Fête de la Sainte Trinité

Dimanche 31 mai 2026. Confirmations à Castelnau-Montratier.

 Homélie de Mgr Laurent Camiade :

Chers amis et vous qui allez être confirmés, adultes et jeunes de ce groupement paroissial,

La fête de ce jour nous invite à contempler Dieu, à regarder ce que Jésus nous a révélé sur Lui, sur le Père et le Fils et le Saint-Esprit, Un seul Dieu.

Dire « le Père et le Fils et le Saint-Esprit, Un seul Dieu » est un défi à la compréhension humaine des choses. On pourrait imaginer qu’il y a trois Dieu. Mais il n’y en a qu’un. On peut alors dire qu’il n’y a qu’un seul Dieu, mais que ce Dieu n’est pas solitaire, même avant de créer le monde, Dieu existait en trois personnes, unique mais pas solitaire, unique et en relation à l’intérieur du mystère même de ce qu’il est. Dieu est l’être le plus parfait qui soit, il est UN, donc jamais divisé en lui-même, jamais en conflit intérieur ni dispersé, tout-puissant mais jamais violent. Dieu est trois personnes, trois sujets existants, le Père et le Fils et le Saint-Esprit, qui communiquent ensemble en permanence, dans une sorte de danse amoureuse qui maintient l’unité des trois, sans jamais que l’une des trois personnes écrase l’autre…

Les conséquences de ce mystère de Dieu tel que Jésus l’a révélé sont immenses pour nous, pour notre vocation individuelle comme pour la vocation des sociétés humaines et du reste du cosmos.

Nous comprenons, par exemple, que Dieu n’avait pas besoin de créer le monde, qu’il n’a pas fondamentalement besoin de nous mais qu’Il a choisi de nous créer par amour, qu’Il a voulu l’univers dans son immense complexité pour nous donner une idée de sa Gloire, pour nous ouvrir à son mystère et pour que nous puissions goûter quelque chose de la joie d’aimer dont Il est la source. Ainsi, chaque créature est aimée de Dieu et a une valeur à ses yeux, il a choisi de donner l’existence à chaque objet, chaque plante, chaque animal, chaque être humain. Même le plus petit, le plus fragile d’entre nous, même celui qui est malade ou rempli de défauts, Dieu l’aime d’une manière unique et belle. Cette origine trinitaire de notre existence donne aussi un modèle participatif à notre vie en société, un modèle où chacun doit respecter l’autre et où chaque être, même différent, petit ou grand, fort ou faible, a un rôle irremplaçable à jouer dans la symphonie de l’univers.

Dieu est Père, non seulement parce qu’Il est à l’origine de tout ce qu’il a créé mais d’abord parce qu’il est en Lui-même, avant même la création du monde, Père et Fils et Esprit. Mais il a aussi tout créé à partir de rien et l’on peut dire ainsi qu’il est le Père de toute chose. Plus encore, parce qu’il a envoyé son Fils unique s’incarner et naître de la Vierge Marie, pour nous permettre, par le baptême, de devenir ses fils adoptifs. Il est aussi « notre Père ». Et c’est pourquoi Jésus a appris à ses disciples à dire cette magnifique prière du « Notre-Père ». Il n’est donc pas seulement notre Père parce qu’Il nous a créés, parce qu’Il a permis par les lois de la biologie que nos père et mères biologiques produisent les cellules qui se sont fécondées et nous ont donné un corps vivant, mais il est aussi et plus encore notre Père parce que nous sommes baptisés, que nous avons été plongés dans la mort avec Jésus pour ressusciter de sa vie nouvelle. Celles, parmi les confirmands de ce matin, qui ont été baptisées récemment ont sûrement bien réfléchi à ce mystère, à ce que cela implique pour nous d’être baptisés. Réalisons avec les néophytes que le baptême nous appelle à nous émerveiller du mystère du Père et aussi à imiter toujours davantage Jésus de qui nous sommes devenus des frères et des sœurs adoptifs.

Dieu est Fils, le Fils éternel du Père, « engendré non pas créé » comme dit le symbole de Nicée car avec le Père, le Fils a toujours existé, avant même toute création. Il est venu pourtant participer à la vie de la création en s’incarnant, quand il a été conçu par l’opération du Saint-Esprit dans l’utérus de la bienheureuse Vierge Marie. Lui qui existait depuis toujours il est né d’une femme, sans cesser d’être le Fils incréé du Père. Il s’est inséré discrètement, humblement, dans la création en naissant de Marie. Toute cette œuvre délicate et humble, il l’exprime quand il dit ces mots brûlants de l’Évangile de ce jour « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle » (Jn 3,16). Aimer et donner sont les deux verbes de cette phrase dont Dieu est le sujet. Si ce Dieu dont parle Jésus a un Fils unique, c’est bien qu’Il est Père ! Mais il est aussi Fils qui se donne et que son Père, dans le même mouvement, a donné au monde.

Et Dieu est également Esprit-Saint, donné lui aussi au monde, d’une autre manière que le Fils puisque l’Esprit Saint n’est pas incarné, mais il vient animer non une chair humaine mais l’esprit de tous les hommes qui accueillent ce don en s’ouvrant à Dieu. La Vie de l’Esprit en nous nous donne accès à d’autres dimensions de l’existence humaine. Non pas des super-pouvoirs magiques qui feraient de nous des surhommes ni des superhéros. Mais une force intérieure qui nous fait devenir plus pleinement ce que nous sommes. En lisant des lettres de confirmands, je perçois que plusieurs ont déjà fait cette expérience du souffle intérieur que produit l’Esprit Saint en eux et ils ou elles veulent s’y ouvrir davantage. Et c’est pourquoi ils demandent le sacrement de la confirmation qui rend plus forte en nous la grâce de l’Esprit reçu au baptême. Par son Esprit, Dieu vient vivre en nous et nous faire partager par des mouvements intérieurs et par des actes extérieurs la joie de la communion trinitaire. Les mouvements intérieurs nous font désirer le bien, le beau, le vrai, le lumineux de l’existence et qui proviennent de Dieu. Les actes extérieurs nous font cultiver les vertus dont Jésus est le modèle : humilité, amour des autres, bienfaisance, générosité, don de soi, justesse des attitudes, clarté et pureté, sobriété, douceur et pacification des relations, mais aussi courage, force dans les épreuves, recherche de la justice et espérance en toute situation.

La principale chose que Jésus attend des hommes, c’est qu’ils croient en lui. « Celui qui ne croit pas est déjà jugé » dit-il dans l’Évangile. Et « celui qui croit en lui échappe au Jugement » (Jn 3,18) C’est pourquoi, avant d’être baptisé et avant d’être confirmé, on doit affirmer sa foi. C’est la foi qui est la porte d’entrée dans la vie trinitaire du Père du Fils et du Saint-Esprit. Et au moment de communier, devant celui qui distribue la communion et qui dit «  le corps du Christ », on doit répondre «  Amen », ce qui signifie «  oui j’y crois », oui je crois que ce morceau de pain non fermenté, consacré entre les mains du prêtre par la puissance du Saint-Esprit, est devenu le corps du Christ et, oui je crois que par Lui, la vie de Dieu est ma nourriture et va se développer en moi.

Frères et sœurs s’il n’y avait qu’une seule chose à retenir du mystère de la Sainte Trinité, c’est cet amour du Père qui nous envoie son Fils et nous donne son Esprit pour que nous participions à sa joie qui n’aura pas de fin. En effet, nous avons été créés pour la béatitude éternelle. Nous ne pouvons pas prétendre en approcher sans aussi poser des actes extérieurs qui, eux aussi font grandir notre capacité d’aimer et vérifient l’authenticité de notre transformation intérieure et de notre vocation à la béatitude éternelle. Mais c’est en croyant que Dieu a livré son Fils pour nous sauver que nous avançons vraiment sur ce chemin en ouvrant grand les portes de notre être (créé pour aimer) à la vie divine.

Amen.

+ Mgr Laurent Camiade
Evêque du diocèse de Cahors

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