Confirmations

Dimanche 12 avril 2026 - Limogne-en-Quercy.

 Homélie de Mgr Laurent Camiade :

Chers frères et sœurs,

Je suis vraiment très heureux d’être avec vous ce matin pour célébrer le dimanche de la divine miséricorde et les confirmations de ces jeunes et jeunes adultes. Le temps de Pâques est un temps béni où la joie est partout.

Pourtant notre monde semble souvent aller mal. Les guerres, les tensions politiques et les clivages sociaux, les conflits familiaux ou parfois au sein de nos communautés chrétiennes… Jésus n’avait pas promis qu’après son Ascension dans le ciel, tout allait bien se passer sur terre. Et c’est la réalité, en tout cas, une partie de la réalité. Mais ce qu’il a promis, c’est d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28,20). Et c’est bien ce qu’ont découvert nos confirmands d’aujourd’hui. Jésus est toujours à nos côtés. Il nous a aussi promis de nous envoyer son Esprit d’auprès du Père. Et c’est ce qui s’est manifesté à la Pentecôte. Mais c’est aussi ce que nous pouvons toujours expérimenter dans les sacrements, où l’Esprit Saint nous rejoint. C’est-à-dire que l’Amour de Dieu, l’amour entre le Père et le Fils, l’Amour qui se communique et qui unit dans la vraie liberté tous les enfants de Dieu vient toucher nos âmes et nous permettre de vivre de la vie de Dieu, de laisser Dieu vivre en nous.

Alors, dans ce monde dont nous voyons si facilement les blessures et les failles, nous pouvons regarder aussi ce que Dieu accomplit, la bonté qui jaillit de nombreux cœurs humains, le désir du bien, l’amour des fiancés qui veulent se donner pour toujours, l’engagement des jeunes et aussi des moins jeunes qui veulent suivre Jésus en vivant selon l’Évangile, mais aussi toutes les formes de gestes, même les plus ordinaires, accomplis au service des autres, au service du bien, au service de la paix.

Jésus ne cesse de souhaiter la paix à ses disciples. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, il leur dit trois fois « la paix soit avec vous ». Vous avez sûrement remarqué, cette formule est aussi celle que l’évêque dit au début de chaque célébration pour saluer l’assemblée. Et c’est aussi la parole que notre cher pape Léon XIV a dite en premier le jour de son élection, quand il est apparu à la loggia de la basilique Saint-Pierre : « la paix soit avec vous ». Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus salue une première fois ses disciples (Thomas étant absent), puis il leur montre ses plaies, ses mains et son côté transpercés. Il leur montre les souvenirs laissés par sa crucifixion et sa mort. Il leur rappelle ainsi qu’il est passé par la croix et, bien sûr, ces signes sur son corps attestent que c’est bien lui, leur Seigneur et Maître qui a été crucifié mais qui est vivant de nouveau. Mais le souvenir de la croix est triste et peut perturber la foi de ses disciples, de la même manière que lorsque nous pensons aux guerres, aux fâcheries, aux moments douloureux de nos existences ou aux contre-témoignages qui peuvent exister aussi au sein de l’Église, nous sommes souvent troublés. Notre foi est bousculée, refroidie. Nous ne savons pas toujours bien comprendre ce qui se passe et nous sommes déstabilisés. Mais Jésus, après avoir montré ses mains et son côté transpercés, les signes qui rappellent sa croix, aussitôt redit une seconde fois « la paix soit avec vous ». Et les disciples en avaient bien besoin, comme nous aussi, nous avons besoin que le Christ nous rassure et nous console des misères de ce monde, des misères que nous subissons dans le corps dans la société, dans le corps de l’Église ou dans notre propre corps physique, mais aussi des misères que nous portons en nous-mêmes avec nos contradictions et nos combats intérieurs, avec nos lâchetés ou nos paroles violentes, nos jugements, nos égoïsmes, nos indifférences ou nos mépris des autres. Tout cela, nous devons le jeter dans la miséricorde de Jésus pour qu’il nous apaise.

C’est alors que Jésus souffle sur ses disciples et leur dit « recevez l’Esprit Saint ». Cet Esprit qu’ils reçoivent est assorti d’une mission : remettre les péchés. C’est ici un des moments où l’on comprend que Jésus a institué le sacrement de la confession. Pour qu’un prêtre, revêtu, grâce à l’Esprit-Saint reçu à son ordination, du pouvoir de remettre les péchés puisse accomplir cette mission, il faut qu’il ait entendu l’aveu des péchés qu’il doit pardonner car un discernement lui est demandé : « À qui vous remettrez ces péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus ». Jésus a donné-là à ses Apôtres et à leurs successeurs dans le ministère Apostolique, une tâche très belle mais aussi très grave, très sérieuse : entendre l’aveu de la misère humaine pour la recouvrir de la miséricorde divine.

Et Jésus répètera encore une troisième fois « la paix soit avec vous », mais cette fois-ci lors d’une autre visite à ses Apôtres, alors que Thomas —qui était absent la première fois— sera présent avec eux. A Thomas, il propose non seulement de voir ses mains et son côté transpercés, mais de mettre son doigt dans les plaies pour qu’il puisse croire. Mais c’était aussi pour nous que Jésus a dit à Thomas de toucher ses plaies, c’était pour nous aider à croire que les Apôtres n’ont pas eu une hallucination et que la résurrection est bien la résurrection du corps et non une simple survie de l’âme. Cela nous montre en même temps que, si les plaies de Jésus sont si importantes pour renforcer la foi, les plaies de l’Église et les plaies du monde le sont aussi. Si Jésus n’a pas effacé le mal de la terre c’est qu’il veut que nous le traversions avec confiance, dans l’espérance, dans la foi, et même dans la joie d’offrir avec Jésus nos épreuves à Dieu notre Père pour qu’il en fasse des occasions d’actes d’amour pur, d’amour désintéressé, des occasions d’actes de miséricorde et de pardon des offenses, des occasions de bonté gratuite, sans rien attendre en retour.

Recevoir le sacrement de la confirmation, c’est passer du stade infantile de la grâce où l’on boit le lait maternel sans se poser de question lors de son baptême, où l’on est soutenu, accompagné, porté, au stade adulte de la foi et de la grâce, où l’on assume aussi bien les peines que les joies, les épreuves que les consolations, les blessures que les guérisons. On peut l’assumer dans sa vie de foi si l’on regarde Jésus qui montre ses plaies, qui est ressuscité mais a donné un sens positif à ses souffrances, elles ne sont pas tant les marques de sa souffrance, que les marques de son amour sans limites, de son amour pour les pécheurs que nous sommes, de son amour qui nous a ouvert les portes de ciel pour habiter un jour avec Lui, en communion avec toute la Création réconciliée et sauvée.

Etre baptisé, c’est déjà être plongé dans la mort avec le Christ pour ressusciter avec lui. Recevoir la confirmation de son baptême, c’est recevoir un surcroît de force divine pour aimer en toute circonstance et devenir ainsi témoins de la paix du Christ, une paix désarmée et désarmante comme dirait le pape Léon.

Frères et sœurs, laissons l’Esprit Saint fortifier notre foi, la foi quand on voit des signes de la bonté de Dieu, mais aussi la foi quand on n’en voit plus. « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » dit Jésus. Laissons-nous habiter par ce bonheur de croire et de nous donner à la suite de Jésus, de traverser le temps de notre existence avec une confiance sans limites en la présence de Jésus à nos côtés et en l’avenir de paix et de bonheur pour lequel nous avons été créés et rachetés.

Amen. Alleluia.

+ Mgr Laurent Camiade,
Evêque du diocèse de Cahors

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