Dimanche 24 mai 2026. Confirmations Gramat.
– Homélie de Mgr Laurent Camiade :
Mes frères,
Tout un groupe de jeunes et d’adultes venus de tout le doyenné de Bourianne/Causse-Central va être confirmé dans la foi et recevoir ainsi une effusion de l’Esprit Saint. En ce jour de Pentecôte, c’est une grande joie pour nous tous et cela nous permet de vivre cette fête plus intensément, de nous rappeler notre propre confirmation pour ceux parmi nous qui sont confirmés et de désirer la recevoir un jour pour les autres.
Dans plusieurs lettres de demande de confirmation, un aspect m’a particulièrement frappé : le désir de recevoir l’Esprit Saint pour mieux se mettre au service des autres. Les expressions sont diverses, « m’engager plus activement… » ; « je souhaite aider mon prochain » ; « j’aimerais être davantage attentive aux autres » ; « je souhaite vivre pleinement selon les valeurs de l’Évangile » ; « être chrétien c’est aussi être gentil et attentionné aux autres » ; « je souhaite être attentive à ceux qui m’entourent, en particulier ceux qui souffrent ou qui se sentent seuls »… Dans chacune de vos lettres, ces phrases découlent à chaque fois de l’expression de votre confiance en Dieu, de votre foi, laquelle doit motiver des actes, de votre désir de prier aussi davantage et de compter vraiment sur Dieu pour vous permettre de vivre mieux. Plusieurs disent aussi leur souhait de témoigner de leur foi, de l’amour de Jésus, de la bonté de Dieu qui « ne nous veut que du bien » comme dit l’un d’entre vous.
Être dans une posture générale de service, et spécialement de service des plus petits, est vraiment une caractéristique de la manière d’être chrétien et de témoigner de sa foi. A la Pentecôte, les Apôtres étaient enfermés au Cénacle à attendre que l’Esprit Saint leur soit donné par Dieu. Il est venu sous forme de langues de feu. Et aussitôt, ils ne sont pas restés repliés sur eux-mêmes, mais ils partagent leur joie, ils partagent le don reçu, d’autant plus qu’un bruit venant du ciel avait semblé secouer toute la ville et qu’une foule de gens venant de toutes nations s’était regroupée. Il n’y avait rien à gagner pour les disciples dans le fait de parler. Ils ne sont pas allé dehors pour recruter des adeptes ni pour se faire remarquer. Certains les ont même un peu pris pour des fous ou des ivrognes, ils disaient « ils sont pleins de vin doux » (Ac 2,13). Simplement, la force de l’Esprit Saint les a comme poussés à partager aux autres leur joie, tant pis s’ils passaient pour des idiots. Ils n’allaient pas priver les autres personnes de cette joie et ils racontent avec enthousiasme les merveilles de Dieu (Cf. Ac 2,11).
Étrangement, l’Esprit Saint leur a donné de parler toutes les langues, de se faire comprendre dans toutes les langues, cela voulait bien dire que Dieu de voulait pas qu’ils gardent leur foi pour eux tout seuls, ni qu’ils restent enfermés dans l’intimité du Cénacle, mais Dieu leur donnait la grâce d’aller vers les autres, tous les autres, quelle que soit leur culture, leur manière de s’exprimer, leurs désirs ou leurs habitudes. Depuis la Pentecôte, la bonne nouvelle de la résurrection de Jésus n’est plus réservée aux seuls disciples qui l’avaient suivi pendant les trois années de son ministère public, cette bonne nouvelle est désormais pour tous. Ce mouvement d’évangélisation tous azimuts s’est prolongé tout au long des vingt siècles qui se sont écoulés depuis. Même encore ces dernières décennies, le langage nouveau que représentent les réseaux informatiques a été rempli de messages chrétiens, certes mêlés à toutes sortes de choses plus ou moins valables, plus ou moins sincères et plus ou moins vraies, mais la voix de l’Église se fait entendre aussi dans cette forme de langage, comme elle se fait entendre dans toutes les langues sur toute la terre.
Remarquons bien que c’est pour faire du bien aux autres que l’on annonce l’Évangile : c’est le signe d’une sortie de soi-même, d’une ouverture du cœur, d’une volonté de faire du bien comme Jésus a fait du bien. Pierre le dira dans son discours après la Pentecôte : Jésus, Dieu l’a « accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes » (Ac 2,22) Plus tard, chez le centurion Corneille, Pierre dira également de Jésus : « là où il passait il faisait le bien » (Ac 10,38). Et là où un disciple de Jésus passe, il fait le bien. Cela fait partie du message. Etre habité par l’Esprit Saint c’est être poussé à faire du bien aux autres, non pas pour notre propre profit, ni pour avoir du succès ni pour se sentir moins seuls, mais parce que nous savons que nous sommes habités par une joie que nous ne pouvons pas garder pour nous-mêmes, qui est faite pour se communiquer, qui nous pousse de l’intérieur à la communiquer.
Communiquer la joie du Christ, c’est annoncer la bonne nouvelle de Jésus et c’est aussi chercher à faire du bien aux autres de toutes sortes de manières. Nous sommes poussés par l’Esprit Saint à ne pas garder pour nous-mêmes les talents que nous avons reçus et cultivés mais à les mettre au service des autres. Et il existe une grande quantité de manières d’aimer et servir son prochain, soit par des soins médicaux, par de petits services de la vie quotidienne, par le soutien des pauvres, par l’enseignement donné aux plus jeunes, par la nourriture que l’on prépare et partage, par des encouragements et de simples sourires amicaux, par le travail bien fait par lequel on contribue au bien commun de la société, par la protection des plus faibles ou la défense de nos concitoyens, la visite de ceux qui sont isolés, etc., etc. Saint Paul le rappelait dans la seconde lecture, « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. » (1Co 12,4-7)
Le monde actuel se désespère à cause de la volonté humaine d’avoir toujours plus de pouvoir sur les autres. On se bat et on se fait la guerre pour essayer de dominer les autres, pour essayer de les amener à agir selon nos propres idées. C’est exactement le contraire de l’esprit de service que produit l’Esprit Saint. La violence dans les relations humaines est le fruit de la puissance qu’on veut déployer sans limites, au lieu de la mettre au service des autres. Les chrétiens montrent que le bonheur c’est de servir les autres et non de les dominer ni de profiter au maximum de toutes les richesses du monde moderne. Retenez bien cela : si vous voulez agir selon l’Esprit Saint qui vous a été donné, laissez grandir en vous ce désir de servir et d’aider, non pas pour faire à la place des autres ni pour les dominer, mais par amitié, avec la douceur du Christ, son humilité à Lui, qui s’est abaissé de sa condition divine pour que ce soit avec notre humanité qu’il nous sauve. Il n’a pas sauvé les hommes de façon surplombante. Il a voulu avoir besoin de nous. Il nous a même demandé d’aimer ce monde avec lui, de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés (cf. Jn 15,12).
En demandant la confirmation, vous avez désiré être plus proches de Dieu et cela vous conduira à vous mettre davantage au service des autres. Ne vous laissez jamais fasciner par les moyens techniques de plus en plus puissants que l’humanité est capable de développer aujourd’hui. Nous savons qu’ils peuvent tout aussi bien nous détruire, mais nous devons toujours mettre nos moyens au service du plus grand nombre. La multiplication des langues à la Pentecôte préfigurait en un sens ce qu’est capable de faire l’intelligence artificielle aujourd’hui, mais cet outil, comme les autres, doit rester au service des relations entre les hommes et du partage de la joie qui vient de l’Esprit Saint.
Amen.
+ Mgr Laurent Camiade
Evêque du diocèse de Cahors





