Prière pour la paix

Dimanche 8 mars 2026 à Rocamadour.

 Homélie de Mgr Laurent Camiade :

Frères et sœurs,

« Donne-moi à boire » dit Jésus à la samaritaine.

Le souvenir de cette demande nous rappelle que le Fils de Dieu, le Christ n’a pas fait semblant de s’incarner. Il a éprouvé la soif. La soif ressentie par les humains peut être matérielle ou spirituelle. Jésus le fait comprendre à la samaritaine en lui promettant une eau vive qui est le don de Dieu.

La soif matérielle peut être très pénible et lourde de conséquences. Et pendant que de nombreuses guerres agitent notre monde, il y a des victimes qui éprouvent la soif car leurs habitations sont détruites ou parce que ces personnes ont dû fuir, ont été jetées sur des routes d’exil où elles marchent sous la chaleur, sans pouvoir se ravitailler.

Jésus s’identifie lui-même dans la parabole du jugement dernier à ces petits qui ont soif : « j’avais soif et vous m’avez donné à boire » (Mt 25,35) ou bien « j’avais soif et vous ne m’avez pas donné à boire » (Mt 25,42). Face à quelqu’un qui a soif, il n’y a que deux alternatives, on lui donne ou on ne lui donne pas à boire.

Bien sûr, face à la violence des guerres, nous ne pouvons pas agir facilement ni immédiatement. Nous nous sentons impuissants. Peut-être avons-nous à l’esprit des justifications de tel ou tel acte de guerre car il semble résoudre ou essayer de résoudre des situations de grande souffrance ou empêcher des violences plus étendues encore. Mais comme l’écrivait le pape Léon dans son message pour le 1er janvier dernier, les volontés de dissuasion par le réarmement « traduisent l’irrationalité d’un rapport entre les peuples, fondé non pas sur le droit, sur la justice ou sur la confiance, mais sur la peur et la domination de la force ».

Quoi qu’il en soit, puisque ces montées en rapport de forces et en actes de guerre existent, cela ne doit jamais nous laisser indifférents à ceux qui sont sous les bombes. La guerre moderne, nous le savons, fait plus de victimes civiles que militaires, elle atteint des familles, des enfants, des personnes innocentes. L’ONU a estimé que, lorsque des armes explosives sont employées dans des lieux habités, 90% des personnes tuées ou blessées sont des civils. Malgré la précision des tirs d’obus ou l’IA qui assiste les drones, ce sont très souvent les plus faibles parmi les populations qui pâtissent le plus, même quand beaucoup d’autres, heureusement, sont épargnés et continuent leur vie, entre les alertes où ils peuvent se réfugier dans des abris. Mais souvent, les infrastructures d’eau, d’électricité et d’assainissement sont endommagées et les services de santé sont gravement compromis. Des malades sont privés de soins indispensables, les femmes enceintes ne sont pas bien protégées, des enfants se retrouvent orphelins. Alors, si nous pensons à ces femmes, ces hommes et ces enfants, rappelons-nous que Jésus s’est identifié à eux, que ce qui est fait à ces petits qui sont ses frères, c’est aussi à lui que cela est fait. Parfois, certains d’entre nous regardent à la télévision des images guerre et cela ne nous empêche pas de continuer à manger tranquillement notre dîner et à siroter notre boisson favorite. N’y a-t-il pas là quelque chose d’indécent ? La parole de Jésus à la samaritaine : « donne-moi à boire » devrait au contraire prendre pour nous, alors, une densité très forte.

Au delà des soifs, des manques et des souffrances matérielles, dans l’Évangile des béatitudes, Jésus souligne en outre l’enjeu de la soif spirituelle. Il parle, en effet de ceux qui ont faim et soif de justice (Mt 5,6). Il promet qu’ils seront rassasiés. Jésus nourrit notre âme et la désaltère. Il veut nous rendre la joie que les tristesses de ce monde pourraient nous faire perdre. Il ne veut pas notre découragement. Pas étonnant, alors, que nombreux soient nos contemporains, en ces périodes tourmentées, qui se tournent vers Lui et demandent le baptême, comme c’est le cas de nos nombreux catéchumènes.

Jésus nous invite à contempler le don de Dieu : « si tu savais le don de Dieu ». Il invite à lui demander l’eau vive de son Esprit qui va désaltérer chaque jour nos âmes assoiffées. « Si tu savais le don de Dieu… c’est toi qui demanderait et il te donnerait l’eau vive » car, dit-il, « celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant pour la vie éternelle ».

Ces paroles, déjà, peuvent nourrir en nous une immense espérance. Quelles que soient les épreuves de nos vies, elles nous promettent une joie sans limites. La samaritaine était une femme malheureuse en amour, elle n’avait pas pu vraiment se stabiliser, 5 maris l’avaient quittée et l’homme qu’elle fréquentait alors n’était pas devenu son mari. Que de frustrations pour une seule personne ! Jésus ne la juge pas mais constate avec elle la blessure affective qui caractérisait le fond de son âme. Elle n’est pas blessée par la parole de Jésus mais elle en vient à reconnaître en lui un prophète, quelqu’un capable de désaltérer le fond de son âme assoiffée d’amour mais tant de fois frustrée par la sècheresse d’une vie d’échecs. Au village, tout le monde la connaît et connaît sa blessure intérieure, si bien que lorsqu’elle vient témoigner de Jésus qui a deviné qui elle est, on la croit sur parole et les gens se précipitent pour écouter Jésus. Cette eau vive promise, cette source jaillissante, habite en elle désormais. La joie que Jésus lui a donnée est contagieuse, elle se communique. Et puis tous vont se réjouir non seulement avec elle, mais parce qu’ils vont eux aussi entendre la parole vivifiante de Jésus, une parole de vie qui relève et désaltère les âmes.

Frères et sœurs, la prière pour la paix que j’ai proposée pour la neuvaine commencée hier, jusqu’à dimanche prochain, confie aussi à Dieu ceux qui sont découragés de ne pouvoir rétablir la paix. Cela peut être vrai à l’échelle du monde comme à l’échelle de nos réseaux de relations proches ou même de notre vie intérieure et personnelle qui fait que nous sommes parfois en guerre contre nous-mêmes, privés de sérénité et de joie. Nous lirons cette prière à la fin de la messe mais si nous sommes tentés par la désespérance et troublés par notre impuissance, rappelons-nous que la paix, comme l’eau vive du Christ, se transmet par capillarité, de proche en proche, comme pour la samaritaine qui a su la révéler à ses concitoyens proches. Et son expérience nous touche aujourd’hui encore. Alors nous demanderons, car cela est toujours possible, d’avoir la grâce de témoigner de l’amour des ennemis et d’une bonté désarmante. Ces grâces que le Seigneur donne sont à cultiver précieusement. Aimer nos ennemis n’est pas spontané, mais peut vraiment être une grâce. Et chaque petit pas sur ce chemin de conversion est un témoignage précieux qui fait grandir l’amour en ce bas monde. Une personne qui se présente désarmée est désarmante. Notre pape Léon XIV l’a souligné maintes fois. Il cite volontiers saint Augustin qui disait : « Si vous désirez que les autres aussi soient en paix, soyez-y vous-mêmes, restez-y vous-mêmes ».

Avec la grâce de Dieu, tout est possible. Que Notre-Dame de Rocamadour nous accompagne et nous soutienne dans cette conversion profonde de nos cœurs qui pourra faire de nous des artisans de paix habités par l’eau vive contagieuse du Christ.

Amen.

+ Mgr Laurent Camiade
Evêque du diocèse de Cahors


  Prière à Notre-Dame de Rocamadour pour la paix sur la terre :

Apprenez-nous à vivre en frères

Notre-Dame de Rocamadour, Mère du Christ et reine de la Paix,
alors que les théâtres de guerre se multiplient,
nous vous confions les peuples de la terre aveuglés par le mépris mutuel,
les responsables politiques enfermés dans des intérêts partisans
ou dans la peur de l’autre,
et tous les cœurs secoués de violence.

Vous, qui méditez tous les événements dans votre cœur maternel,
apprenez-nous à aimer l’intériorité et à chercher la réconciliation,
à prier sans relâche dans une invincible espérance.

Seigneur Jésus ressuscité,
ta paix est désarmée, car ton combat contre les forces du mal,
du désert à Jérusalem et du jardin de l’agonie à la croix,
fut toujours désarmé.
Et ta victoire est triomphe de l’Amour sur la haine.
Donne ta paix au monde, une paix désarmée et désarmante.

Nous te prions pour les victimes des conflits, adultes ou enfants,
et pour tous ceux que la peur rend complices d’une escalade de violence.
Donne-leur de trouver secours, sérénité et confiance.

Nous te prions pour ceux qui ont perdu l’espérance
et se sentent impuissants pour restaurer la paix.
Donne-leur de témoigner de l’amour des ennemis et d’une bonté désarmante.

Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l’Église,
apprenez-nous à vivre en frères,
Notre-Dame de Rocamadour, priez pour nous. Amen.

Mgr Laurent Camiade
Evêque du diocèse de Cahors

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