Dimanche 7 juin 2026. Confirmations, Cathédrale de Cahors.
– Homélie de Mgr Camiade :
Mes frères,
L’Eucharistie fait partie de ces grands mystères de la foi chrétienne, insondables, magnifiques, qui touchent notre cœur avant de pouvoir être saisis véritablement par notre intelligence. Ce n’est pas qu’on ne puisse pas comprendre quelque chose de l’Eucharistie, mais c’est qu’on n’a jamais fini de comprendre. Nous voyons aussi qu’elle suscite des questions, des doutes, ou même parfois des rejets. C’est le lot du Christ Jésus que d’attirer, d’être incompris, parfois rejeté mais aussi beaucoup aimé par les saints. Et l’Eucharistie nous met en présence de la personne de Jésus à travers le sacrement de son corps et de son sang que nous fêtons aujourd’hui.
En ce jour de fête du corps et du sang du Seigneur, plus d’une vingtaine de personnes, adultes et adolescents vont recevoir le sacrement de la confirmation. Ce sacrement de confirmation rapproche aussi de Dieu, mais à travers l’effusion de l’Esprit Saint. Nous avons célébré dimanche dernier la Trinité, Dieu Père, Fils et Saint-Esprit. Et dans tous les sacrements, la Trinité est à l’œuvre. Même dans l’Eucharistie, le Saint-Esprit est la personne divine qui est invoquée par l’imposition des mains sur le pain et le vin pour qu’ils deviennent le corps et le sang du Christ. Et ce même geste de l’imposition des mains va être posé dans un instant sur les confirmands, sur des personnes. Cela nous rappelle que notre vocation de chrétiens est de devenir ensemble le Corps du Christ, son Corps mystique qui est l’Église. « Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps » écrit saint Paul dans la lettre aux Corinthiens entendue en seconde lecture. Et c’est le fruit de l’action du Saint-Esprit que l’Église soit rassemblée, profondément unie, et capable de communier au Christ, le Fils de Dieu, le seul « pain vivant descendu du ciel ».
Peut-être pouvons-nous méditer ensemble quelques instants sur ce geste de l’imposition des mains. Jésus lui-même a utilisé ce geste qui existait dans la tradition juive pour signifier la bénédiction, la consécration à Dieu et l’envoi en mission. Jésus impose les mains même aux enfants, en signe de bénédiction ou souvent aux malades pour les guérir. L’imposition des mains par Jésus est clairement un geste de salut. Ses Apôtres vont continuer dans ce sens à imposer les mains pour guérir des malades, mais aussi pour communiquer le Saint-Esprit aux nouveaux baptisés et enfin pour déléguer une part de leur pouvoir comme pour les diacres ou ensuite les évêques et les presbytres c’est-à-dire les responsables de communautés. Très vite, le geste de l’imposition des mains est employé pour la confirmation, l’ordre, l’onction des malades, et la pénitence. La première imposition des mains que reçoivent les catéchumènes est celle qui intervient au moment des exorcismes. Puis, après le baptême, ce sera pour la confirmation. Même le geste de l’onction prolonge, en quelque sorte, celui de l’imposition des mains. Ensuite, on sait que dès le II° siècle au moins, l’imposition des mains était employée aussi à l’eucharistie, en rappel du geste de bénédiction de Jésus à la Cène et aussi lors de la multiplication des pains. Bref, l’imposition des mains est un geste de Jésus que les ministres de l’Église ont pris l’habitude de reproduire pour continuer l’œuvre du Christ et participer, selon la mission transmise par les Apôtres, à déployer l’action du Saint-Esprit dans l’Église. L’Esprit de Dieu chasse les mauvais esprits, il sanctifie, il se répand dans les cœurs qui s’ouvrent à Lui, il vient transformer le pain ordinaire en pain eucharistique (le corps du Christ), il obtient le pardon des péchés et le réconfort ou même la guérison des malades. Quand un ministre de l’Église impose les mains, Dieu agit. L’Esprit Saint se répand. De grandes choses se réalisent pour ceux qui ont le cœur ouvert.
Ce geste de l’imposition des mains est efficace par la puissance de Dieu mais il n’est pas un geste magique, il n’a rien à voir avec une sorte de transfert énergétique. Il est puissant de la seule puissance du Christ et en fonction de notre relation personnelle avec Dieu. C’est pourquoi ce geste est accompagné d’une parole qui le précède ou l’accompagne, car il s’agit d’un geste de relation et le Christ en personne vient dialoguer avec nous. Celui qui n’aime pas le Christ et n’a aucune confiance en Dieu, s’il n’écoute pas la parole du Seigneur, s’il n’ouvre pas son cœur à Celui qui frappe à la porte, ne verra sans doute aucun fruit du geste de l’imposition des mains. Je ne dis pas ça pour culpabiliser qui que ce soit. D’ailleurs, personne ne peut mesurer lui-même les fruits que produit dans son âme un sacrement. Dieu agit souvent plus profond que nos ressentis et on peut ne rien sentir mais être transformé en profondeur par l’Esprit Saint. Cela se vérifiera avec le temps à travers notre manière de vivre. Ce que je veux souligner c’est que l’imposition des mains n’est pas un geste technique qui canaliserait une puissance humaine mais un geste de foi qui rappelle la manière d’agir de Jésus et nous dispose à nous laisser rencontrer et toucher par la personne du Christ, à l’écouter et lui répondre du fond du cœur, à le laisser guider notre existence, à lui permettre de nous communiquer l’amour de son cœur et à dialoguer amicalement avec lui.
Dans l’Eucharistie, Jésus se rend présent pour venir habiter en nous, pour nous mettre en communion avec Lui et les uns avec les autres. Ce n’est pas la recherche d’un pouvoir particulier qui doit guider la vie chrétienne, mais c’est la recherche d’un amour, d’une rencontre, d’une amitié avec le Christ. C’est cette amitié avec Dieu qui est le cœur de notre foi. Lorsque nous aimons, nous avons l’âme boostée et nous sommes capables de donner le meilleur de nous-mêmes, infiniment mieux que ce que pourra jamais produire une intelligence artificielle, quelle que soit la puissance de la robotique qu’elle pourra diriger. Quand Jésus, à travers les gestes de son Église impose les mains sur nous, il nous fait grandir dans une vraie relation d’amitié avec Lui et avec nos frères.
Dans les lettres de demande de confirmation que j’ai reçues, beaucoup, même presque tous, jeunes et adultes, témoignent de cette expérience d’avoir goûté la proximité de Dieu, son influence bénéfique dans leur vie, le réconfort reçu de Lui, et aussi le désir de lui être plus proche et plus fidèle. Cela est vraiment très beau et je suis, à chaque fois, émerveillé devant la manière, unique pour chacun, dont le Père attire à Jésus pour qu’il impose ses mains et remplisse les âmes de son Esprit Saint, Esprit d’amour, de vérité et de sainteté.
Quand, avec les prêtres présents, j’imposerai les mains tout à l’heure sur les confirmands, puis sur le pain et le vin de l’Eucharistie, je voudrais que nous ouvrions tous notre cœur à cette amitié que Dieu nous offre, que nous prenions conscience que le Dieu invisible est présent et agissant et qu’Il désire une vraie rencontre avec nous qui va nous donner de devenir ensemble le Corps du Christ, de manifester ensuite par nos manières de vivre que le Christ est vivant pour nous et pour le monde entier et que nous sommes dans la joie de sa promesse de vie éternelle : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour » a affirmé Jésus.
Amen.
+ Mgr Laurent Camiade
Evêque du diocèse de Cahors





