N°11 - Juillet 2026
Cette lettre annonce la parution d’un document plus long (16 pages) qui sera imprimé avec cette lettre pastorale et distribué le 8 septembre à Rocamadour.
Chers amis diocésains,
Rencontrer le Christ est le cœur de notre vie chrétienne. Cette rencontre peut passer par de multiples chemins et prendre beaucoup de formes différentes. Il suffit de voir la diversité des saints canonisés par l’Église pour mesurer cette liberté de l’Esprit Saint. Néanmoins, une réalité unifie l’Église dans la rencontre de tout le peuple de Dieu avec le Christ et c’est ce que l’on appelle la liturgie. C’est pourquoi je voudrais réfléchir avec vous sur ce sujet, dans notre contexte de société où 76 % des français ont été baptisés (91 % des plus de 65 ans, mais 42 % des 18-24 ans), mais seulement 2% vont à la messe chaque dimanche. On voit aussi que 41 % seulement des français disent croire en Dieu (tous ces chiffres viennent d’une enquête Ifop commandée par l’observatoire français du catholicisme, datée de mars 2025).
Ainsi, un noyau fervent de catholiques sont extrêmement attachés à vivre la liturgie de l’Église, au moins chaque semaine et quelques-uns chaque jour, tandis qu’un grand nombre n’y viennent qu’occasionnellement. Je pense qu’il y a un lien avec la perte de la foi : quand on ne prie plus, au bout du compte, on finit par ne plus croire. Et la prière liturgique est la plus structurante, elle rejoint le fond des âmes de la façon la plus essentielle en nous mettant en contact avec le mystère pascal de Jésus.
Je constate également que beaucoup parmi les catholiques les plus fervents auraient envie de partager avec d’autres la joie qu’ils éprouvent dans les célébrations liturgiques de l’Église, mais qu’ils peinent souvent à trouver les mots pour en parler. Après avoir travaillé ce sujet avec le conseil pastoral diocésain le 6 juin 2026 et afin d’aider ceux qui souhaitent approfondir le sens de la liturgie, j’ai rédigé avec cette lettre pastorale, une quinzaine de pages sur la manière dont la liturgie nous donne de rencontrer le Christ. Ce document de réflexion est fait pour être lu personnellement ou en groupe et susciter un approfondissement pour mieux témoigner.
Je constate aussi que certains catholiques continuent de fréquenter leurs églises en dehors des célébrations liturgiques, ils viennent se recueillir ou allumer un cierge. Certains ont leur parcours habituel d’un lieu à l’autre de l’église ou leur chaise habituelle devant telle ou telle statue. Beaucoup de personnes qui ne viennent jamais à la messe restent étrangement attachées à leurs églises et si l’on parle d’en désaffecter une qui ne sert plus, certains se révoltent, sans mesurer que, peut-être, s’ils venaient y prier plus souvent et s’y rassembler avec quelques autres, on n’en arriverait pas là ! Dans ma lettre pastorale de l’année dernière, j’ai demandé de développer les fraternités missionnaires locales : nos églises reprendraient vie et retrouveraient leur sens originel si des chrétiens de nos villages prenaient régulièrement du temps pour s’y retrouver, ne serait- ce que pour prier un chapelet, lire un texte biblique, chanter un cantique, partager les intentions de prière du monde actuel, du village, du quartier…
On remarque qu’un certain nombre de personnes aimeraient bien, en fait, rejoindre nos assemblées liturgiques, mais elles se sentent illégitimes ou ont peur de ne pas faire les choses comme il se doit, d’être jugées voire exclues. La question de l’accueil et de la manière dont nous invitons à la messe est donc très importante. Le site internet d’une paroisse est souvent une première vitrine qui rassure ou inquiète. Mais le premier accueil à l’entrée de l’église doit aussi être particulièrement soigné.
Par ailleurs, des questions se posent autour de l’avenir de nos célébrations, vu le peu de fidèles en certains lieux et le petit nombre de prêtres. Le dimanche, il faut déjà souvent faire quelques kilomètres pour rejoindre une messe. Les mariages et les baptêmes sont moins nombreux, aussi des prêtres ou des diacres arrivent encore à se répartir ces célébrations même quand certaines dates sont très demandées. Les funérailles restent nombreuses, 91 % des français de plus de 65 ans étant baptisés. Les prêtres ne peuvent pas présider toutes les sépultures et, grâce à Dieu, quelques laïcs formés et mandatés conduisent alors les célébrations. À chaque fois, c’est la liturgie de l’Église qui se déploie.
De manière encourageante, le nombre d’adultes qui demandent le baptême, la confirmation, la première communion est en constante augmentation depuis quelques années. Par exemple 60 adultes ont été confirmés cette année dans le Lot. Il est nécessaire d’accompagner ces nouveaux venus et de les aider à sentir l’importance des célébrations liturgiques pour nourrir sa foi.
La qualité de nos liturgies, comme la transformation qu’elles opèrent dans nos cœurs pour mieux vivre la charité fraternelle témoignent de notre attachement à Jésus-Christ.
Voici les sept pistes de réflexion que je propose dans le texte sur la liturgie intitulé « Offre à Dieu le sacrifice d’action de grâce » (titre emprunté au psaume 49) :
- 1/ Pour bien saisir l’importance de la liturgie de l’Église, il est vital de réaliser que nous y participons en réponse au désir de Dieu et à son appel. L’Église, avec ses moyens actuels, le nombre limité de prêtres, les communautés vivantes d’aujourd’hui, continue de faire retentir cet appel du Seigneur. Rencontrer Jésus-Christ est possible parce qu’il le veut. Il attend de nous que nous le rencontrions avec tout ce que nous sommes et avec ce que nous portons dans nos cœurs, avec tout notre environnement.
- 2/ Le langage de la liturgie comme celui de la bible est un langage symbolique. En tant que tel il ne correspond pas forcément à nos habitudes de langage scientifique ou juridique. Un symbole renvoie à tout un système de significations et il vient toucher non seulement notre capacité de raisonner mais aussi notre cœur, nos émotions, nos souvenirs. Ainsi, la liturgie nous évangélise en profondeur. Mais cela suppose pour nous de nous ouvrir à son langage propre, de nous familiariser avec ce que Dieu a choisi comme style de communication pour se faire proche de nous.
- 3/ La symbolique met tout en lien, la création, les cultures, les hommes et les femmes. Alors nous devons comprendre et faire comprendre que tous sont invités au repas des noces de l’Agneau et personne n’est indigne de s’approcher, même s’il convient de se préparer et de se disposer avec toute notre bonne volonté. La convocation de Dieu à se rassembler pour célébrer son amour infini concerne d’ailleurs aussi bien ceux qui vivent sur la terre aujourd’hui que ceux qui sont passés de ce monde au Père, ainsi que les anges de Dieu.
- 4/ Les fidèles catholiques d’aujourd’hui montrent souvent qu’ils aiment que la liturgie soit belle. Ceci n’est pas seulement un enjeu pour que nous nous plaisions dans nos célébrations. Mais le soin apporté à la liturgie vise à montrer à Dieu notre amour, ce qui passe par l’offrande de ce que nous avons de plus beau. Notre rapport à la beauté peut avoir besoin d’être purifié et correctement réorienté vers le Seigneur mais nous n’avons pas à craindre d’investir de l’énergie pour faire de belles liturgies. Cela fait partie de notre réponse à ce que nous avons perçu de la beauté de Dieu.
- 5/ Il me semble que la question de la forme de la liturgie est un sujet sensible. Ce sujet démange ceux qui restent attachés au missel ancien car il leur semble que le missel de saint Paul VI relativise trop les formes des rites. C’est un point d’attention que nous devons avoir en respectant les rubriques du missel et en nous efforçant de mettre les formes. Il y a, dans le respect des formes traditionnelles, quelque chose qui relève de la foi en l’incarnation : le Christ n’est pas venu rencontrer les hommes de manière informe ni abstraite, mais en s’incarnant, dans un temps et dans un lieu, dans une culture avec ses rites et son langage. Nous recueillons l’incarnation du Verbe comme un héritage précieux, transmis sur vingt siècles de tradition et enrichi à chaque moment de l’histoire de l’Église.
- 6/ La réforme liturgique de Vatican II, en favorisant la « participation pleine, consciente et active » des fidèles a mis en valeur la dimension du dialogue dans la liturgie : Dieu nous parle et nous prenons le temps d’écouter sa Parole, et nous lui répondons, car la liturgie est une rencontre et un vrai dialogue. Les diacres, les lecteurs et lectrices, tous les acteurs de la liturgie viennent compléter le ministère indispensable des prêtres et manifester cette dimension du dialogue liturgique.
- 7/ Enfin, en parcourant les différentes célébrations qui composent la liturgie de l’Église, nous pourrons mieux comprendre quelle richesse la tradition nous a léguée. Cela apporte quelques pistes de réflexions sur la façon de vivre aussi notre foi quand il devient compliqué de participer à la messe dominicale ou que les prêtres se font rares, mais également de penser aux possibilités multiples pour les fraternités locales missionnaires de faire vivre leurs églises, même en dehors du dimanche, jour où il convient chaque fois que possible de se rassembler autour de l’eucharistie.
Une 8° partie est consacrée à l’énumération de quelques points d’attention et de recommandations pour notre vie liturgique pratique.
Ce document sera distribué avec la présente lettre pastorale lors de la fête de la nativité de la Vierge, le 8 septembre 2026 à midi, à Rocamadour, et les prêtres et autres personnes présentes représentant les paroisses pourront la diffuser ensuite auprès de tous ceux qui n’étaient pas sur place.
Notre-Dame est la « servante du Seigneur » (cf. Lc 2,38) et le « modèle de toute l’Église dans l’exercice du culte divin… » parce qu’elle est « modèle du culte qui consiste à faire de sa propre vie une offrande à Dieu » (Saint Paul VI, exhortation apostolique Marialis cultus (1974), n°21). Qu’elle nous accompagne toujours dans nos célébrations liturgiques pour que celles-ci soient de vraies rencontres avec son divin fils, Jésus le Christ.
+ Laurent CAMIADE
Évêque de Cahors






