont rien ne peut nous séparer. Beaucoup de désordres sont issus du confinement du printemps dernier, mais une chose au moins a été très positive : nous avons ralenti ! Au moins pour ceux qui n’étaient pas mobilisés encore plus, comme nos personnels soignants ou quelques autres, nous sommes nombreux à avoir ralenti. Ces ralentissements ont pu avoir un effet bénéfique. Beaucoup ont mis le temps du confinement à profit pour se demander ce qui avait le plus de prix dans leurs vies.

« Rien ne pourra nous séparer de l’amour du Christ » (cf. Rm 9,39). Si nous avons été confortés par cette parole, le ralentissement n’a pas été inutile, certainement pas.

Il nous invite à quitter la logique trop fréquente de l’activisme, où l’on croit devoir sans cesse faire des choses, sans cesse se sentir utile, sans cesse être en mouvement, alors qu’il est si important de chercher Dieu, de se chercher soi-même en Lui et de prendre conscience de l’amour de Dieu qui donne sens à notre existence.

Mgr Thuan, l’évêque vietnamien emprisonné par les communistes de 1975 à 1988 a témoigné de la découverte spirituelle profonde qu’il avait faite pendant ce temps d’arrêt total de ses nombreuses activités. Au début de sa captivité, il est traversé par la grande angoisse de se sentir inutile et d’avoir abandonné le peuple qui lui était confié. Mais l’Esprit de Dieu lui a montré une autre façon de voir les choses. Il raconte :

Une nuit une voix m’a dit, au profond de mon cœur : « Pourquoi te tourmenter ainsi ? Tu dois faire la différence entre Dieu et les œuvres de Dieu. Tout ce que tu as accompli et que tu désires continuer à faire : les visites pastorales, la formation des séminaristes, des religieux, des religieuses, des laïcs, des jeunes, les constructions d’écoles, de foyers pour étudiants, les missions pour l’évangélisation des non chrétiens... tout cela est excellent, ce sont les œuvres de Dieu, mais ce n’est pas Dieu ! Si Dieu veut que tu abandonnes tout cela, fais-le tout de suite et aie confiance en lui. Dieu fera les choses infiniment mieux que toi, il confiera ses œuvres à d’autres qui sont bien plus capables que toi. Tu as choisi Dieu seul, non pas ses œuvres ! » Cette lumière m’a apporté une paix nouvelle, qui a totalement changé ma manière de penser et m’a aidé à dépasser des moments physiquement à la limite du possible. Dès cet instant une force nouvelle a rempli mon cœur et m’a accompagné pendant treize ans. Je ressentais ma faiblesse humaine, je renouvelais ce choix face aux situations difficiles et la paix ne m’a jamais manqué. Choisir Dieu et non pas les œuvres de Dieu. Voilà le fondement de la vie chrétienne, à chaque époque. Et c’est en même temps la réponse la plus vraie que l’on puisse donner au monde d’aujourd’hui. C’est le chemin par lequel se réalisent les desseins du Père sur nous, sur l’Église, sur l’humanité de notre temps » (Cardinal François Xavier Nguyễn Văn Thuận, Témoins de l’espérance, p. 63-64).

Mes frères, rappelons-nous : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour du Christ ».
Amen.

+ Mgr Laurent Camiade, évêque du diocèse de Cahors

Association des Amis de Jean-Gabriel Perboyre
mail : association_jgp_perboyre@hotmail.com
Tél. 06 83 23 13 17

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