Dimanche 21 juin 2026.
– Homélie de Mgr Laurent Camiade :
Ne craignez pas ! Ne craignez pas ! Soyez sans crainte ! Ces mots de Jésus résonnent fortement dans l’Évangile d’aujourd’hui. Nous pouvons vivre facilement dans la peur ou être agités par toutes sortes de peurs, aussi bien pour l’avenir du monde que pour notre propre avenir, de santé ou de réussite sociale, mais Jésus nous dit de ne pas craindre les hommes et de ne pas craindre ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme. Nous pourrions aussi craindre notre indignité devant Dieu, mais Jésus nous dit d’être sans crainte car nous avons de la valeur à ses yeux et si, simplement, nous osons nous prononcer pour lui devant les hommes, il nous rendra dignes de paraître devant son Père. La seule chose qu’il nous demande ici, c’est de choisir son camp à lui et de l’assumer.
Adultes et jeunes, en demandant la confirmation, vous avez choisi de professer publiquement la foi au Christ, de vous prononcer pour Lui devant cette assemblée. Vous êtes ainsi en bonne voie ! Dans quelques instants, je vous demanderai si vous croyez en Dieu, Père, Fils et Esprit Saint et vous direz, haut et clair, « oui, nous croyons ! ». C’est très beau.
Dieu le Père attire aujourd’hui de nombreuses personnes à son Fils. Et, reconnaissons-le, pour nous les vieux croyants, nous qui sommes peut-être tombés dedans quand nous étions petits, baptisés au berceau ou presque, éveillés à la foi, catéchisés, aumonerisés, scoutifiés, accompagnés, formés et reformés dans des groupes ou des mouvements, dans des fraternités locales missionnaires ou dans des congrès…, nous sommes parfois un peu jaloux de la potion magique qui est donnée maintenant aux nouveaux venus dans l’Église pour parcourir en peu d’années un long chemin, et, en tout cas, ils nous réjouissent et nous bousculent. Ils produisent en nous un renouveau qui donne envie de nous prononcer toujours davantage pour le Seigneur devant les hommes. Car nous réalisons mieux combien nos contemporains ont soif de Dieu, même quand ils n’ont pas les mots pour le dire.
J’entends, et en lisant certaines des lettres des jeunes et des adultes confirmés aujourd’hui, que cela n’a pas été si simple que cela de vous prononcer pour le Christ devant les hommes, devant les copains du collège ou du lycée, devant les collègues de travail, devant vos propres familles où tout le monde ne partage pas la foi. Certains de vos camarades sont plus préoccupés d’eux-mêmes, centrés sur leurs propres problèmes et s’occupent plus de changer de genre ou de la dernière mode que de se tourner vers Jésus et vers le service des autres. Par ailleurs, il arrive que des adultes ne se sentent pas légitimes pour participer à la messe. Mais Jésus dit : ne craignez pas ! Il ne nous juge pas et la communauté chrétienne, pour sa part, n’est pas légitime pour juger les personnes. Nous sommes trop imparfaits. Dans le regard de beaucoup de personnes, dans la société, les chrétiens n’ont pas droit à l’erreur. Ils devraient être irréprochables. D’ailleurs, nous sommes dans une société qui, paradoxalement, est d’une excessive tolérance sur certains sujets et d’une grande intolérance sur d’autres. On a vite fait de stigmatiser telle ou telle corporation ou au contraire de l’excuser en cherchant d’autres boucs émissaires, pour finalement chercher à tout autoriser, même le pire, même le meurtre des embryons ou des vieillards et des handicapés. Bref, les repères sont sans cesse brouillés et le sens de la miséricorde pourrait se perdre, l’amour fraternel se refroidir. Alors, rien d’étonnant que même les assemblées du dimanche dans nos églises, lieux qui ont pourtant vocation à accueillir tout le monde, fassent peur. Mais la parole qui retentit aujourd’hui avec ce passage de l’Évangile qui vient d’être proclamée doit nous rassurer : soyez sans crainte ! Vous êtes tous et toujours les bienvenus dans une église.
Une des confirmantes d’aujourd’hui écrit dans sa lettre un sentiment qui est celui, je pense de tous les chrétiens : « pour moi, Jésus est notre sauveur et il nous aidera toujours dans nos vies et je veux faire comprendre aux personnes que, même si elles ne sont pas chrétiennes, le cœur de Jésus restera toujours ouvert pour ces personnes-là ».
L’Évangile pourtant ne nous dit pas de n’avoir peur de rien ! Jésus, après avoir dit « ne craignez pas » ajoute deux fois : « craignez plutôt… » « craignez plutôt… » et puis s’il dit d’être sans crainte car il se prononcera devant le Père pour ceux qui se prononcent pour lui devant les hommes, il avertit que celui qui le reniera ici-bas, lui aussi sera renié dans le ciel. J’ajoute toutefois que saint Pierre qui avait pourtant entendu ce message a renié le Christ le soir de son arrestation et de sa condamnation à mort, mais il s’en est repenti et il a pleuré en croisant le regard aimant et miséricordieux de Jésus. Ainsi, quand nous allons nous confesser, nos reniements sont pardonnés et, forts de l’Esprit Saint reçu dans les sacrements, spécialement à la confirmation, nous redevenons capables de nous prononcer pour le Christ devant les hommes. Après la Pentecôte, saint Pierre n’aura plus jamais peur de se prononcer pour le Christ. Il va le « proclamer sur les toits » comme Jésus l’avait indiqué. Le Saint-Esprit lui en donne la force. Il va lui-même témoigner de sa foi jusqu’au martyre, crucifié la tête en bas si nous en croyons la tradition.
Que faut-il plutôt craindre alors, puisqu’il y a même un don du Saint-Esprit qui s’appelle « la crainte » ? La crainte d’être coupé de Dieu, c’est-à-dire la crainte de pécher, bien sûr ! Mais comme le rappelle saint Paul dans la lettre aux romains (2° lecture) la grâce de Dieu est infiniment plus puissante que ne l’est le péché. Elle est « sans commune mesure ». Cela n’empêche pas qu’il existe des péchés qui peuvent faire périr l’âme dans la géhenne. Jésus dit de ne pas craindre ceux qui tuent le corps mais de craindre « plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne aussi bien l’âme que le corps ». La géhenne, c’est un mot qui désigne l’enfer, ce lieu définitivement éloigné de Dieu d’où l’on ne peut absolument pas s’échapper et où l’on est sûr de souffrir pour l’éternité. Les grosses chaleurs caniculaires ne sont qu’un petit avant-goût de l’enfer qui doit nous avertir de choisir le Christ plutôt que le renier. Pensons-y cette semaine ! Celui qui fait périr l’âme et le corps dans la géhenne, c’est le mauvais esprit, celui qui s’oppose systématiquement à l’Esprit Saint, nous décourage de prier, nous dégoute d’aimer les autres, nous dissuade de pardonner, divise et polarise les sociétés humaines, fuit la vérité et suggère le mensonge, cherche à éteindre la joie et cultive la tristesse, ressasse ce qui va mal et oublie les bienfaits de Dieu. Mais n’ayons pas peur ! Jésus est vainqueur !
Dans les lettres des confirmands, beaucoup, spécialement parmi les plus jeunes, disent qu’ils attendent de l’Esprit Saint la force de faire le bien et de lutter contre le mal, de donner le meilleur d’eux-mêmes, d’être de bonnes personnes. Je cite quelques expressions tirées de vos lettres : « pour moi, la confirmation, c’est devenir porteuse de la Parole de Dieu et le faire connaître de tous, et aussi de pouvoir donner le meilleur de nous grâce aux sept dons de l’Esprit Saint » ; « J’espère que l’Esprit Saint me guidera dans ma vie » ; « J’ai le désir de recevoir les dons du Saint-Esprit pour que l’Esprit Saint m’aide à vivre comme une bonne chrétienne » ; « Je souhaite recevoir l’Esprit Saint dans mon cœur pour m’aider à mieux me comporter, à être gentille avec les autres, à éviter la violence en paroles et en actes, pour devenir un artisan de paix » ; « Je veux faire ma confirmation afin de mieux rencontrer Jésus et améliorer ma foi… je déteste le mal, même si ça m’arrive parfois de le faire, comme tout le monde » ; « Même si je ne connais pas tout, je veux avancer dans la foi et essayer d’être une bonne personne avec les gens qui m’entourent dans la vie de tous les jours, mes amis, ma famille » ; « j’ai appris que l’Esprit Saint est une force, je souhaite qu’elle m’aide à rester sur le chemin de la foi tout au long de ma vie et que j’aie la force d’en témoigner ».
Tous ces beaux et bons désirs, chers jeunes et chers adultes, je crois que nous les avons en commun et nous pouvons compter sur Dieu, sur la force du Saint-Esprit, sur l’amour du cœur de Jésus pour être accueillis tous ensemble dans les bras grands ouverts de notre Père du ciel. Ne craignez pas de nous prononcer toujours pour Jésus.
Amen.
+ Mgr Laurent Camiade
Evêque du diocèse de Cahors
Photographies de Quentin Jean et Michèle Navez






