Vendredi Saint / Homélie de Mgr Laurent Camiade

Vendredi 3 avril 2026

Homélie de Mgr Laurent Camiade

Mes chers frères et sœurs,

La mort de Jésus nous met en face de notre propre mort, de nos expériences de la mort, la mort de proches ou celle de plus lointains, comme ces milliers de victimes de guerres dont nous entendons parler quotidiennement, ou encore des victimes de crimes plus près de chez nous, dont les procès des auteurs font l’objet de feuilletons médiatiques interminables.

Notre société contemporaine a un problème avec la mort. Des historiens (cf. Philippe Ariès) ont montré qu’au moyen-âge en occident, grâce à la foi chrétienne, la mort était apprivoisée, elle faisait partie du paysage et l’on y voyait sereinement un passage vers la vie éternelle. On s’y préparait, en pensant que nos actes comptent et préparent la matière de notre vie éternelle et qu’un jugement particulier allait faire le bilan de notre existence terrestre. Mais tout cela, nous l’avons un peu perdu, reconnaissons-le : nous avons tendance à voir la mort comme le mal absolu ou bien, avec le projet de loi actuel sur la fin de vie, comme la libération des douleurs. En revanche, la peur des purifications de ce qu’on appelle le purgatoire ou pire, des tortures de l’enfer, semble avoir quasiment disparu de nos écrans, tout autant que l’espérance du ciel, le désir du bonheur éternel auprès de Dieu. Ces quelques remarques sur le rapport actuel à la mort, auxquelles on pourrait en ajouter bien d’autres, suffisent, à nous dire que nous avons besoin de ré-évangéliser notre regard sur la mort et aussi, à travers cela, notre regard sur la vie.

Alors, regardons Jésus mourir, c’est lui qui nous donne la plus belle leçon de vie.

D’abord, il n’a pas lui-même provoqué sa mort (comme quand le diable voulait qu’il saute du haut du temple). La passion selon saint Jean ne nous raconte pas l’agonie où Jésus éprouve la peur de la mort et où son humanité se révolte contre la perspective des tortures qu’il va endurer. Mais nous avons entendu ce soir le récit de la trahison de Judas, de la puissance implacable des gardes armés qui sont prêts à contraindre Jésus s’il ne les suivait pas, du reniement de Pierre qui n’a pas le courage, en tout cas ce soir-là, de suivre Jésus jusqu’au martyre, des atermoiements de Pilate et de l’acharnement de l’aristocratie du Temple de Jérusalem. Même si Jésus avance vers le calvaire, dignement et quasiment comme s’il faisait déjà une procession comme celle que nous allons faire en vénérant sa croix tout à l’heure, il n’a ni voulu, ni provoqué sa propre mort. C’est le péché des hommes qui en est la cause et lui, Jésus, est le seul qui n’a jamais péché (avec sa sainte mère, bien sûr).

Ensuite, on voit la lâcheté des accusateurs. Ils livrent Jésus à Pilate pour que ce soit lui qui le mette à mort. « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort » expliquent-ils, ce sont les règles imposées par l’occupant romain et elles sont leur alibi. Et quand Pilate, ayant fait flageller Jésus, ce qui est déjà une punition ignoble pour un innocent, veut leur rendre Jésus, ils disent sans détour : « nous avons une Loi, et suivant la Loi, il doit mourir parce qu’il s’est fait Fils de Dieu ». Or Jésus ne s’est pas fait Fils de Dieu, il est, de toute éternité, le Fils de Dieu. Et, c’est exactement le contraire qu’il a fait : de sa dignité de Fils de Dieu, il s’est abaissé et s’est fait homme, né d’une femme. Et comme le dit la lettre aux Hébreux, seconde lecture de cet office : « Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel ». L’enjeu est bien notre vie éternelle et c’est vers celle-ci qu’est tendu le Christ Jésus dans toute sa vie comme dans sa mort.

En contemplant sa croix, demandons à Jésus la grâce d’obéir comme lui à son Père, de garder cette dignité qui consiste à ne pas provoquer la mort, ni la nôtre ni celle des autres, mais de la regarder en face comme le passage décisif qui va révéler le vrai sens de toute notre vie et nous ouvrir la route vers le bonheur éternel qu’il est venu nous offrir.

Amen.

+ Mgr Laurent Camiade, évêque du diocèse de Cahors

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