Jeudi Saint / Homélie de Mgr Laurent Camiade

Jeudi 2 avril 2026

 Homélie de Mgr Laurent Camiade :

Mes chers frères et sœurs,

De nouveaux convertis arrivent presque chaque jour dans nos diverses communautés paroissiales, ici dans le Lot comme dans toute la France, et aussi un peu en dehors de la France. C’est un phénomène nouveau qui nous frappe, qui ne doit pas nous laisser indifférents.

Face aux nouveaux venus, il y a plusieurs tentations. J’en mentionnerai quatre. Soit on a peur et on n’ose pas les aborder, ou on fuit leur contact, car ils n’ont sûrement pas les mêmes repères culturels que nous, pas toujours le même look, le même langage, sûrement pas la même histoire ; la peur est toujours mauvaise conseillère. Soit on reste indifférent, ils prennent leur place dans l’Église, tant mieux pour eux, mais ça ne change rien pour nous, nous continuons à vivre notre vie religieuse sans nous préoccuper de ce que Dieu pourrait vouloir nous dire à travers ces nouveaux frères qu’il nous donne. Soit encore on les juge, en disant qu’ils leur manque ceci ou qu’ils n’ont pas encore compris cela, ou qu’ils traînent derrière eux un passé de débauche, d’errements, de quêtes spirituelles bizarroïdes… Soit enfin, on voit en eux la relève tant attendue et on est prêt à les couver, à les dorloter, quitte à restreindre leur liberté personnelle, pourvu qu’ils deviennent comme nous…

Mais qu’aurait fait Jésus à notre place ? Jésus leur aurait lavé les pieds. C’est ce que l’Évangile de ce soir nous montre. C’est ce que nous allons rappeler par le rite qui va suivre. Le lavement des pieds est le signe que Jésus s’abaisse devant ses disciples, qu’il s’est mis à leur service. La maturité chrétienne n’est ni de fuir la relation, ni l’ignorance des autres, ni le jugement qui enferme, ni le cocooning qui infantilise. C’est l’humble service de nos frères. Ce qui est délicat dans ce geste du lavement des pieds, c’est que, finalement, il demande de l’humilité à tout le monde. Celui qui sert s’oublie lui-même pour chercher le bien des autres. Celui qui est servi, comme Pierre qui refuse dans un premier mouvement que Jésus lui lave les pieds, peut se sentir mal à l’aise quand lui-même aurait plutôt voulu servir celui qui s’abaisse devant lui.

Dans ma lettre pastorale de juillet dernier, je témoignais de ce que le conseil pastoral diocésain avait pu retenir de la rencontre avec deux néophytes venus partager leur expérience. Ils ont dit l’importance de trouver des fraternités locales qui les accueillent quand ils se présentent à l’Église. Et dans les lettres de demande de baptême que je reçois, est souvent exprimée la reconnaissance pour l’accueil reçu en paroisse. Certains disent qu’après avoir longtemps cheminé seuls avec la question de Dieu, du sens de la vie et de la mort, ils ont découvert dans leur communauté ou leur groupe d’accompagnement ce que signifie le mot « fraternité » selon l’Évangile. Ils ont pu, parfois pour la première fois de leur vie, partager en pleine liberté, dans le respect des différences, au sein d’une véritable écoute mutuelle qui permettait de se recentrer sur l’enseignement du Christ et de l’Église, sans se sentir ni agressés, ni récupérés.

Au soir du lavement des pieds, Jésus a institué l’eucharistie, le sacrement de la communion où il se donne en livrant son corps et versant son sang d’une façon toujours actuelle, actualisée en chaque célébration de la messe. De son cœur transpercé sur la croix, ont coulé le sang et l’eau, symboles des sacrements qu’il nous a laissés et qui sont des moyens pour lui de nous aimer, de nous transmettre le feu de son amour. Notre participation à l’eucharistie doit donc nous apprendre toujours davantage à ouvrir nos cœurs aux autres et à grandir dans la fraternité chrétienne, pour la plus grande Gloire de Dieu et le Salut du monde.

Amen.

+ Mgr Laurent Camiade, évêque du diocèse de Cahors

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