Couples se préparant au mariage

Dimanche 15 février 2026, Vaylats

 Homélie de Mgr Laurent Camiade :

Chers amis, le long passage d’évangile de ce dimanche n’est pas très facile ni à comprendre ni à mettre en pratique.

La première chose à repérer est qu’il nous parle de loi, de morale semble-t-il, il énumère un certain nombre de règles de vie dont Jésus élève le niveau par rapport aux règles admises par ceux à qui il s’adresse. Il parle aussi de jugement, de tribunal mais la sanction ultime qu’il mentionne est « la géhenne de feu » (Mt 5,22) c’est-à-die l’enfer. Ce n’est pas une peine terrestre mais éternelle et l’on peut comprendre que le jugement et le tribunal dont il parle celui de Dieu et non un jugement humain.

Réfléchissons d’abord à ce qu’est une loi morale, une règle de vie reçue et admise dans une société humaine. Nos parents ou plutôt vos grands-parents, qui avaient fait mai 68, avaient affirmé qu’il est interdit d’interdire. Les évolutions sociétales que nous connaissons prétendent toutes offrir davantage de liberté, spécialement dans le domaine sexuel et familial. Pendant ce temps, des règles de plus en plus nombreuses et contraignantes régissent la société dans un but sécuritaire. Ce qui n’empêche nullement les pirates en tous genres et autres réseaux mafieux ou terroristes de trouver des chemins de transgression sophistiqués et efficaces. De même, les mouvements comme #MeToo ou balance ton porc ont rappelé contre l’absolu de liberté sexuelle prôné en 68 que le respect du consentement est une règle de vie indispensable pour ne pas que les relations humaines deviennent barbares et destructrices. Il faut donc réguler la sexualité, de même que la santé, les ventes d’armes, les échanges commerciaux et tout ce qui relève des relations entre humains. Et celui ou celle qui enfreint ces règles doit être puni, souvent d’ailleurs sans beaucoup d’indulgence ni de miséricorde.

Ceci s’observe dans toutes les sociétés humaines qui ont besoin de lois et de principes éthiques, ce qui veut dire la même chose que d’une morale.

Le temps et le lieu où Jésus parle est celui de la société juive, dont la particularité est que Moïse lui a transmis une Loi qui vient de Dieu. Le décalogue. Les dix commandements. Adorer Dieu seul et l’aimer plus que tout, prononcer le nom de Dieu avec respect, sanctifier le jour du Seigneur, honorer son père et sa mère, ne pas tuer, ne pas commettre d’adultère, ne pas voler, ne pas mentir, ne pas cultiver de désir impur, ne pas convoiter le bien d’autrui. Mais ces grands principes, dans la société juive, comme dans toute société, ont fait l’objet de développements, de précisions, d’adaptations au contexte d’une époque. Par exemple, Jésus mentionne dans l’Évangile la possibilité donnée de répudier sa femme à condition de lui donner un papier qui la rend libre de se remarier éventuellement (cf. Mt 5,31 // Dt 24,1) et il abolit cette règle qui était une adaptation liée à une culture et un contexte spécifique.

La Loi qui vient de Dieu est au-dessus de toutes les lois humaines mais elle ne donne que des principes généraux qu’il faut apprendre à appliquer de façon concrète. Ne pas tuer, par exemple, est un principe absolu mais en cas de légitime défense, il peut arriver que la seule façon de préserver sa vie ou celle de sa famille soit de stopper le tueur ou le soldat qui arrive armé en face de nous. Ce sujet peut donner lieu à des discussions sans fin et, d’une époque à l’autre, d’une situation à l’autre, il ne trouvera pas les mêmes solutions, comme l’indique la question de la peine de mort, mal nécessaire en certains contextes, mais inacceptable quand on peut empêcher un criminel de nuire par d’autres moyens. Ainsi, toutes les règles ne sont pas au même niveau. Mais Jésus étend la notion du meurtre au fait de casser la réputation de quelqu’un : se mettre en colère, insulter, traiter son frère d’imbécile, cela sera jugé sévèrement par Dieu, aussi sévèrement qu’un meurtre (cf. Mt 5,22) ! C’est, clairement, un appel à ne pas laisser nos colères et nos invectives pourrir nos relations, mais à se réconcilier au plus vite (Mt 5,25).

Remarquons par ailleurs que la manière de parler de Jésus est très péremptoire : « il vous a été dit… moi je vous dis ». Cette façon d’édicter une loi nouvelle, exigeante, ne peut pas se justifier autrement que si Jésus se situe lui-même au même niveau que le législateur suprême qui est Dieu. Cette liste de commandements nouveaux manifeste d’abord que Jésus est Dieu. Et c’est un des points centraux de la foi chrétienne de reconnaître en Jésus le vrai Dieu qui s’est incarné, Dieu le Fils qui s’est fait homme. De même, si Jésus parle d’un tribunal qui peut conduire ses condamnés en enfer (la « géhenne de feu »), il affirme aussi très clairement par là que le jugement dont il parle n’est pas un jugement humain.

Alors, le tour de vis qu’il donne, en particulier sur la question du mariage et du divorce qui vous concerne au premier chef, vous qui vous préparez au mariage, est d’une gravité évidente. Il rappelle d’ailleurs ici simplement ce que disait la Loi donnée à Moïse dans le décalogue, à savoir de ne pas commettre d’adultère. Et il dit que renvoyer sa femme, c’est la pousser à l’adultère. Cela ne veut pas dire que Dieu ne pardonne pas les péchés, mais bien que l’adultère ne correspond pas au projet de Dieu pour nous et, par conséquent, le divorce qui est permis par la Loi civile aujourd’hui ne correspond pas non plus au projet de Dieu et ne rend pas les êtres humains heureux. En tout cas, devant Dieu, personne n’a le droit ni de commettre d’adultère ni ne pousser quelqu’un à l’adultère. Voilà qui est clair. Cependant, Jésus ne s’est pas contenté de dire cela car il a aussi précisé le contenu du 9ème commandement, que j’ai appris sous la forme de ne pas cultiver des désirs impurs. Et Jésus affirme : « moi je vous dis : tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur ». Je vois ici les femmes qui sont bien contentes car elles ressentent cette jalousie si leur fiancé regarde trop ailleurs, dans la rue, dans la vie ou même sur internet, mais ce principe est évidemment valable aussi pour des femmes qui regarderaient un autre homme avec convoitise ! On dit que c’est moins fréquent, mais ça peut arriver.

Une chose ne doit pas être oubliée en méditant sur cette page d’évangile, c’est ce que Jésus a dit au début : « ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5,17). C’est sans doute le plus important à retenir : l’accomplissement. Jésus n’est pas venu nous enseigner les exigences de l’amour de Dieu d’une façon surplombante, ni pour nous écraser de sentiments morbides de culpabilité. Il est le Dieu d’amour qui est venu se plonger lui-même dans notre réalité humaine pour y accomplir la Loi de Dieu. Il est venu vivre un amour parfait de détachement et de don de soi, jusqu’à mourir sur une croix par amour. Cela nous montre que les exigences extrêmes qu’il enseigne, il ne les a pas seulement dites de l’extérieur, mais il les a mises en œuvre, il les a accomplies. Il est Dieu qui a fait alliance avec son Peuple et il ne va donc pas répudier cette communauté des hommes dont il a fait son épouse. Il ne va pas la quitter des yeux pour regarder ailleurs vers une hypothétique communauté plus attirante ou plus belle. Au contraire, il va donner sa vie pour sauver cette humanité qui est l’objet de son amour privilégié et définitif. Ce que je dis là, c’est très important car cela indique pourquoi la vocation des personnes qui se marient est si élevée et exigeante, c’est parce que l’alliance du mariage est destinée à offrir au monde une belle image de l’amour du Christ pour son Église et de l’amour fidèle de Dieu pour toute l’humanité. Jésus est venu sur terre pour « accomplir » la Loi et les Prophètes qui ne sont pas simplement des indications humaines pour bien vivre en société mais des paroles divines. Ce sont donc ses déclarations d’amour, offertes pour nous conduire à la vie et au bonheur sans fin.

Amen.

+ Mgr Laurent Camiade
Evêque du diocèse de Cahors

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