Dimanche 30 août 2026, Souillac.
– Homélie de Mgr Laurent Camiade :
Mes frères,
Les lectures de ce dimanche n’évoquent pas directement la création ni l’eau vive qui est le thème de cette journée mondiale pour la sauvegarde de la création. Ces lectures évoquent plutôt notre salut par la croix du Christ. Toutefois, ce salut par la croix nous est communiqué par la grâce du baptême qui a consisté précisément à verser de l’eau vive bénite sur notre tête ou même à nous plonger dans cette eau quand on baptise par immersion.
L’eau du baptême possède une symbolique ambivalente car il s’agit bien de s’y noyer, d’être plongés dans la mort avec le Christ pour ressusciter avec lui, l’eau ayant alors cette signification positive d’être la condition de la vie, de purifier pour une vie nouvelle.
Cette ambiguïté se trouvait déjà dans les eaux du déluge qui vont noyer presque toute la terre, même si Dieu préserve avec l’arche de Noé un couple de chaque espèce afin de sauver la biodiversité et de permettre ensuite une création renouvelée, annonçant « le baptême qui fait revivre » (bénédiction de l’eau baptismale, vigile pascale). Ainsi, elle « marquait la fin du péché et le commencement de la sainteté » (id.).
La traversée de la mer rouge qui comporte en même temps la protection du peuple de Dieu et l’engloutissement des égyptiens esclavagistes dans le reflux des flots préfigure la naissance de l’Église, peuple des baptisés qui sera désignée dans l’Apocalypse comme le peuple de ceux qui ont lavé leur robe dans le sang de l’agneau. Cela nous rappelle que sur la croix, du cœur de Jésus, ce n’est pas seulement l’eau du baptême qui coule, mais l’eau et le sang en jaillissent, signes de ce que l’Église vit de l’eau qui sanctifie mais aussi du mystère de la croix, célébré spécialement dans l’eucharistie.
Ceci nous ramène donc à l’évangile de ce vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire où nous voyons Jésus annoncer sa passion, sa grande souffrance, sa mort et sa résurrection. Ne pouvant se représenter clairement ce que sera la résurrection, les disciples et Pierre en particulier, qui vient d’être adoubé par Jésus comme le socle sur lequel le Christ va bâtir son Église (« tu es Pierre et sur cette pierre, j’édifierai mon Église »), rejettent ce message : « non, cela ne t’arrivera pas ! » Comme nous nous sentons proches de cette réaction épidermique, de ce réflexe protecteur ! N’est-il pas bien difficile d’accepter la croix ? C’est un vrai défi que d’accepter ces paroles du Seigneur : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ».
Beaucoup d’adultes et de jeunes demandent aujourd’hui à recevoir le baptême d’eau vive car ils pensent que c’est bon pour eux, ils ont souvent découvert le bouleversant amour de Jésus pour eux et cela change leur vie. Il leur est difficile, comme à chacun de nous, de renoncer à eux-mêmes, à leurs mauvaises habitudes et à la préoccupation de leur égo. Et plus encore, l’idée de prendre leur croix, comme pour nous-mêmes d’ailleurs, ne les tente pas beaucoup ! On recherche plus spontanément la paix, la sérénité, l’espérance et la joie de vivre que la croix.
Et de fait, si la crucifixion de Jésus est le centre de l’histoire, elle n’en est pas le terme. Elle sera suivie de la résurrection, de quarante jours d’apparitions aux disciples, puis de l’Ascension et enfin de la Pentecôte pour un envoi en mission. L’enjeu, si nous écoutons bien la parole de Dieu n’est ni de nous installer avec un Jésus désincarné dans un nirvana qui nous permette de fuir les épreuves de ce monde, ni non plus de nous complaire dans le désastre des souffrances et des catastrophes qui traversent ce monde. L’enjeu est bien plus dynamique, il consiste à se mettre en route, à devenir disciples, à suivre Jésus, à marcher à sa suite. Prendre sa croix ne consiste pas à se laisser écraser par elle, mais à la porter derrière Jésus, pour accueillir la bonne nouvelle de sa victoire sur la mort et en recevoir notre mission. Comme Pierre qui, quelques instants plus tôt avait reçu sa mission après avoir professé la foi en Jésus Christ, fils du Dieu vivant, nous avons à accueillir Jésus comme un vivant qui veut que nous vivions avec lui, que nous le suivions, que nous soyons ses disciples. Et cette dynamique qui consiste à suivre Jésus est plus fondamentale que la question de la souffrance et de la mort, qu’il faudra certes porter et traverser, mais en suivant le Seigneur vivant, en avançant avec lui, en vivant de sa vie, en nous abreuvant de son eau vive. « Dieu tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme à soif de toi » avons-nous chanté avec le psaume 62. C’est cette quête incessante de Dieu qui et de son eau vive, l’eau vive du Salut, qui habite notre marche à la suite du Seigneur Jésus-Christ.
Ainsi, nos préoccupations écologiques ne sont-elles pas non plus à porter dans la désolation face à notre impuissance et à nos inconséquences, mais dans l’espérance et le dynamisme d’une marche en avant, celle d’une humanité consciente de ses péchés et de leurs graves conséquences, mais aussi consciente qu’elle peut réorienter sa vie et poser des actes vertueux en termes de sobriété, de préservation, de protection, de choix individuels et collectifs, de conversion écologique. Il y a quelque chose de l’ordre du « prendre sa croix » dans certains renoncements face au paradigme technocratique et au consumérisme. Mais nous savons que le Christ, plus que chacun d’entre nous, a renoncé à ces logiques toxiques et a montré le chemin de l’amour fraternel, du respect, du jeûne, de la simplicité et de l’abandon entre les mains de son Père qui prend soin de chacune de ses créatures.
Saint Paul, dans la lettre aux romains, nous exhorte à nous offrir à Dieu et à transformer notre façon de vivre en fonction de la volonté de Dieu, en choisissant « ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (Rm 12,2). C’est un chemin d’exigence, mais c’est le chemin des disciples, de ceux qui suivent Jésus-Christ.
Demandons cette grâce et ce courage de renoncer à nous-mêmes, de prendre notre croix et de suivre Jésus.
Amen.
+ Mgr Laurent Camiade
Evêque du diocèse de Cahors





