Samedi Saint / Veillée pascale - Homélie de Mgr Laurent Camiade

Samedi 4 avril 2026

Homélie de Mgr Laurent Camiade :

Mes chers frères et sœurs,

« Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver » ! Cette parole du prophète Isaïe correspond profondément à l’attitude des catéchumènes que l’Église, dans notre pays, accueille nombreux en cette période de notre histoire. S’ils ont frappé à la porte de l’Église, c’est souvent après de longues années de recherche. Plusieurs disent qu’ils ont toujours eu le sentiment de la présence de Dieu en eux, mais sans pouvoir nommer ce qu’ils ressentaient. Il leur a fallu des années pour découvrir que c’était le Dieu révélé à Abraham, qui a parlé à Moïse face-à-face, qui a inspiré les prophètes et parlé à travers eux, qui s’est enfin incarné en Jésus-Christ et a assumé une vie humaine avec toutes ses grandeurs de travail, de soin affectueux des autres, de dialogue et d’enseignement, mais aussi avec ses limites, ses fragilités, ses appétits et ses fatigues et finalement la souffrance et la mort. Tout cela, pour nous envoyer son Esprit d’auprès du Père et nous entraîner avec lui dans sa résurrection et dans la vie bienheureuse pour toute l’éternité.

Entrer en contact avec Dieu, découvrir qui Il est, comprendre ce qu’Il a révélé de Lui-même, cela prend du temps. Les catéchumènes et tous les convertis nous rappellent que nous-mêmes, si nous sommes des croyants expérimentés, nous n’avons jamais fini de chercher le Seigneur. « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver » dit le prophète Isaïe à un Peuple qui a déjà connu Dieu et qui garde la mémoire de la traversée de la mer rouge, un peuple qui sait que Dieu prend soin de lui et qu’Il veut son bien, qu’Il l’invite à une vie belle et heureuse. Mais, même en sachant déjà cela sur Dieu, il faut encore le chercher car Dieu dépasse toutes les idées que nous pouvons nous faire de Lui.

Dans notre société française, il y a déjà, depuis longtemps, beaucoup de croyances, que l’on appelle parfois les « nouvelles croyances ». Elles sont la recherche de Dieu par ceux qui ne l’ont pas encore trouvé, mais qui se disent qu’il y a bien « quelque chose ». Ils ressentent des mouvements intérieurs de leur âme qui ne sont pas le seul effet de leur volonté. Ils voient bien que l’éducation laïque ne leur a pas tout dit sur le sens de l’existence humaine, que le rationalisme pur est une posture de déni de réalité en face des phénomènes religieux qui pourtant existent depuis toujours dans toutes les cultures humaines. Dans la plupart des autres cultures que la nôtre, ce déni est très rare et l’on admet bien plus facilement qu’il faut avoir une religion pour vivre. La beauté de la Création est une source infinie d’émerveillement qui élève naturellement les âmes vers le Créateur ou à travers laquelle Dieu appelle à se tourner vers Lui. Mais pendant longtemps, la posture standard en France consiste à dire « il y a peut-être quelque chose au-dessus de nous, mais je ne sais pas quoi », avec une sorte de rigidité dans le propos qui semble souvent vouloir dire, en réalité : « et je ne veux pas savoir quoi ».

Dans les quêtes spirituelles de ces dernières décennies, une affirmation domine, c’est de dire que le surnaturel serait essentiellement inconnaissable, qu’il n’aurait pas de contenu objectif, chacun pourrait y projeter ses propres idées. Seuls les phénomènes surnaturels intéressent, alors car ce sont des expériences, des choses que l’on se croit capable d’observer et, éventuellement, que l’on peut prétendre maîtriser. Notons qu’il est probable que les guerres de religion soient à l’origine de ce déni si répandu. La guerre, la violence motivée par la foi religieuse est ce qui discrédite et affaiblit le plus la légitimité d’une doctrine religieuse. Alors, beaucoup préfèrent ne pas avoir de doctrine, de peur d’avoir à la défendre contre ceux qui la contesteraient. Mais choisir de ne pas avoir de doctrine, qu’on le veuille ou non, c’est aussi une doctrine, et même une doctrine très orgueilleuse, car elle se croit supérieure aux doctrines admises par le commun des mortels.

Si les phénomènes religieux, les émotions, les effets énergisants ou libérateurs des quêtes spirituelles prétendument au-dessus de tout dogme et de toute doctrine, peuvent s’observer, ou même procurer un sentiment de supériorité et de pouvoir sur le monde invisible, il est impossible d’observer, ni de maîtriser la résurrection de Jésus. Quelques centaines de personnes l’ont vu de leurs yeux, mais ces témoins oculaires ont disparu et nous sommes donc renvoyés à leur témoignage. Pouvons-nous leur faire confiance ou pas ? C’est une décision que nous devons prendre librement : je les crois ou je ne les crois pas. Cette question va être posée tout à l’heure à ceux qui vont recevoir le baptême : croyez-vous ? Croyez-vous au Père créateur ? Croyez-vous en Jésus-Christ ressuscité ? Croyez-vous en son Esprit consolateur, toujours à l’œuvre dans l’Église ?

Il y a beaucoup de raisons de les croire, ne serait-ce que si l’on analyse en détail les évangiles : on comprend que ce n’est pas une leçon apprise, car les témoins, comme toujours dans le réel, n’ont pas vu ni rapporté exactement les mêmes détails. Certains insistent plus sur un aspect, d’autres sur un autre. Ils parlent librement. Et aucun d’entre eux n’avait imaginé a priori que Jésus puisse ressusciter car cela, pas plus que nous, ils n’en avaient une expérience personnelle. Même quand Jésus leur avait annoncé sa résurrection, ils ne le comprenaient pas. Vingt siècles plus tard, grâce aux écrits qui transmettent leurs témoignages, ils nous disent leur surprise, leur émerveillement, leur confusion. Marie-Madeleine, par exemple, prendra Jésus ressuscité pour le jardinier ! Les récits nous disent aussi leur peur face à la grandeur du phénomène totalement nouveau que Dieu leur donnait de percevoir. Jésus ou les anges qu’il envoie au tombeau vide multiplient pour eux les paroles rassurantes : soyez sans crainte ! n’ayez pas peur ! la paix soit avec vous ! Et ce qui nous reste, pour nous qui vivons presque deux-mille ans plus tard, c’est ce fameux tombeau vide, le Saint-Sépulcre de Jérusalem. Sauf depuis le 7 octobre 2023 et la guerre en Israël et le Hamas, étendue à l’affrontement avec le Hezbollah libanais, amplifiée aujourd’hui avec la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, des milliers de pèlerins chaque jour pouvaient pendant des années aller voir ce tombeau vide et méditer sur la résurrection à travers le signe qui a permis la foi des tous premiers témoins, Marie-Madeleine et l’autre Marie, Pierre et Jean et tant d’autres. L’Évangile entendu ce soir nous dit que les saintes femmes, après avoir reçu le message de l’ange qui disait que Jésus est vivant, ressuscité, « quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie ».

Crainte et joie, voilà l’effet que produit, depuis deux millénaires, la bonne nouvelle de la résurrection. Crainte car nous sommes totalement dépassés par ce qui nous est annoncé, c’est tellement grand et incroyable, cela n’a pas pu être inventé par des hommes. Mais aussi grande joie car la possibilité de ressusciter avec Jésus, sa Vie qui triomphe d’une mort injuste et ignominieuse, est la source de la plus haute espérance possible, celle de le retrouver un jour et de vivre éternellement dans sa joie et dans sa paix. « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. » (Ps 117,22-23) avons-nous chanté avec le psaume 117.

Crainte aussi parce qu’étant donné la grandeur du mystère de la résurrection, nous n’aurons jamais fini de le sonder, nous n’aurons jamais fini de chercher Dieu. « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver » exhortait Isaïe et il ajoutait «  invoquez-le tant qu’il est proche ».

Car pour que notre foi grandisse et que notre quête de Dieu ne s’égare pas, la prière est indispensable. Nous ne pouvons pas trouver Dieu si, comme dit Isaïe, Lui-même ne se laisse trouver. C’est toujours par sa grâce que nous devenons capables de le contempler. Parce que Jésus nous a envoyé son Esprit Saint, si on prie on trouve Dieu car Il est proche. Comme disait saint Augustin, Dieu est plus intime à moi-même que moi-même. Il est là, Il travaille au fond de nous-mêmes, même quand on ne le voit pas, qu’on ne l’entend pas et qu’on ne le sent pas. Cela explique sûrement qu’après avoir été baptisé, il faut encore recevoir la confirmation, c’est-à-dire une seconde dose d’Esprit-Saint qui vient nous fortifier dans la foi en nous rendant capables de surmonter le silence de Dieu et d’affronter l’incroyance du monde. Et puis, toute notre vie, nous aurons la nourriture de l’eucharistie, la communion au Corps du Christ, qui nous permet de ne pas affronter seuls les doutes ou les épreuves diverses de la vie.

Et nous sommes appelés à toujours prier ou toujours recommencer à prier car Dieu entend nos demandes. Si nous avons des moments de doute, des sentiments d’être dans la nuit, de ne plus percevoir la proximité de Dieu, cela est tout à fait normal. Dieu, qui a très bien su nous attirer à Lui quand nous nous étions éloignés ou que nous ne le connaissions pas, veut que notre foi devienne une confiance aveugle, un acte vraiment libre où nous choisissons librement de l’aimer et de faire confiance à sa Parole, de croire en sa vie plus forte que la mort.

Au tombeau vide, on ne voit que le vide, la sainte coiffe conservée dans notre cathédrale n’est qu’un bout de tissu et il dépend entièrement de chacun d’entre nous de croire que ce sont des signes de la victoire du Christ sur la mort. A nous d’implorer Jésus : fais grandir en nous la foi !

Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité.

Amen. Alleluia.

+ Mgr Laurent Camiade, évêque du diocèse de Cahors

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