Message de Pâques

Jésus ressuscité est victorieux de tout mal !

Le père Jacques Hamel, juste avant d’être égorgé le 26 Juillet dernier à la fin d’une messe à Saint-Etienne du Rouvray, a dit devant ses agresseurs : va-t-en Satan !
En ouvrant officiellement ce Jeudi Saint le procès en vue de la béatification du père Hamel, l’archevêque de Rouen a souligné que ces dernières paroles étaient "le signe de sa foi solide, bien structurée. Pour lui, Satan était entré dans ces deux hommes, et il avait identifié en eux la puissance du Mal".
La fête de Pâques célèbre le passage du Christ par une mort injuste et violente qu’il traverse librement et par amour pour nous, jusqu’à réapparaître ressuscité le matin de Pâques, en chair et en os. Or, avant de ressusciter, Jésus, en assumant la mort, remporte la victoire sur le mal. Tous les martyrs chrétiens suivent ce même chemin et partagent sa victoire sur le mal.

Nous subissons le mal, nous en sommes souvent complices et nous sommes tragiquement capables de l’aimer. Pour entrer vraiment dans la joie de la résurrection, il nous faut prendre bien conscience des différents niveaux du mal qu’est venu vaincre le Christ : le mal subi, le mal moral et le mal spirituel.

Le mal saute aux yeux quand nous le subissons. Pensons aux victimes de toutes formes de maladies ou de violences. En souffrant sur la croix, Jésus a pris sur lui toutes les souffrances, non en les retirant à la manière d’un antalgique, mais en les habitant de sa compassion. Il nous permet ainsi d’offrir nos peines avec Lui à son Père, dans l’espérance de la résurrection bienheureuse. La force que donne la présence du Christ à tous ceux qui souffrent les réconforte, parfois même les guérit.

Le mal moral est à un autre niveau : c’est le mal que nous faisons ou dont nous sommes complices. Notre conscience, si elle est bien éveillée et formée, nous le reproche. Elle nous éclaire et nous aide à éviter de recommencer. Notre conscience nous pousse à désirer le bien et à nous y conformer peu à peu. Parfois c’est notre corps qui nous reproche nos péchés parce qu’il en subit les conséquences et donne des signaux douloureux. Le chemin de croix traditionnel comporte trois chutes de Jésus : nous pouvons considérer qu’en tombant sous le poids de nos péchés, il nous donne la force de nous relever. Le Christ vient nous sauver de l’inertie du péché. Il nous demande juste l’humilité de nous laisser sauver et relever.

Il existe un troisième niveau du mal. On peut l’appeler le péché de l’esprit. C’est une perversion de la raison humaine, laquelle est tristement capable de vouloir le mal. Elle peut refuser d’admettre la vocation de l’homme à vivre éternellement pour aimer et servir Dieu. Le prophète Jérémie reproche au peuple d’Israël d’avoir dit au Seigneur : "je ne servirai pas" (Jr 2,20). Et ce refus a souvent été interprété comme celui de Lucifer au moment de sa chute (cf. 2 P 2,4). La raison pervertie s’auto-suggère que la vie ne mérite pas l’effort d’une sortie de soi. Elle développe alors une culture de mort sophistiquée. Le Christ, au contraire, est venu "pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude" (Mc 10,45). Il a surmonté son angoissante répugnance à mourir, grâce à son amour pour ses brebis, afin qu’elles aient la vie (cf. Jn 10,10). Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort "afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés" (Jn 11,52).

Le matin de la résurrection montre enfin que Dieu n’a pas abandonné son Fils à la mort. Il n’a pas abandonné l’humanité au pouvoir de la mort. Croire en Jésus Ressuscité, c’est vraiment croire que Dieu nous a faits pour la vie et qu’elle est le bien suprême qu’Il a créé. C’est donc croire forcément jusqu’au bout que Dieu nous veut vivants pour toujours.

Depuis le jour où Jésus, vainqueur du mal, est ressuscité, une question se pose à tout homme : puisque je suis fait pour la résurrection de la chair, comment vais-je choisir de vivre aujourd’hui dans mon corps, dans ma chair ?

+ Laurent CAMIADE, évêque de Cahors

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