Messe de rentrée de l’enseignement catholique du Lot

Mardi 3 octobre 2023.

- Homélie de Mgr Laurent Camiade :

Nous pouvons méditer sur trois points à partir de l’Évangile de ce soir. D’abord, Jésus envoie des messagers devant lui préparer sa venue. Puis, On refuse de le recevoir. Enfin, Jésus refuse la violence, là où on ne veut pas de lui, il s’en va vers d’autres villages.

Jésus envoie ses messagers. En ce jour de rentrée et d’envoi en mission, en particulier pour les directeurs d’établissements catholiques qui ont tous une lettre de mission, regarder Jésus envoyer des messagers devant lui est important. Votre lettre de mission vous est donnée par le délégué de l’évêque ou par votre autorité de tutelle congréganiste, mais à travers ces médiations, c’est toujours une mission dont l’origine est spirituelle car l’Église n’existe que par son chef, le Christ. La présence de l’évêque au moment de cet envoi en mission rappelle que c’est le Christ, l’unique pasteur de son Peuple qui est à l’origine d’une mission d’Église. Et les communautés éducatives que vous êtes envoyés pour diriger participent, elles aussi, à cette mission. Certaines personnes le font avec une motivation spirituelle claire, d’autres n’en ont peut-être pas clairement conscience, mais du moment qu’elles adhèrent au caractère propre de l’enseignement catholique, elles apportent une pierre à la mission d’éducation et d’enseignement. L’école catholique, même si elle vit cela de façon limitée et sûrement perfectible est une œuvre d’Église, une manière de préparer la venue du Christ dans un territoire donné, à la rencontre de personnes précises. Dans cet évangile d’aujourd’hui, les envoyés sont des « messagers », leur mission n’est pas seulement implicite, ils ne sont pas chargés de dire seulement que leur maître va venir, mais que ce maître est le Christ qui s’en va à Jérusalem pour accomplir sa mission de Salut Pour tous les hommes. On ne peut pas préparer la venue de Jésus dans le cœur de nos frères sans dire que Jésus est le sauveur et même, cela n’est pas le plus simple, qu’il va nous sauver en mourant sur une croix et en ressuscitant le troisième jour. Dans toutes nos écoles, ce message devrait être clairement annoncé à tous.

Après, et c’est le second point, il est évident que beaucoup ne seront pas convaincus. Dans ce village où Jésus a envoyé ses messagers, on ne veut pas de lui. « On refusa de le recevoir » dit l’évangile. Ça, c’est toujours une tristesse, une déception peut-être, voire un motif de découragement. On prêche souvent dans le désert. Mais Jésus n’a pas demandé de réussir, il a demandé d’annoncer le message et de préparer sa venue. Un message n’est pas toujours reçu. S’il dérange, il est même souvent refusé. Même la vérité la plus lumineuse ne se fraie pas un chemin sans obstacles dans nos propres cœurs. Déjà, en nous-mêmes, avons-nous accueilli en profondeur le message de Jésus qui nous sauve en passant par la passion, la mort avant de ressusciter, ce qui est plus sympathique… mais mourir, souffrir, cela nous rebute forcément, peut-être même heureusement car ce serait de la folie d’aimer souffrir. Mais lui rejoint nos souffrances. Il ne nous sauve pas par des tours de passe-passe ni des illusions en dehors du monde réel, il nous sauve en rejoignant nos difficultés réelles, nos épreuves réelles, nos combats et même nos échecs réels. La mission est difficile. C’est normal. L’Évangile ne promet jamais un long fleuve tranquille à ceux que Jésus envoie pour l’annoncer. Mais sa bonne nouvelle, c’est qu’il est toujours là à nos côtés si nous lui faisons confiance, si nous acceptons de le recevoir ainsi, au cœur de nos détresses.

Enfin, Jésus refuse la violence, là où on ne veut pas de lui, il s’en va vers d’autres villages. Le refus de la violence face aux difficultés n’est pas un acte de faiblesse ni une lâche tolérance du mal. C’est au contraire le respect de la liberté profonde des personnes quitte, comme Jésus, à stopper net (« il les réprimanda » dit le texte) ceux qui veulent déchaîner le feu du ciel contre ceux qui ne l’accueillent pas. La charte de bientraitance promulguée le 21 septembre dernier dans notre diocèse vise à impliquer tout le monde dans ce refus de la violence, sous toutes ses formes, spécialement envers les enfants ou les personnes vulnérables. La tendance de notre époque, c’est de montrer du doigt des grands personnages violents comme Hitler ou Poutine comme pour dire, la violence n’est pas en moi, je n’en suis pas responsable, c’est tel ou tel méchant, tel ou tel pervers qui l’incarne et on s’imagine avoir refusé la violence simplement en refusant les extrémistes. Mais le réalisme, c’est que la colère, la violence est en chacun de nous et qu’il faut la combattre ensemble, c’est en se mobilisant et en s’exerçant tous ensemble à développer une culture de la bientraitance que l’on combat la violence à sa racine, en chacun de nous. On aide ainsi les plus fragiles d’entre nous à ne pas développer des attitudes déviantes, à ne pas se laisser aller à profiter de la faiblesse des autres. Et comme, à certains moments de nos vies, nous sommes tous susceptibles d’être fragilisés, si un vrai climat de bienveillance est développé entre nous tous, cela va, un jour ou l’autre, nous aider nous aussi, soyons-en bien sûrs !

Jésus nous envoie comme des messagers devant lui pour préparer sa venue dans les cœurs. Cela n’impose rien à personne puisqu’il est facile de voir que, très souvent, on refuse de le recevoir. Mais quoi qu’il en soit, Jésus refuse la violence, là où on ne veut pas de lui, il s’en va vers d’autres villages. La mission ne s’arrête pas, ne se décourage pas à la première difficulté, paisiblement, elle relance les filets, elle se poursuit d’une manière ou d’une autre, avec confiance. Bonne rentrée à tous !

Amen.

+ Mgr Laurent Camiade
Evêque du diocèse de Cahors

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