Paroisse de Figeac. Février 2026
- Texte de Louis de La Houplière :
« Nous n’avons plus de déperdition comme avant »
Alors que nombre de paroisses se retrouvent démunies face à l’afflux de nouveaux fidèles, notamment à l’occasion de la messe des Cendres, l’abbé Guillaume Soury-Lavergne, curé de la paroisse de Figeac, raconte à Famille Chrétienne comment sa paroisse s’est transformée depuis quelques années.
La paroisse de Figeac fait figure de laboratoire expérimental. Placée au coeur de cette petite ville du Lot de 10 000 habitants, elle compte actuellement 33 catéchumènes et recommençants.
Ce 18 février, jour du mercredi des Cendres, comme bon nombre de ses confrères, l’abbé Guillaume Soury-Lavergne a vu son église pleine. « Elle était blindée », précise-t-il, de fidèles habitués des lieux, mais aussi de nombreux nouveaux visages. Partout en France le constat a été le même. Une tendance qui a confirmé un phénomène constaté l’année dernière… avec l’effet de surprise en moins. A Figeac, l’équipe d’animation pastorale se tenait sur le pied de guerre, prête à recevoir une foule de visages inconnus. Rien d’étonnant pour cette paroisse, qui a opéré une mutation dans sa capacité à absorber de nouveaux fidèles depuis quelques années.
Car c’est bien l’un des plus grands défis que traverse l’Eglise de France aujourd’hui. Cette arrivée de nouveaux fidèles, en nombre, lors de grands événements comme la messe des Cendres, l’oblige. Dans de nombreuses paroisses, les forces vives manquent, ou n’ont pas encore été formées à accueillir et à accompagner ces personnes qui découvrent tout de l’Eglise. Après l’étonnement, quelle est la marche à suivre ? « On ne peut pas se contenter de s’émerveiller de l’arrivée de ces nouveaux croyants, met en garde l’abbé Guillaume Soury-Lavergne, auteur de « Convertissons-nous ! Cette mission qui nous est confiée » (Editions Première Partie). Notre travail, c’est de faire en sorte que ces nouveaux arrivants restent dans nos paroisses. Malheureusement, ces dernières ne sont pas calibrées pour accueillir un tel afflux. Nous ne pouvons pas nous permettre de décevoir ces personnes. » Partout, les demandes de baptêmes ou de confirmations, enflent : en 2025, ils étaient plus de 17 800, adultes et adolescents réunis, à être baptisés, soit une hausse de 45% par rapport à l’année 2024. Cette année, d’après les prévisions, le nombre de baptisés pourrait bien encore augmenter.
Mission collective
« Nos communautés ecclésiales sont bousculées, reconnaissait en janvier dernier Mgr Jean-Marie Le Vert, évêque auxiliaire de Bordeaux, dans une lettre adressée à son diocèse. Le grand défi qui se présente désormais à nous est qu’ils deviennent des disciples du Christ. Nos communautés paroissiales tout entières doivent prendre conscience de cette mission collective, en mettant en place les moyens de les incorporer, avant comme après le baptême ou la confirmation. » Dans ce registre, la paroisse de Figeac fait figure de laboratoire expérimental. Placée au cœur de cette petite ville du Lot de 10 000 habitants, elle compte actuellement 33 catéchumènes et recommençants et baptisera deux adultes et deux adolescents durant la Vigile Pascale. Depuis que cette paroisse rurale s’est métamorphosée dans son accueil de ces nouveaux fidèles, son curé l’assure : « Nous n’avons plus de déperdition comme avant. »
Se mêler aux nouveaux
Quel est son secret ? L’épisode de la messe des Cendres illustre bien ce vaste effort missionnaire enclenché par l’abbé. « Nous nous y étions préparé, assure-t-il. Tous les membres de l’équipe d’animation pastorale devaient se mêler aux nouveaux et guetter le fond de l’église, où s’assoient logiquement les nouveaux arrivants. » Sur le parvis, plusieurs d’entre eux distribuaient des carnets spécialement conçus pour suivre les différentes étapes de la messe. « J’ai même demandé aux paroissiens de changer de place et d’aller s’asseoir à côté d’eux, ajoute-t-il. Nous le faisons régulièrement. L’objectif était que chaque membre de l’équipe puisse aller ensuite saluer un nouveau, lui parler et le mettre en contact avec un groupe de la paroisse, comme celui dédié aux jeunes pros. Au début de la messe, nous avons fait une annonce, leur disant qu’ils n’hésitent pas à venir nous voir pour se présenter. »
Syndrome de l’imposteur
L’abbé Guillaume Soury-Lavergne connaît désormais bien ces jeunes et moins jeunes qui frappent à la porte de son église : « Ils ne connaissent rien, explique-t-il. Ils ont pour la plupart le syndrome de l’imposteur : ils s’estiment indignes de participer à la messe, arrivent juste à l’heure et repartent un peu avant la fin. Il faut être très attentifs à ces personnes. » Pour les « saisir » et en faire des chrétiens fidèles, un processus s’est progressivement mis en place, depuis 8 ans, sur la paroisse. Un prêtre est spécialement chargé de ces demandes. Une fois le premier contact pris avec le visiteur, le parcours est bien balisé. Une première longue rencontre est organisée, « pour savoir où ils en sont et connaître leurs difficultés ». « Leur désir de marcher vers Jésus a besoin d’être affiné. Cette rencontre fait monter le désir de la personne. Elle constate qu’on la prend au sérieux, ainsi que le Christ. » Quand le fer est chaud, il faut le battre. « On les invite ensuite à vivre le parcours Alpha, indique l’abbé Guillaume Soury-Lavergne. Le désir a grandi, les paroissiens les accueillent, ils se rendent compte qu’ils sont leurs semblables. » Ensuite, le nouveau venu est orienté vers un groupe de catéchuménat et lui sont proposés des efforts engageants, dont un groupe de formation, un dimanche sur deux, juste avant la messe, parmi d’autres catéchumènes, recommençants ou néophytes.
Les fruits n’ont pas tardé à accompagner ce nouveau processus. « Des familles, qui hier était attirées par le Christ, débarquant complètement dans l’Eglise, sont devenues des piliers de la paroisse », se félicite l’abbé. Mieux, « ils sont sans complexe pour aller chercher d’autres personnes et annoncer le Christ ». Cette métamorphose missionnaire, il en est le premier étonné. « Au début de mon sacerdoce, je pensais avoir à gérer le déclin de nos paroisses. Tout, dont le scandale des abus sexuels, devrait éloigner ces jeunes de l’Eglise. C’est le contraire qui se passe. C’est inattendu. Depuis quelques années, je vis quelque chose de nouveau dans mon sacerdoce. » Celui-ci voit même dans ce phénomène un « miracle » : « Jésus est avec nous tous les jours de notre vie jusqu’à la fin du monde. C’est la manifestation éclatante de la puissance de Dieu. » Pour que cette puissance se manifeste, il ne faut pas pour autant se contenter d’être observateur, prévient-il : « Si les paroisses ne convertissent pas leurs processus d’accueil, elles vont mourir. »
Louis de La Houplière





