Confirmations - Homélie de Mgr Laurent Camiade

Dimanche 5 juillet 2026, Gourdon

Mes frères, chers confirmands et confirmantes,

Jésus est doux et humble de cœur. Il ne dit pas cela pour que nous admirions simplement ses sentiments, mais pour que nous nous mettions à son école. La traduction liturgique dit « devenez mes disciples car je suis doux et humble de cœur » mais plus littéralement selon le texte grec, Jésus dit « recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ». Il s’agit bien de se laisser enseigner par le Christ doux et humble.

Cette parole fait suite à une autre qui parle du joug à porter, mais plus précisément de l’appel à le rejoindre adressé à ceux qui peinent sous le poids du fardeau. Or, les confirmands de ce jour ont tous connu des moments d’épreuve dans leurs vies. Je les remercie pour les témoignages très personnels qu’ils m’ont partagé dans leurs lettres de demande pour la confirmation ou pour les trois sacrements de l’initiation. La découverte de la foi en Jésus-Christ et du soutien qu’elle apporte au quotidien pour défaire des nœuds est au cœur de vos cheminements et c’est, à ce titre, un signe qui parle à tout le monde. Je suis frappé par la joie qui éclaire vos démarches, quels que soient vos âges.

Recevoir les instructions de Jésus qui est doux et humble de cœur fait du bien, non seulement à ceux qui se laissent instruire, mais aussi à toute l’humanité. Le cœur de Jésus est particulièrement sensible à ceux qui sont éprouvés, quelle qu’en soit la cause, à ceux qui peinent sous le poids du fardeau, comme dit l’Évangile. Les épreuves nous rapprochent du mystère de la croix de Jésus qui a souffert et dont l’amour a transfiguré la souffrance et fait de sa mort elle-même la source de la vie éternelle. Nous apprenons du cœur de Jésus que si nous nous laissons habiter par son amour infini, nous pouvons faire de toute épreuve une source de vie.

Mais après avoir enseigné cela à ses disciples, Jésus est mort, puis ressuscité et monté aux cieux. Alors, le Père, par son Fils, nous a envoyé l’Esprit Saint. Or, Jésus avait promis aux disciples que « l’Esprit saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14,26). Ainsi, l’enseignement de Jésus qui partait de son cœur doux et humble, de son cœur bientôt transpercé et d’où jailliraient l’eau et le sang qui annonçaient les sacrements de l’Église, cet enseignement va se prolonger grâce au don de l’Esprit Saint. Patiemment, tout au long de l’histoire de l’Église, l’Esprit Saint enseigne la vérité du Christ aux fidèles. Par le cœur, il leur fait comprendre tout ce que Jésus avait déjà dit. Il va nous faire nous souvenir des paroles de Jésus de sorte qu’elles vont nous éclairer, guider nos vies, nous élever dans une joie de plus en plus grande, nous apporter la sainteté d’une vie qui ressemblera de plus en plus à la vie de Jésus.

Vous l’avez probablement entendu dire dans les médias, un groupe de chrétiens qui se rattachent à une fraternité de prêtres —ils se nomment la fraternité sacerdotale saint Pie X, fondée par Mgr Lefèvre dans une attitude de rébellion face au concile Vatican II (concile tenu dans les années 1962 à 1965)— ce groupe s’est encore récemment éloigné de l’Église en désobéissant au pape et en ordonnant quatre évêques sans mandat du pape. C’est un événement très triste, un vrai gâchis. Or il apparait de plus en plus clairement que leur problème central, c’est qu’ils ne comprennent pas ce que j’ai essayé de décrire au début de cette homélie. Ils ne comprennent pas ce que c’est que la tradition vivante de l’Église. Ils croient que l’Église aurait dû rester figée en 1950. Ils ne comprennent pas que l’Esprit Saint aide toujours l’Église à comprendre de mieux en mieux, à chaque époque, ce que Jésus a enseigné et qui est la vérité de toujours, mais que nous ne comprenons pas spontanément aujourd’hui avec les mêmes outils conceptuels qu’au moyen-âge. Car nous n’avons pas la même manière de penser que les gens du moyen-âge et nous n’avons même plus la même manière de comprendre que les gens des années 1950. Nous sommes, comme l’a remarqué récemment le pape Léon XIV, dans une époque de révolution culturelle avec l’IA, comme il y a eu déjà une révolution industrielle au XIX° siècle et une révolution numérique au début du XXI° siècle, et maintenant, nous allons devoir apprendre à bien penser et comprendre la même et unique foi au Christ avec les outils conceptuels d’une génération qui n’aura pas eu la même manière de penser ni d’apprendre qu’au XIX° siècle ni même qu’au XX° siècle.

Ainsi l’Église ne cesse de transmettre à nouveau le même message de vérité en adaptant son langage aux besoins de chaque époque et cela conduit, de siècle en siècle, à un approfondissement de la révélation. Notre foi s’efforce de continuer de croire exactement ce que les Apôtres ont cru. C’est pourquoi le rôle et le charisme propre des évêques, qui sont les successeurs des Apôtres, est de parler à partir du charisme des Apôtres. Quand les évêques sont en communion avec le pape ils enseignent la vérité éternelle au monde de leur époque. Le Concile Vatican II a été un moment fort de cette expression, grâce au rassemblement de 2450 évêques du monde entier en communion avec le pape. Au contraire, des évêques coupés de la communion avec le pape ne peuvent que s’égarer et provoquer l’égarement de ceux qui les écoutent. Réalisons que la tradition de l’Église est vivante à la manière d’un corps humain qui grandit, se développe, évolue sans cesse tout en restant le même. L’Église elle-même est un corps vivant qui ne vieillit jamais. L’Évangile est toujours actuel, mais nous avons toujours besoin que le Saint-Esprit nous inspire à nouveau les principes utiles pour notre vie d’aujourd’hui qui en découlent. Et nous devons vérifier que c’est bien l’Esprit de Dieu qui nous inspire en nous plaçant sous l’autorité du pape et des évêques, les successeurs des Apôtres.

Or, mes frères, la tradition, c’est justement ce que transmet l’Église, non pas comme un perroquet qui répèterait toujours les mêmes formules apprises par cœur sans chercher à les comprendre, mais à partir de la sagesse héritée de toute l’histoire de l’Église, comme un éclairage pour nous aujourd’hui. Les connaissances qu’enseigne l’Église pour nourrir notre foi nous sont transmises mais elles se nourrissent aussi en nous de l’expérience, des tâtonnements, des épreuves qui font mûrir et de la présence de frères et de sœurs dans la foi qui nous guident, parce qu’ils et elles nous aiment. Le don de l’Esprit Saint nous permet de vivre en présence de Jésus qui nous enseigne par son Église. L’Église expérimente aussi les péchés et la fragilité de ses membres, elle connaît parfois des tâtonnements face aux évolutions très rapides de la culture et de la vie sociale, ces tâtonnements, ainsi que la difficulté à avancer tous au même rythme sur le chemin du développement de la foi, peuvent provoquer des tensions et même des expériences douloureuses. Mais la fidélité au Christ permet de porter le joug de la croix avec lui.

Je suis plein d’admiration, moi qui ai beaucoup reçu de mes parents profondément croyants, quand je lis des lettres d’adultes qui font un chemin de foi alors qu’on leur a peu transmis de repères de foi et de vie chrétienne. Mais le Saint-Esprit est venu les chercher. Il fait d’eux des croyants qui accueillent la tradition de l’Église d’une manière vivante, toujours originale. Chaque expérience de leur quête spirituelle les a façonnés et leur promet une sagesse qui va profiter à tout le corps de l’Église. L’arrivée de nouveaux croyants dans nos communautés d’Église nous renouvelle en profondeur et nous ramène sans cesse à l’essentiel de la foi, à la vie du Christ, à l’amour de son cœur brûlant et à l’Esprit qu’il a promis et que nous recevons du Père par Lui.

Saint Paul, dans l’épitre aux Romains, nous appelle à vivre selon l’Esprit et non pas selon la chair. Je nous souhaite à tous d’accueillir pleinement l’Esprit Saint grâce au sacrement de confirmation. C’est une promesse de vie éternelle et de joie sans fin.

Amen.

+ Mgr Laurent Camiade
Evêque du diocèse de Cahors

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