EGLISE DU LOT / Revue n° 21 "Célébrez le Seigneur dans la joie !"

Revue religieuse catholique du diocèse de Cahors
Mars 2023 / Mai 2023

- Editorial de Mgr Laurent Camiade :

Aide active à mourir : liberté individuelle ou crise pour la société ?

Entre les débats (explosifs) sur la réforme des retraites et ceux (plus discrets malgré la gravité du sujet) sur l’évolution des lois concernant la fin de vie, le sort des plus âgés d’entre nous et donc de nous-mêmes —si nous vivons jusque-là— paraît focaliser beaucoup l’attention. Les sujets de préoccupation ne manquent pourtant pas aujourd’hui (guerre, séismes, climat…). Mais n’avons-nous pas souvent tendance à ramener à notre égo ce qui, en réalité, a un impact sur l’ensemble de la société ?

Je ne prendrai ici que l’exemple des débats sur l’aide active à mourir (euthanasie ou suicide assisté). Envisager un suicide assisté est assez violent et ceux qui souhaitent voir évoluer la loi tentent souvent d’éviter le mot euthanasie qui fait un peu peur. Alors, on promeut une aide à mourir ou une assistance active à mourir. Tous ces termes, pas forcément synonymes, désignent un même type d’actes : donner la mort à des personnes qui approchent de leur fin de vie, mais aussi, éventuellement, à toute personne, quel que soit son âge, frappée par la maladie, physique ou psychologique ou encore par le handicap. Dans tous ces cas, certains envisagent une aide active à mourir, rebaptisée parfois aide médicale à mourir, cette dernière expression paraissant appuyer sur la dimension "médicale" de l’acte. Mais une telle insistance n’est pas sans question pour les médecins puisque ces actes contredisent directement le serment d’Hippocrate qu’ils ont tous prononcé et qui contient cette phrase claire : « Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. » Avant même ce serment, ces actes contreviennent de fait à la loi de Dieu : « tu ne commettras pas de meurtre » (Ex 20,13). On peut par ailleurs facilement imaginer qu’un homme ou une femme ne devient pas médecin pour provoquer la mort mais bien, si possible pour guérir et, en tout cas, pour soigner les malades et participer à leur qualité de vie.

Lors du conseil pastoral diocésain du 15 octobre dernier, nous avons eu la chance de recevoir le médecin responsable des soins palliatifs dans le Lot. De son témoignage je retiens ici trois choses. 1. D’abord, il aime son métier car, en fin de vie, les personnes sont vraies, ne trichent pas et se confrontent au réel et cela est très touchant. 2. Ensuite, il a souvent accueilli des personnes qui demandaient à mourir rapidement pour abréger leur souffrances, mais, après avoir été soignées et rendues « confortables » par un traitement adapté de la douleur, plus aucune de ces personnes n’a jamais redemandé une quelconque aide à mourir, au contraire, elles reprennent goût à ce qui leur reste de vie, aux visites de leurs proches, aux joies des événements familiaux à partager, même de loin (une naissance, l’examen ou le match d’un petit-enfant, etc.). 3. Enfin, il déplore le peu de moyens dévolus aux soins palliatifs, mais aussi l’ignorance de la plupart des médecins à ce sujet, qui ne prescrivent pas de soins palliatifs alors qu’ils le pourraient, qui laissent finalement souffrir leurs patients dès qu’ils ne peuvent plus les guérir.

J’ai conscience d’avoir retranscrit ce dernier constat avec des mots abrupts, évoquant une réalité évidemment complexe. Mais ce qui est sûr et qui ressort de nombreux échanges sur le sujet, c’est que la loi actuelle sur la fin de vie (loi dite « Claeys-Léonetti », de 2016) est méconnue même des professionnels de santé et très peu ou très mal appliquée, par manque de moyens mais plus encore de formation. J’ai participé à un débat sur ce sujet organisé le 6 février dernier à l’école d’infirmières de Cahors et ce constat de grande ignorance et de défaut d’application de la loi existante est ressorti très fortement des échanges, chez des personnes aux opinions par ailleurs très contrastées.

Tout ceci nous ramène à ce problème de lois qui sont votées (par des bien-portants) pour flatter le sentiment de liberté individuelle : « j’ai droit, si je veux, à ce qu’on mette fin à mes jours ». Mais ceci me paraît enfermer le sujet dans son égo. Il ne mesure alors pas l’impact qu’une telle décision de mort peut avoir sur son entourage, comme également sur l’ensemble de la société. Et que dire de notre relation à Dieu qui nous fait le précieux cadeau de vivre ? Dans mon ministère de prêtre j’ai hélas eu plusieurs fois à accompagner des familles frappées par le suicide d’un des leurs et, on a beau savoir qu’il s’agit souvent d’actes compulsifs imprévisibles, ces familles en étaient dévastées. Par ailleurs, qu’en est-il de la santé psychologique du médecin qui devra poser l’acte de donner la mort ? Qu’en est-il de l’angoisse des personnes qui veulent vivre et doivent entrer dans un processus de soin pour lequel elles vont dépendre d’un système où le serment d’Hippocrate n’est plus de rigueur ? Qu’en sera-t-il de la conscience de citoyens qui vont penser qu’ils ne méritent plus que l’on dépense de l’argent pour les soigner ? Vont-ils considérer qu’il est plus généreux d’accélérer sa mort, en vue d’un meilleur profit des mutuelles (dont le lobby est très actif en faveur de l’évolution de la loi actuelle) ? Qu’en est-il de l’avenir de jeunes qui grandissent dans une société où l’interdit de tuer devient de plus en plus relatif ?

Ces questions n’épuisent pas un sujet si délicat, mais je veux mettre ici l’accent sur l’impact social de l’assistance active à mourir, si elle devait être permise un jour par la loi. Je ne comprends pas que l’on entende si souvent dire que c’est une simple question de liberté individuelle, car c’est une question qui rejaillit sur tout le monde, sur toute la société. S’il existe un bien commun, grandit-il avec la permission de tuer ou au contraire se détériore-t-il ?

+ Mgr Laurent CAMIADE,
évêque du diocèse de Cahors


- Sommaire :

  • P. 2 : Editorial de Mgr Laurent Camiade
  • P. 3 : JMJ 2023 Lisbonne
  • P. 4/5 : L’art de célébrer
  • P. 6 : Mitre épiscopale de Mgr Paul Chevrier
  • P. 7 : Semaine de prière pour l’unité des chrétiens
  • P. 8 : Institution de la Journée des Néophytes !
  • P. 8 : Vers le batpême des adultes à Pâques
  • P. 9 : Préparation à la confirmation
  • P. 10 : Le cri de la Terre et le cri des pauvres
  • P. 11 : Abus au sein de l’Eglise / Journée mémorielle
  • P. 11 : Pèlerinage diocésain à Lourdes
  • P. 11 : Le MOOC de la messe
  • P. 12 : Adieu au Père Lucien Lachièze-Rey
  • P. 13 : Christian, l’homme qui aimait les gens
  • P. 14 : Nominations / Décès / L’Eglise en France
  • P. 15 : Agenda de l’évêque / Dans votre agenda
  • P. 16 : Collecte du denier 2023
    Revue Eglise du Lot


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