Lundi 30 mars 2026, Cathédrale Saint Etienne de Cahors.
– Homélie de Mgr Laurent Camiade :
Mes chers frères et sœurs,
La messe chrismale est, en quelque sorte, une fête de l’Esprit-Saint. On bénit des huiles qui vont servir à la célébration des sacrements dans lesquels l’Esprit de Dieu est communiqué aux hommes. Et les prêtres, qui vont renouveler leurs engagements ne peuvent vivre la fidélité au don total d’eux-mêmes que par la puissance de l’Esprit que saint Augustin appelait « le Don de Dieu », expression qui est reprise dans le rituel de la confirmation. L’ordination des diacres, elle aussi est, bien sûr un effet de l’Esprit Saint, l’Esprit d’Amour. Les animateurs de chant liturgique qui sont mis à l’honneur cette année à l’occasion de notre messe chrismale, ont aussi besoin de l’Esprit-Saint pour coordonner une louange commune qui jaillisse du cœur de chacun. Et, avant tout cela, notre baptême nous a tous rendus semblables à Jésus-Christ, l’oint de Dieu, celui sur qui l’Esprit-Saint repose parce que le Seigneur l’a consacré par l’onction (cf. Lc 4,18).
La formule du concile de Constantinople en 381 qui venait compléter le symbole de Nicée précisait, dans sa version initiale en grec, que l’Esprit procède du Père. Cette « procession » signifiait que le Père est l’unique principe d’où vient l’Esprit de toute éternité. Jésus lui-même, Fils du Père de toute éternité, se désigne dans l’Évangile de cette messe chrismale, comme le Christ, c’est-à-dire celui qui a reçu l’onction de l’Esprit (donc de cet Esprit qui procède du Père). Le Christ Jésus reçoit cet Esprit du Père et le communique aux hommes, d’auprès du Père. C’est pourquoi, dans la tradition latine, ce Don de Dieu qui est l’Esprit Saint est indiqué aussi comme procédant du Fils. Car le verbe latin « procedere » qui a donné en français « procéder », contrairement au mot grec qu’il traduisait, n’indiquèrent l’origine ultime du mouvement qu’il décrit, origine qui ne peut être que le Père lui-même. Et l’Esprit procède du Fils, non pas comme de son principe ultime, mais il procède du Père vers nous à travers le Christ qui, lui-même, retourne auprès de son Père dans l’Esprit-Saint. Ce retour du Christ vers le Père dans l’Esprit nous concerne dans le sens où, par son incarnation, sa mort et sa résurrection, le Christ a réconcilié notre humanité avec Dieu et notre espérance est donc de rejoindre avec le Christ le sein du Père pour y être comblés de son amour infini, pour toute l’éternité.
Par la grâce du baptême, nous avons été configurés à —c’est-à-dire rendus conformes à, formés, remodelés à l’image de— ce même Seigneur, Jésus-Christ par le don de l’Esprit-Saint. Ce Don éternel qu’est l’Esprit produit en nous des dons multiples, des fruits et des charismes. Parmi tous ces dons qui découlent de l’Esprit-Saint — qu’on appelle aussi le Don de Dieu, il y a le don de la vocation qui, lui aussi pourrait-on dire, procède du Père par le Fils. Notre vocation, quelle qu’elle soit, procède du Père par le Fils. Car c’est le Père qui appelle par son Fils dans l’Esprit-Saint. La Sainte Trinité produit ainsi en nous un élan qui peut orienter toute notre vie si nous savons collaborer fidèlement avec le Saint-Esprit qui nous a été donné.
Cet élan pousse au don de soi, par imitation du Christ qui s’est donné totalement et sous la motion de l’Esprit-Saint qui est Don de Dieu. Nous pouvons alors vivre le don de nous-mêmes sous diverses manières, chacun selon sa vocation et grâce aux sacrements.
La vocation des prêtres implique une consécration, un don total qui comporte des renoncements, renoncement à la vie conjugale et renoncement à la réussite sociale. C’est pourquoi ils deviennent, grâce à cette consécration, une image de ce qu’est Dieu en Lui-même, Père principe de tout, Fils égal au Père et livré pour tous, Esprit-Saint qui est Don de Dieu en Dieu lui-même et dans toute action de Dieu. Offrant au monde cette image de Dieu, les prêtres sont ainsi, par leur nature même de prêtres, de puissants moyens d’évangélisation. Ils reflètent à travers ce qu’ils sont et parce qu’ils sont donnés, le Don de Dieu qu’est l’Esprit dans lequel le Fils se donne de façon radicale pour la Gloire du Père et pour notre Salut. Nous comprenons très clairement ce don du Christ qui est pris dans le mouvement de l’Esprit quand Jésus rend son dernier souffle et que les Évangélistes signalent qu’il remit l’esprit (Mt 27,50 // Jn 19,30). Saint Luc rapporte même cette parole de Jésus mourant : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23,46). Nous la disons chaque soir à l’office des Complies, juste avant de nous coucher. Car la vie du prêtre, sa vie donnée, est une image du don de l’Esprit. Et ce Don divin doit animer toujours de plus en plus la manière de vivre du prêtre.
L’Esprit donné par le Père par son Fils rend possible ce qu’il y a de spécifique dans le ministère du prêtre. Ce qui fait la vie concrète des prêtres, c’est, bien sûr, la célébration de la messe, les sacrements de guérison (onction des malades et absolution des péchés), la prédication de l’Évangile et le don généreux de soi pour le service de la communion de tous nos frères et sœurs, avec toujours un soin spécial des plus fragiles et des brebis égarées. Tout cela n’est possible que par la puissance du Saint-Esprit. C’est bien pourquoi, même si cela relève d’une puissance, la potestas sacramentelle de l’Église, à laquelle l’ordination donne de participer, tout cela n’est, en réalité, pas du tout un pouvoir personnel du prêtre, mais une manifestation de la puissance de l’Esprit-Saint, le Don de Dieu, transmise par le Christ, de la part du Père. Et le prêtre s’est lui-même donné —à l’image de l’Esprit qui est Don— pour être l’humble instrument de cela, de la sacra potestas de l’Église.
Humble instrument du Don spirituel divin, le prêtre devient également une image du Christ, envoyé du Père dans l’Esprit-Saint, pour le service de tout le Peuple de Dieu. C’est pourquoi nous disons qu’un prêtre peut agir in personna christi capitis, dans la personne du Christ-tête. Mais c’est toujours le Christ qui est la tête et le prêtre, un des membres du Corps ecclésial, qui s’est donné pour ce service.
Comprise de manière juste, la vocation du prêtre est ainsi sublime, non pas qu’elle soit le seul chemin de sainteté ni qu’elle résume à elle seule toute la valeur de la vie chrétienne —non, la synodalité de plus en plus vécue dans l’Église, permet de comprendre de mieux en mieux le contraire : que chaque baptisé est aussi un Temple du Saint-Esprit— mais la vocation spécifique du prêtre est une vocation sublime car elle fait voir à tous quelque chose d’unique dans le déploiement de la Révélation divine. Que fait-elle voir ? Elle révèle que Dieu veut manifester sa proximité aux hommes et aux femmes à travers des images concrètes du Don de Dieu, transmis par le Christ Tête et Pasteur, de la part du Père.
L’usage commun et universel d’appeler les prêtres « mon père » ou « Monsieur l’abbé » —abba, en hébreu, voulant simplement dire papa— ne s’y trompe pas. Il ne s’agit nullement de prendre la place de Dieu le Père, le Père unique, mais de prolonger dans l’histoire la présence sacramentelle du Christ qui est l’image du Père et poursuit son œuvre dans l’Église par le Don de l’Esprit.
Pour conclure ces réflexions à partir de la liturgie de bénédiction des huiles et de renouvellement de l’engagement des prêtres, je ferai deux remarques très simples.
D’abord, j’encourage les prêtres à toujours se souvenir qu’ils se sont donnés. Comme le Christ et à sa suite, ils sont des « êtres pour ». Pour le Peuple de Dieu, pour le Christ, pour le monde. La tentation de se glorifier, de tirer plus de satisfactions personnelles en recherchant les succès, de profiter indument de la confiance qui nous est faite, devrait toujours être balayée par la conscience vive de ne pas être prêtres pour nous-mêmes, mais pour le Christ, pour son Église et pour le Salut du monde.
Ensuite, ma seconde remarque s’adresse à vous, chers frères et sœurs : n’oubliez pas d’être fiers de nos prêtres. Bien sûr, ils sont des pécheurs et certains parfois, nous déçoivent. Mais sachons regarder le bien qu’ils font. Chacun a ses charismes et les a mis au service de l’Église. Il s’est donné. Souvenons-nous-en, le prêtre que nous connaissons s’est donné pour nous. Certes, le seul titre honorifique du chrétien, comme l’a dit le pape Léon XIV, c’est le titre d’enfant de Dieu. Tout baptisé porte ce titre et c’est la plus haute distinction humaine possible. Mais nos prêtres aussi sont sur un chemin de sainteté depuis leur baptême et en répondant à l’appel du Père par le Christ dans l’Esprit, appel à donner leur vie au service du Peuple de Dieu, ils ont mérité notre admiration et notre estime profonde.
Certains de vos prêtres écrivent des livres, d’autres savent parler à la radio ou utiliser les réseaux sociaux, plusieurs ont de grandes qualités relationnelles et une vraie et juste proximité avec toutes sortes de personnes, ils connaissent leurs brebis —je le mesure quand je parle avec eux et cela m’émerveille et m’aide beaucoup dans mon ministère d’évêque quand ils me décrivent comment ils perçoivent les gens qu’ils rencontrent au quotidien, beaucoup savent écouter et même donner de bons conseils, certains savent mener des groupes ou faire circuler la parole en réunion, un pauvre ou un malade compte souvent plus à leurs yeux que n’importe quelle personne influente ou médiatique, tel ou tel a spécialement le don de rayonner sa joie, tous sont des hommes de prière, sensibles à la Parole du Seigneur qui les a appelés et les guide, ils ont mis l’eucharistie au centre de leur vie et nous invitent à nous rassembler par-delà les divergences… je crois que nous devons vraiment rendre grâces à Dieu pour les prêtres qu’Il a choisis et qui ont accepté d’être consacrés à son service et au nôtre. Votre présence à cette messe chrismale montre déjà que vous êtes prêts à le faire. Je vous en remercie sincèrement.
Béni soit Dieu car le Christ remplit l’Église de l’Esprit-Saint avec la merveilleuse abondance de ses dons et achève ainsi dans le monde l’œuvre du salut. Avec nos diacres qui servent les plus pauvres et facilitent les liens dans l’Église, avec les animateurs de chant réunis spécialement aujourd’hui, louons et célébrons le Seigneur dans l’action de grâce pour le Don généreux de son Esprit qui jaillit pour nous du cœur de Jésus et porte la Bonne Nouvelle aux pauvres, annonce aux captifs leur libération, aux aveugles le retour à la vue, aux opprimés la liberté. C’est aujourd’hui que cette parole s’accomplit.
Amen.
+ Mgr Laurent Camiade, évêque du diocèse de Cahors






