Rocamadour- Journée mondiale de prière pour les vocations.

Dimanche 26 avril 2026

 Homélie de Mgr Laurent Camiade :

C’est aujourd’hui la journée mondiale de prière pour les vocations. Évêque de ce beau diocèse de Cahors, je suis venu aujourd’hui en pèlerin dans notre sanctuaire de Rocamadour où la Vierge noire a si souvent exaucé les prières de ceux qui se sont confiés devant la statue à l’intercession de Notre-Dame et de son fils Jésus-Christ, je suis venu et je me suis arrêté dans la chapelle Notre-Dame pour demander l’intercession de Marie afin que tous ceux qui sont à l’âge des choix de vie ouvrent leurs cœurs au don magnifique de leur vocation et que nous ne manquions ni de pasteurs ni de saints.

On appelle ce 4° dimanche de Pâques le « dimanche du bon pasteur » parce que chaque année on lit un extrait du chapitre 10 de l’Évangile selon saint Jean. Dans ce chapitre, Jésus parle du pasteur des brebis, du bon pasteur et il dit même : « je suis le bon pasteur » (Jn 10,11). Dans son message pour cette journée mondiale de prière 2026, le pape Léon XIV rappelle qu’on pourrait traduire « le beau pasteur ». Littéralement, en effet, Jésus dit "je suis le pasteur le beau" (en grec « o poïnen o kalos ». La racine grecque « kalos » a donné par exemple le mot calli-graphie = belle-écriture). Si nous sommes conscient que ce dimanche des vocations est le dimanche du beau pasteur, que Jésus est le beau pasteur et que sa mission dont il nous invite à prendre une part est belle et va nous rendre beaux, si nous accomplissons ce qu’il nous demande, alors, chacun de nous doit accueillir le don de sa vocation et se dire : ce à quoi Dieu m’a appelé, c’est beau ! Si je fais ce à quoi Dieu m’a appelé, c’est beau !

Vous savez, cette année dans notre diocèse nous avons eu à cœur de proposer à nos salariés des entretiens professionnels et des entretiens annuels d’évaluation. Aux prêtres également, j’ai proposé un petit bilan sur leur mission. Chacun peut dire ses joies et ses difficultés, ses projets, les collaborations dont il bénéficie, les lectures qui le nourrissent, les formations qu’il a pu suivre, les désirs qui sont les siens pour la suite de son ministère. Et bien, je dois dire que cet exercice me réjouit et que j’ai été édifié par nos prêtres, par le cœur que chacun met à son ouvrage. Bien sûr, ils ne sont pas parfaits, pas plus que moi. Il y a des difficultés et des blocages quelquefois. Mais mon ressenti global est que vraiment, ils sont de beaux pasteurs. Quand j’ai lu le message du pape où il souligne cette sémantique de l’Évangile de saint Jean, cette expression attribuée à Jésus « je suis le beau pasteur », j’ai aussitôt repensé à la beauté de la manière dont nos prêtres sont au service de la mission de l’unique Pasteur qu’est Jésus-Christ.

Cela nous rappelle que Dieu est source de toute beauté. Il veut nous donner de rayonner de son amour. Ouvrons nos cœurs à ses appels, c’est-à-dire au don précieux qu’est notre vocation. Et, comme dit le Saint-Père, créons « des contextes favorables afin que ce don puisse être accueilli, nourri, préservé et accompagné pour porter des fruits abondants ». C’est la tâche de tous, « familles, paroisses, communautés religieuses, évêques, prêtres, diacres, catéchistes, éducateurs et fidèles laïcs ».

Comment les familles peuvent créer un contexte favorable ? La première chose, c’est de cultiver en famille une ambiance où la foi n’est pas marginalisée, où il est permis d’en parler, où, si possible, on prie ensemble de temps en temps, on se raconte des vies de saints, on sait voir ce qu’il y a de beau autour de nous, le bien qui se fait et qui est signe de la proximité de Dieu. Il est permis, par exemple, d’avoir un regard critique sur ce que fait tel ou tel prêtre et même de lui dire ce que l’on pense dans un esprit de correction fraternelle, mais il serait malsain que des enfants grandissent sans entendre jamais dire ce qu’il y a de beau à devenir prêtre, ce qu’il y a de beau à contempler Dieu dans un monastère, ce qu’il y a de beau à tout donner pour Dieu, comme aussi ce qu’il y a de beau dans un mariage et dans la recherche d’une sainteté de vie.

En paroisse aussi l’on doit créer un contexte favorable aux vocations, ne serait-ce qu’en veillant à la propreté, l’entretien et la beauté de nos églises. Une belle église propre rappelle qu’elle n’attend plus qu’une chose : des gens qui viennent y prier Dieu et le servir. La prière et le culte de nos saints patrons doit irriguer toute la vie des paroisses et manifester la beauté qui se dégage quand on fait la volonté de Dieu. Un contexte favorable aux vocations est un milieu où l’on compte essentiellement sur Jésus, le beau pasteur, pour nous défendre contre tout ce qui nous détourne de Dieu, ou de l’amour pur, ou de l’espérance joyeuse d’aller un jour au ciel. Compter sur Jésus est ce qui caractérise une communauté chrétienne : elle ne s’appuie pas tant sur des projets ou des moyens humains, même s’il en faut, que sur la force de l’Esprit de Jésus qui vient irriguer notre existence et la rend belle.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, après avoir évoqué la figure du vrai pasteur, proche de ses brebis, Jésus dit à ceux qui ne comprennent pas son message : « je suis la porte des brebis ». On n’entre pas dans l’Église par les fenêtres, mais par la porte. Et la porte de l’Église, celui qui nous permet d’entrer et aussi de sortir, c’est Jésus lui-même. Un contexte favorable à la réponse de chacun aux appels de Dieu est un contexte où l’on ne veut rien faire sans passer par Jésus. On entre par lui, on sort par lui. Cette insistance de Jésus sur l’idée d’entrer et de sortir est très inspirante car elle nous montre que la vie chrétienne c’est aussi bien d’entrer dans une belle communauté de croyants que d’en sortir pour que cette beauté rayonne à l’extérieur en mettant en pratique le commandement de l’amour.

Un sanctuaire comme Rocamadour, c’est aussi un bel endroit à l’image de cette bergerie de l’évangile : on y passe, c’est-à-dire que l’on y entre après s’être déplacé hors de chez soi, puis on en sort pour revenir chez soi transformé, rendu plus beau par la grâce reçue. Mais la Vierge Marie sait bien que l’on ne vient pas la voir de façon féconde sans entrer par la porte qui est son fils Jésus, c’est pourquoi la statue de Notre-Dame nous montre Jésus assis sur son genou gauche. Elle nous le présente car il est la porte, celui qui nous accueille sans jamais nous enfermer, mais qui nous rend vraiment libres.

Quand Dieu nous appelle, il ne nous oblige pas. Il nous offre un chemin à suivre. Appeler, c’est rendre possible une réponse libre, c’est inviter à marcher à la suite de Jésus d’une manière particulière. Et répondre à cette invitation ne peut être qu’un choix libre. Ensuite, chaque jour nous sommes libres et chaque jour il faut lui redire oui si nous voulons être fidèles à notre vocation. Enfant et adolescent, j’ai longtemps cru qu’un jour le Seigneur enverrait son ange pour me dire ce que je devais faire de ma vie. En attendant cet ange hypothétique, je me préparais, d’abord inconsciemment, à donner ma vie comme prêtre, puis, de plus en plus consciemment, je sentais et je découvrais peu à peu que c’était mon désir profond. Il m’a fallu oser en parler avec un prêtre pour arriver à comprendre que peut-être bien que Dieu m’appelait à travers ce désir mystérieux et profond et qu’Il n’avait pas eu besoin de faire apparaître un ange pour m’indiquer la piste à suivre. Toutefois, j’ai aussi bénéficié de signes extérieurs, une famille qui estimait les prêtres, plusieurs fidèles-laïcs qui, parfois, me faisaient comprendre que l’appel de Dieu pourrait me concerner… tout ça a éclairé mon cheminement intérieur.

Frères et sœurs, la création d’un contexte favorable pour l’éclosion des vocations commence par la prière. La prière diocésaine pour les vocations est diffusée partout, facile à trouver sur le site du diocèse. Nous pouvons la dire souvent et garder cette intention précieuse, très importante car elle concerne nos choix de vie, notre liberté et la beauté de notre vie. Récitons-la ensemble…

Dieu notre Père, tu as béni le diocèse de Cahors au long des siècles en lui donnant de nombreux saints.
Nous t’en prions, par ton Fils Jésus-Christ : renouvelle aujourd’hui tes merveilles.
Donne-nous les prêtres dont nous avons tant besoin pour grandir en sainteté, et les vocations religieuses qui annonceront ta Parole et ton amour pour le monde.
Bénis aussi nos familles, et mets dans le cœur des jeunes le désir de te suivre.
Apprends-nous à t’écouter et à te dire chaque jour : « Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté. »
Notre-Dame de Rocamadour, priez pour nous.
Tous les saints du Lot, priez pour nous.

+ Mgr Laurent Camiade
Evêque du diocèse de Cahors

Soutenir par un don