Epiphanie - Messe de clôture du jubilé - Les Signes d’Espérance

Dimanche 4 janvier 2026, cathédrale St Etienne

 Homélie de Mgr Laurent Camiade :

Mes frères,

Les mages « regagnèrent leur pays par un autre chemin » (Mt 2,12) venons-nous d’entendre. Peut-être que l’Épiphanie n’avait pas d’autre but que de nous conduire à cette conclusion qui est, en réalité une ouverture, une invitation à suivre un chemin nouveau.

Depuis un an, nous avons reçu la grâce d’être « pèlerins dans l’espérance » selon le thème choisi par le pape François pour le jubilé 2025. Nous rendons grâces aujourd’hui pour cette année jubilaire en contemplant des pèlerins de l’espérance parmi les plus célèbres au monde : ces mages qui ont quitté leur lointain pays, depuis l’Orient lointain, pour pèleriner à la suite d’une étoile et venir adorer le roi des rois qui venait de naître, ils ne savaient pas où. Ces mages représentent l’espérance des nations de la terre entière, même les plus improbables. Ils représentent les désirs les plus forts du cœur de l’homme que le Christ est venu combler et même dépasser par sa naissance.

Or, l’adoration des mages n’est pas un point d’arrivée, c’est aussi un point de départ, ils retournent chez eux « par un autre chemin ». Ils ne sont pas détournés de leur pays, de leur culture, de leur vie, de leurs familles, mais ils y retournent par un autre chemin, un chemin nouveau, un chemin habité par une espérance nouvelle, différente et plus élevée, plus dense par rapport à celle qu’ils avaient à l’aller.

Qu’est-ce qui a changé dans le cœur des mages ? Certes, un songe les a avertis de se méfier d’Hérode et ils vont donc éviter de retourner chez ce monarque intriguant qui a cherché à les manipuler en se servant d’eux pour mieux faire tuer l’enfant qui aurait pu le concurrencer. Mais cet « autre chemin » a des significations symboliques très intéressantes pour nous, au lendemain du jubilé de l’espérance. Et peut-être que les cadeaux des mages nous offrent des pistes pour comprendre sur quels autres chemins le Seigneur nous attend nous-mêmes. Les mages ont apporté à Jésus de l’or, de l’encens et de la myrrhe. L’or évoque la royauté du Christ, l’encens sa divinité et la myrrhe préfigure son embaumement après sa mort.

L’or, cadeau des rois, à quoi nous appelle-t-il ? Par le baptême, nous avons été associés à la royauté du Christ. Pour nous en souvenir, nous avons reçu l’onction royale du Saint-Chrême. En adorant, comme les mages, l’enfant Jésus qui est le roi des rois, n’avons-nous pas reçu une leçon d’humilité et de renoncement à nos intérêts individuels pour nous mettre davantage au service du bien commun ? C’est bien ce que le roi Hérode n’avait pas compris, lui qui craignait la concurrence et qui avait déjà fait assassiner son épouse et trois de ses propres fils qu’il suspectait de comploter contre lui. Le cruel Hérode est l’antithèse de la forme de royauté que les mages ont pu découvrir en adorant le Christ nouveau-né. Remarquons toutefois qu’ils ne l’auraient pas trouvé sans Hérode qui leur a permis de consulter les grands-prêtres et les scribes de Jérusalem. L’étoile ne les avait initialement conduits qu’à Jérusalem, pas à Bethléem. Ils ont fait l’expérience des limites de leur pouvoir et de l’interprétation des signes de la nature. Voilà déjà une raison de prendre un nouveau chemin : avoir employé toutes nos capacités humaines mais savoir qu’elles ne suffisent pas et que la Révélation transmise par les Écritures saintes et par ceux qui ont reçu mission de l’interpréter est incontournable. Notre cheminement ne peut se dispenser de l’éclairage de la Révélation qui, depuis la naissance du roi des rois, nous est transmise par son Église. L’or nous rappelle ce mot de Jésus : là où est ton trésor, là sera ton cœur (cf. Mt 6,21). Il nous appelle à la conversion du cœur, au décentrement de soi pour se tourner vers le Christ Roi de l’univers dont le cœur a tant aimé le monde et qui veut que dans notre cœur soit ranimée l’espérance fondée sur l’Amour de son Cœur pour que le nôtre brûle de ce même Amour pour le bien commun de nos frères.

Et l’encens, brûlé en hommage à Dieu, en signe de la subtilité de son Esprit qui élève nos esprits en Lui, à quel chemin nouveau nous appelle-t-il ? Pour des mages, qui pratiquaient des formes de magie non précisées par le récit, le chemin nouveau est sans nul doute de laisser tomber définitivement toutes ces pratiques ambigües. Celles-ci ne les ont d’ailleurs pas conduits à la crèche ni à l’enfant Jésus mais à Hérode qui voulait le détruire. Il a fallu un songe providentiel pour les avertir de ne pas retourner là où l’étoile les avait conduits, même si elle les avait rapprochés du Christ, ce n’était pas sur un chemin très pur, et il n’avait même rien d’inoffensif. Beaucoup de nouveaux convertis sont passés, eux aussi, par toutes sortes de pratiques ésotériques et, parfois, cela a servi de façon inattendue à les rapprocher de Dieu, tandis que beaucoup d’autres qui pratiquaient ces sortilèges se sont au contraire gravement égarés. Mais, même si nous n’avons pas tous été tentés par l’ésotérisme, nous cheminons tous avec quelques fausses idées de Dieu qu’il faut convertir, purifier. Dieu n’est ni un père Fouettard ni un papa gâteau, ni non plus une énergie à capter. Alors, rien de tel que la contemplation de l’enfant Jésus de la crèche pour nous réorienter vers la découverte de qui est vraiment Dieu. Chaque fois que nous croyons avoir une idée exacte de Dieu, méfions-nous, il y a de grandes chances que nous soyons sur un chemin de perdition. Dieu est toujours au-delà. Mais Dieu s’est fait homme et, avec le Christ Jésus, nous avons un compagnon de voyage qui ne nous quitte pas. Avec lui, nous pourrons aller sûrement vers le Père. L’amitié avec Jésus, la recherche de sa compagnie et de sa présence guide notre existence et nous permettra de ne jamais nous égarer. Seul le Fils peut nous révéler quel genre de Père est Dieu. Nous n’avons rien d’autre à espérer que de rester sans cesse avec un si bon compagnon et un aussi excellent maître.

La myrrhe, enfin, qui aurait dû embaumer le Messie dans son tombeau au matin de Pâques est arrivée trop tard : les femmes ont trouvé le tombeau vide. Car la vie du Christ est plus forte que la mort. Là aussi, tout est passé par un autre chemin. Même les épreuves de notre pauvre existence, même nos péchés que Jésus a portés sur sa croix, ne sont pas des fatalités décourageantes mais des occasions de s’unir à sa Passion et d’entrer déjà dans le mouvement éternel de sa résurrection.

Les trois cadeaux apportés par les mages sont à la fois très forts symboliquement et décalés par rapport à la réalité de ce que sera la vie de Jésus-Christ. Il est vraiment roi et mérite les ors qui entourent l’adoration qui lui est due, mais il ne sera jamais couronné, mais plutôt condamné comme un imposteur. Il est vraiment Dieu, et l’encens qu’on fait brûler devant lui évoque la prière qui monte vers Lui, mais il est aussi vraiment homme et le vrai culte qu’il attend de nous est celui de la crèche, celui de l’humilité de la mangeoire qui se prolonge dans le repas eucharistique où sa gloire et son salut passent par un peu de pain et un peu de vin consacrés pour devenir sa vie offerte. Il est vraiment mort, mais lorsque les femmes viennent au tombeau avec les aromates, avec ces parfums que la myrrhe préfigurait, le tombeau est vide et il est vivant pour toujours. Sa victoire sur la mort est le cœur de notre espérance.

Mes frères, en cette année jubilaire nous avons eu la grâce de ranimer l’espérance fondée sur l’amour du cœur de Jésus. La clôture de ce jubilé n’est pas un point d’arrivée, c’est un point de départ sur un nouveau chemin. Engageons-nous avec confiance sur le chemin de la foi en un Dieu Père qui s’est livré, en son Fils, par amour pour nous.

Amen.

+ Mgr Laurent Camiade
Evêque du diocèse de Cahors


 Florilège tiré du cahier d’espérance de la cathédrale :

1 - Ce qui me touche et m’encourage à espérer, ce sont mes amis, ils sont avec moi à l’école, à la messe, et il m’aide souvent. Merci Dieu de m’avoir donné des amis en or ! Merci un million de fois ! /

Les jeunes qui sont partis au jubilé : nous avons vraiment vu les signes d’espérance. C’est toutes ces personnes réunies par leur foi, dans la joie, toutes présentes pour la même Personne : Jésus ! Cet amour que nous avons reçu c’est l’image que nous devons pleinement faire confiance à Dieu et s’abandonner entièrement à lui. (Chant)

2 – Je vis à Bonn dans la vallée de l’Ahr (Allemagne), où des inondations catastrophiques avec plus de 140 morts se sont déroulées en 2021. Mais après des milliers de gens sont venus afin d’aider les habitants désespérés. Ça m’a donné l’espoir ! L’humanité n’est pas perdue

Nous avons visité une paroissienne, dans sa maison de retraite. A notre arrivée, elle était abattue et malgré sa surdité, et son aveuglement, nous avons rétabli un rapprochement. A notre départ, les soignantes ont dit : « ce n’est plus la même » ! (Chant)

3 - Merci Seigneur de m’avoir fait arrêter l’alcool. / Merci Seigneur pour ton pardon, merci de m’avoir fait gouter à ta tendresse, que celle-ci soit désormais ma boussole…

Quand je vois tous ces jeunes convertis qui demandent le baptême et font le choix de suivre le Christ !
Prions afin que d’autres nous rejoignent et que la paix habite notre terre ! (Chant)

4 - Cahors dernière étape pour nous sur le chemin de Compostelle. Cette année nous fêtons nos 30 ans de mariage, belle façon de le célébrer... / Merci Seigneur de m’avoir donné un fiancé, grâce à cela je connais ma vocation ! /Le pèlerinage à Paray le Monial a été source d’espérance, il porte et portera du fruit ! (Chant)

5 - L’espérance c’est aussi tous ces prêtres fidèles qui renouvellent leur engagement !

L’espérance, c’est Jésus qui vient dans l’Eucharistie, pour nous montrer qu’il ne nous abandonne pas, qu’il nous aime et qu’il viendra jusqu’à la fin des temps, comme il l’a annoncé. C’est à nous d’en prendre conscience, d’avoir un regard éclairé, un regard de baptême de communion, d’enfants et d’adultes. (Chant)

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