Journée de secteur des Équipes Notre-Dame,

Dimanche 19 avril 2026, Séniergues.
3ème dimanche de Pâques.

 Homélie de Mgr Laurent Camiade :

L’évangile des disciples d’Emmaüs nous apporte de très nombreux enseignements. Il s’agit presque d’un résumé des éléments que l’on trouve aussi ailleurs sur l’expérience de la rencontre avec Jésus ressuscité. Il nous apporte donc de nombreux repères pour entretenir notre amitié avec Jésus-Christ, vivant chaque jour à nos côtés.

Je voudrais souligner le rapport entre l’intelligence, la mémoire et la sensibilité. Jésus se plaint du manque d’intelligence et de la lenteur à croire de nos deux gars qui s’en retournent tout tristes vers leur village d’Emmaüs. Mais l’évangéliste nous précise aussi qu’au début, leurs yeux sont empêchés de reconnaître Jésus, puis, qu’après qu’il a rompu le pain, leurs yeux s’ouvrirent. Eux-mêmes se souviennent alors que leur cœur était tout brûlant quand Jésus leur parlait sur la route. Voir et avoir le cœur brûlant, ce sont des expériences sensibles. Les sensations comptent beaucoup sur la route d’Emmaüs, de même que la mémoire de ce qui s’est passé. Et compte aussi l’intelligence même si Jésus la juge assez limitée, ce qui ne l’empêche pas de lui faire appel, puisqu’il leur parle sur la route. Pourtant, les disciples qui se souviennent, après la fraction du pain, se rappellent surtout de l’émotion ressentie —leurs cœurs tout brûlants— pendant que Jésus essayait de stimuler leur intelligence en leur ouvrant les Écritures. Bref, il y a de nombreuses interactions entre l’intelligence, la mémoire et la sensibilité de ces deux disciples.

Qu’est-ce que cela nous apprend pour notre vie avec Jésus ? D’abord qu’il ne faut négliger aucun de ces aspects de notre personne (intelligence, mémoire et sensibilité), si nous voulons que Jésus ressuscité soit réellement au centre de notre foi et de notre vie.

Nos personnalités sont variées et peut-être avons-nous tendance à vivre dans notre tête, à aborder la foi de façon surtout cérébrale parce que peut-être, notre intelligence est vive et nous sommes à l’aise avec une approche intellectuelle de la vie. C’est excellent, mais il nous faut comprendre que cela ne suffit pas pour croire vraiment que Jésus est vivant. Il faut encore nous laisser toucher émotionnellement et que notre mémoire se nourrisse des événements de notre vie spirituelle. Cela dit, pour ce qui est de l’intelligence de la foi, il n’y a peut-être pas que des champions parmi nous. Peut-être sommes-nous aussi des paresseux et nous nous reposons sur quelques principes inculqués depuis notre enfance et glanés sur internet ou en regardant The Chosen

Jésus demande plus à ses disciples. Il les enseigne longuement. Chaque dimanche, l’Église continue cet enseignement en nous faisant lire des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Pendant le temps pascal, on lit moins l’Ancien Testament et la première lecture est tirée des Actes des Apôtres. Cela aussi, c’est un enseignement : l’Ancien Testament nous raconte l’histoire de Dieu avec les hommes avant l’Incarnation de Jésus et les Actes des Apôtres nous montrent que cette histoire de Dieu avec les hommes n’est pas terminée mais qu’elle se continue après la résurrection avec l’histoire de l’Église. L’Ancien Testament, sans pouvoir deviner exactement ce que serait l’Incarnation, la vie, la mort et la résurrection de Jésus ne cesse pas de l’annoncer en figures et en images, comme par exemple le roi David qui montait sur le mont des oliviers en pleurant, là où plus tard Jésus sera en agonie. Isaac porte sur son dos le bois de son propre holocauste comme Jésus portera le bois de sa croix. Ou, bien sûr, la figure très étonnante du serviteur souffrant d’Isaïe ainsi que le psaume 21 qui annoncent tellement de détails de la passion de Jésus et nous aident à en comprendre la signification. En outre, chaque victoire de Dieu avec son Peuple est une préfiguration de la victoire définitive de Dieu sur la mort qu’est la résurrection de Jésus. Et les batailles nombreuses et souvent impitoyables de l’ancien Testament préfigurent toutes le combat de Jésus contre le satan et toutes les forces maléfiques. Sans parler, bien sûr, de la libération des Hébreux et leur sortie d’Égypte qui annoncent que la grâce du Seigneur Jésus va nous libérer du péché, nous donner la force d’en être victorieux. Dans la première lecture de ce jour, saint Pierre dans son discours après la Pentecôte montre lui-même comment la résurrection de Jésus avait été annoncée par le psaume 16 qui faisait dire au Messie : «  tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ». Tout cela, depuis saint Pierre et la Pentecôte, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, l’Église dans sa liturgie nous l’apprend et nous le fait comprendre, elle nourrit notre intelligence du mystère du Christ par toutes sortes d’images et c’est très important. D’autant plus important qu’à notre époque où l’imagination est très souvent torpillée par de nombreux clichés disponibles sur des écrans qui ne sont pas toujours des images de la vérité et parfois même blessent et déforment gravement notre intelligence. Celle-ci ne peut en guérir qu’en se nourrissant des nombreuses figures et images bibliques qui réparent en nous la faiblesse de notre compréhension du réel. Nous gagnerons aussi beaucoup à nourrir notre imagination avec la vie des saints. Lire et méditer la vie des saints est très important en famille pour développer une intelligence et une culture collective faite de profondes vérité, montrant comment on vit avec Jésus au quotidien. Tout cela, peu à peu, guérit notre intelligence de la foi. Jésus n’a donc pas enseigné pour rien les disciples d’Emmaüs mais bien pour guérir l’intelligence dont il avait identifié les failles et qui provoquait leur lenteur à croire ce qu’ont dit les prophètes.

Quelques réflexions sur la mémoire. Il y a des personnes qui ressassent sans arrêt le passé. Leur mémoire est très bien remplie, tellement remplie qu’elle occupe tout leur cœur. On parle quelquefois de la nostalgie comme d’un sentiment très négatif, mais c’est peut-être injuste, car tout est une question d’équilibre. Notre mémoire aussi est très importante. L’Eucharistie est un mémorial, pas seulement parce qu’elle nous fait nous souvenir de la mort et de la résurrection de Jésus mais surtout parce qu’elle les rend de nouveau présents, non seulement à notre esprit par un exercice de la mémoire, mais réellement, parce que, comme pour les disciples d’Emmaüs, Jésus nous y rejoint et s’y rend présent par la puissance de son Esprit. Ceci est son corps, ceci est son sang, ce ne sont pas des images (car nous ne voyons que le pain et le vin) ni seulement des souvenirs, c’est la réalité. C’est une actualisation de l’événement de sa mort, rendu possible par la puissance de sa résurrection. A la fraction du pain, les disciples d’Emmaüs reconnaissent enfin que Jésus est présent avec eux depuis qu’il les a rejoints et ils comprennent qu’il est vivant. Faire mémoire des événements de notre vie spirituelle est donc très important pour pouvoir offrir notre vie au Seigneur, en communion avec lui qui s’offre de façon toujours actuelle dans le saint sacrifice de la messe. Pour des époux, se souvenir de leur engagement est vital. Se souvenir de ce que nous aimerions offrir au Seigneur est toujours bénéfique. Nos peines, nos joies, nos rencontres, les progrès des enfants, les épreuves, les moments de tension, les moments de détente, les échecs comme les succès, tout peut être offert au Seigneur si nous le portons dans notre mémoire pour l’offrir dans le mémorial de la passion qu’est la messe. A Emmaüs, les disciples qui ont participé à la fraction du pain où ils reconnaissent Jésus font aussitôt mémoire de ce qu’ils ont vécu avec lui sur la route.

Enfin, un mot sur la sensibilité. Il y aurait beaucoup à dire sur la culture de l’émotion dans laquelle nous vivons tous et sur la nécessaire évangélisation de notre sensibilité. Je souligne simplement que parce que Jésus est vivant, il n’est pas surprenant que nous le sentions présent, à certains moments. Mais nous voyons aussi comment les disciples sont empêchés de le voir, puis leurs yeux s’ouvrent, mais aussitôt, il disparaît à leurs regards. Déjà, Jésus avait fait semblant d’aller plus loin, mais ce sont eux qui l’ont retenu. Jésus ressuscité est très discret. Il ne s’impose pas. Dans notre vie de foi, c’est pareil. Jésus ne nous maintient pas sans cesse dans le sentiment de sa présence. Il ne nous capte pas, ne nous manipule pas et de se sert pas de nos émotions. Quand il disparaît et que nous ne sentons plus sa présence, il nous faut aller chercher plus en profondeur que les émotions extérieures pour retrouver le sentiment de sa présence, pour retrouver la joie de le savoir vivant et présent près de nous. Notre sensibilité s’évangélise en s’intériorisant. D’où l’oraison, le silence, la patience pour entrer plus profond en soi-même.

Jésus est vivant, croyons-le avec toute notre intelligence, conservons dans notre mémoire vive de tout ce qu’il fait pour nous ou avec nous et laissons-le purifier de l’intérieur notre expérience de sa bonté pour pouvoir vraiment en témoigner.

Alleluia.

+ Mgr Laurent Camiade,
Evêque du diocèse de Cahors

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