Jeudi 30 avril 2026, pèlerinage diocésain de Cahors.
– Homélie de Mgr Laurent Camiade :
Chers frères et sœurs,
Au soir du lavement des pieds, Jésus a donné une leçon à ses disciples. Il s’est abaissé devant chacun d’eux, y compris Judas qui allait le trahir, y compris Pierre qui s’est montré réticent à laisser le maître prendre la place de l’esclave.
Mais après avoir appelé les Douze à se laver les pieds les uns aux autres, à se faire serviteurs pour imiter son propre abaissement, Jésus continue à les enseigner et c’est le passage d’Évangile que nous venons d’entendre (Jn 13,16-20). Jésus semble dire maintenant le contraire. Après avoir montré comment le maître s’abaisse et se fait serviteur il demande de reconnaître que « le serviteur n’est pas plus grand que son maître ». Il réaffirme apparemment le rôle et la place propre de chacun.
« Le serviteur n’est pas plus grand que son maître » (Jn 13,16). Cette parole semble concerner Judas, celui qui va le trahir, qui partage son pain mais va le frapper au talon (cf. Jn 13,18 // Ps 41,10), Judas va le trahir comme s’il se croyait capable de prendre une initiative dans le dos de son maître, ou d’abuser de sa position d’ami du Christ pour récolter trente malheureux deniers… Jésus, le Christ, s’est abaissé, mais il n’est pas juste d’en abuser.
Ici à Lourdes, on doit admirer le travail de tant d’hospitalières et d’hospitaliers qui se mettent humblement au service des personnes malades ou handicapées. Ils et elles imitent Jésus, comme il l’a demandé à ses disciples. Le lavement des pieds prend ici toutes sortes de formes… du service des repas à celui des voiturettes bleues, en passant par tous les soins du corps et les échanges de sourires, l’écoute et les paroles de compassion ou d’encouragement… Tout cela est vraiment très beau.
Mais il nous faut entendre aussi l’enseignement de Jésus jusqu’au bout. Il existe une subtile tentation pour les serviteurs : celle de se croire plus grands que ceux qu’ils servent. Surtout quand ceux que l’on prétend servir sont fragilisés. Judas a cru pouvoir profiter de l’abaissement du Fils de Dieu et il en perdra sa place de disciple pour devenir le traitre.
Il me semble qu’il est normal que servir les autres procure de la satisfaction. C’est une joie. On se sent utile. Et souvent on bénéficie de reconnaissance. L’estime des autres fait grandir l’estime de soi et nous en avons tous besoin. Dire merci est donc à la fois tout simple et très important.
Mais Jésus nous dit : attention ! Le serviteur n’est pas au-dessus du maître ! Les personnes que l’on sert sont nos maîtres. Elles méritent notre plus profonde estime. Nous leur devons le plus grand respect possible.
La Vierge Marie a montré un bel exemple en ce domaine vis-à-vis de la petite Bernadette qui dira : « elle me regardait comme une personne ». Et Marie parle à Bernadette avec un infini respect : « voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant 15 jours ? » Ces morts sont une autre forme de lavement des pieds : la reine des cieux, la « pleine de grâce » dit à une pauvrette qui ne connaissait même pas son catéchisme : « voulez-vous me faire la grâce ». Quel exemple pour nous !
Les uns pour les autres, nous pouvons devenir tantôt les maîtres et tantôt les serviteurs. Mais la clé est de ne pas se croire plus grand que quiconque. Jésus dit aussi dans le même verset : « un envoyé n’est pas plus grand que celui qui l’envoie ». Et cela nous rappelle qu’ultimement, c’est toujours Dieu qui nous envoie les uns vers les autres. Dans l’autre qui m’est envoyé, soit pour me servir, soit pour que je le serve, je dois reconnaître Dieu qui nous a envoyés l’un vers l’autre. Alors je ne me croirais jamais le plus grand, je n’aurai pas la tentation de profiter ni d’abuser de l’autre et je ne trahirai pas Jésus.
« Si quelqu’un reçoit celui que j’envoie, il me reçoit moi-même » dit Jésus ; et il ajoute : « et celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé ». Celui qui a envoyé Jésus, c’est son Père. Cela nous montre que cette relation réciproque de maître à serviteur, d’envoyeur à envoyé est une réalité très profonde car elle nous fait découvrir la relation du Père et du Fils, mieux, elle nous en approche et nous permet d’y entrer, de l’expérimenter concrètement. Grâce à l’Esprit Saint reçu au baptême et dans les sacrements, nous sommes mis en contact avec l’amour du Père et du Fils, amour qui s’incarne dans l’abaissement de Jésus se faisant serviteur. Et c’est la plus belle chose de l’univers !
Amen.
+ Mgr Laurent Camiade
Evêque du diocèse de Cahors





