Démarche Synodale Mondiale : publication de la synthèse diocésaine

C’est avec gratitude que j’ai la joie de publier la synthèse des contributions à la démarche synodale voulue par le pape François et présentée par une équipe diocésaine qui a réalisé ici un travail remarquable, tant par l’effort considérable pour lire et prendre en compte les centaines de pages qui leur sont remontées, que pour présenter le plus honnêtement possible un texte lisible et qui fait déjà ressortir des pistes réelles pour avancer ensemble.

Ma gratitude va d’abord à tous les groupes qui se sont réunis et, j’ose dire, « mis en chemin » en acceptant de répondre aux questions posées, d’y répondre ensemble par un vrai échange et non seulement par l’addition de quelques idées personnelles juxtaposées. On sent très souvent cette progression dans la rédaction même des contributions. Cela montre déjà la fécondité de l’expérience synodale : elle ne laisse personne indifférent, elle fait bouger ceux qui s’y risquent. L’équipe diocésaine a relevé plusieurs fois le caractère éprouvant de la lecture de certaines contributions, dont les auteurs ne mâchent pas leurs mots et, sans doute pointent de vraies difficultés, expriment aussi des souffrances ou désignent des points de blocage. Mais cela aussi doit nous aider à avancer ensemble.

- QUELLES SUITES DANS NOTRE DIOCÈSE DE CAHORS ?

Je demande dès maintenant
- à ceux qui ont contribué à la première étape
- et à d’autres qui ne sont pas encore exprimés mais souhaitent joindre leur effort à ce mouvement :

  • de lire la synthèse ci-jointe,
  • d’en parler en groupes,
  • puis de se poser deux questions :
    - Quel point positif pouvez-vous souligner dans cette synthèse ?
    - Qu’est-ce qui, dans la synthèse, vous apparaît plus important ou urgent à mettre en œuvre ? Citez des pistes réalistes au niveau de notre Église diocésaine.

Je souhaite, à la suite de ces consultations, convoquer une assemblée synodale le 26 novembre 2022. Pour nous aider à bâtir le contenu de cette assemblée synodale, merci d’envoyer vos réponses aux deux questions ci-dessus à synode2023@diocesedecahors.fr avant le 30 juin 2022. Ces réponses, émanant de groupes, devraient tenir en une demi page.

L’objectif de cette assemblée synodale sera de parvenir à quelques décisions concrètes à l’échelle du diocèse. Parallèlement, la démarche synodale mondiale va se prolonger au niveau national et continental, puis inter-continental. Toute l’Église est en route. Mais sans attendre les résultats de ces démarches, ici dans le Lot, l’assemblée synodale diocésaine prévue le 26 novembre 2022 nous permettra d’avancer ensemble localement, quitte à nous ajuster ensuite à ce qui apparaîtra après le synode des évêques à Rome prévu en octobre 2023.

+ Laurent Camiade
Évêque de Cahors


SYNTHESE DE LA CONSULTATION SYNODALE SUR LA SYNODALITE DANS LE DIOCESE DE CAHORS

Synode 2021-2023 / Diocèse de Cahors

Relecture ordonnée et proposée à la lumière de notre foi, à partir des contributions reçues par l’équipe diocésaine du synode et composée de :
Sabine Dunoguier : Dentiste à Figeac, mariée, 57 ans.
Louise Taupin : Ingénieure, doctorante, en résidence à Luzech, 26 ans
Noélie Burc : Professeure des écoles à Toulouse, originaire de Montcuq, 26 ans
Samuel Bonnemère : Orthoprothésiste, originaire de Cahors, 27 ans.
Mathias Leclair : Prêtre du diocèse, 57 ans, curé de paroisse, référent nommé par Monseigneur Camiade, évêque de Cahors.

- Introduction et explications quant à la méthode :

En lien avec notre évêque nous avons retenu trois des dix thématiques que propose le document préparatoire romain en son numéro 30, pour établir un questionnaire que nous avons largement soumis à tous, par le biais des paroisses, des mouvements, du site internet du diocèse, en clair, de manière aussi large que possible.

Les trois thèmes retenus ont été l‘écoute (n°2 du document romain), le dialogue (n°6), la question du discernement et des décisions (n°9). Les questions ont parfois été reformulées dans le but de les rendre plus directes et facilitant le partage.

Lancée juste après le 17 octobre, mais ralentie au départ par la pandémie de Covid-19, le terme de la consultation a été fixé au 15 février avec délai de grâce jusqu’au mercredi des Cendres, le 2 mars.

Ainsi, notre équipe diocésaine a eu accès à 104 contributions. Il faut noter qu’une bonne dizaine sont vraiment arrivées hors délais, et de ce fait n’ont pu être prises en compte.

Après avoir d’abord relu, chacun pour nous-mêmes, l’ensemble des contributions, nous avons, tous ensemble, dégagé les 5 axes sur lesquels la synthèse ici présentée est appuyée. Il s’agit donc d’un travail, réellement partagé, autant qu’il puisse l’être, et qui rend compte aussi, dans son élaboration, de nos différences d’âge, de choix de vie, et d’implication ou d’engagement dans la vie de l’Église. Chacune et chacun ayant eu à cœur de se laisser interroger par les autres et sans nul doute par l’Esprit-Saint lui-même, dans leurs « ressentis d’origine ».

Pour respecter cette diversité jusqu’au bout, la rédaction finale est l’œuvre de nos 5 mains, ce qui peut expliquer des différences de style, de présentation, ou de manière d’exposer les choses dans cette synthèse que nous signons ensemble. Bonne lecture !

1) Fondés sur l’Évangile

Si le mot « Évangile » n’apparaît pas si souvent de manière explicite dans les contributions, on le retrouve comme une sorte de fil conducteur qui ne se dit pas, mais auquel la plus grande partie des contributeurs semble vraiment attachée, et qui explique sans doute la forte participation à la consultation.

104 contributions qui représentent plus de 500 personnes, dont deux fois plus de femmes que d’hommes, cela n’est pas rien pour un diocèse de seulement 170 000 habitants. Chacun sent bien qu’il ne s’agit pas d’une enquête d’opinion comme une autre, car la vie de l’Église touche à l’annonce de la foi, à la personne du Christ, et dans un monde qui s’en éloigne c’est vraiment important.

Voici comment deux contributions différentes expriment cette conviction : « L’Évangile a quelque chose à dire aujourd’hui, et l’Église a un message à transmettre : Jésus t’aime et c’est la source de tout. » ; « L’Église, visage de Jésus, immergé dans l’humanité, ne peut délibérément ignorer les grands bouleversements que nous vivons ».

Cette sensation que l’Église est dépositaire des promesses de Vie que l’Évangile annonce, traverse de nombreuses contributions et suscite bien des réflexions sur son agir et le discours qu’elle peut ou doit tenir.

« Le message de l’Évangile doit rester l’inspiration des positionnements de l’Église. »
Certaines contributions regrettent un manque d’engagement de l’Église dans les questions sociétales, une trop grande timidité à exposer la foi. « Les textes de l’Évangile doivent rester la référence de nos vies, l’Église doit proposer sa doctrine et son enseignement, sans condescendance. »

D’une manière générale la tonalité des contributions est d’abord souvent négative pour : « Une Église qui a oublié l’adhésion à la personne du Christ, à son message », et c’est comme en creux que l’on perçoit ce qui va de pair avec cette sévérité, et qui est en réalité un attachement profond à la foi des chrétiens et à l’esprit de l’Évangile.

« L’Église c’est aussi tous les chrétiens laïcs, qui peuvent être aussi messagers de l’Évangile. »

Un autre signe de l’attachement au Christ et à son Évangile est manifesté par le désir fort de transmettre la foi, ce qui n’est pas facile. Quelques contributions avancent des pistes : « Dans le cadre du travail essayer d’avoir des mots sur la foi, dialoguer avec ceux qui sont en recherche. » Quand d’autres pointent honnêtement de vraies difficultés : « Comment cela se fait-il que je n’arrive pas à parler de l’Église, et même de ma foi alors qu’elle a de l’importance dans ma vie ? »
Sans omettre la difficulté de la transmission aux générations suivantes exprimée par les grands-parents.

Même si le style de nombreuses contributions peut se rapprocher de celui d’un vaste cahier de doléances, l’expression de la foi reste toujours présente, exprimée comme ce qui motive la réflexion, et c’est certainement ce qui ne doit pas être, ici, oublié.
« Tous nous avons la foi, celle qui nous porte dans notre vie de tous les jours et que nous avons à cœur de vivre et de faire grandir, de partager aussi avec d’autres. »

2) L’urgence des ponts à ouvrir, à construire

A) Un constat difficile

Il revient souvent dans les contributions, une image de l’Église qualifiée de « cercle fermé », « sur la défensive », « qui se replie sur elle-même, se sclérose », « se durcit », « la nécessité de refaire un noyau dur ». Ou pointé, le risque « d’être une Église citadelle, porte fermée », « un entre-soi ». Une Église encore vue comme « complètement déconnectée de la société », « décalée ». Entre la société et l’Église est ressenti ; un « fossé », « un dialogue qui se tend », « une Église moquée dans ses prises de décisions », « devenue inaudible », « une perte du sens du sacré », « une société déchristianisée ». « Église et société semblent être prises sur deux voies parallèles qui ne se rejoignent pas ».

Face à ce constat, des causes sont avancées, senties, discernées, exprimées :
Celle de peurs. Peurs de l’Église « d’être déstabilisée », « de la nouveauté », « d’une dilution », « de disparaître ».

Celle qu’avec « moins de prêtres, il y a moins d’écoute, de disponibilité », et « la nécessité de faire une démarche vers elle, car elle ne va pas vers les autres ». « Comme si certains désintéressaient l’Église », sont cités : « les jeunes, les vieux, les isolés, les divorcés-remariés, les femmes, les homosexuels, ceux qui vont contre ce qu’elle dit, les trop riches, trop pauvres, trop malades… ».

Celle d’une image de l’Église « détentrice de La Vérité », « moralisante », « limitée à une série d’interdits », « culpabilisante », « qui a du mal à se mettre au niveau des autres pour écouter, dialoguer », « qui juge ».

Celle « d’un manque de simplicité, la simplicité du message du Christ », de l’image « d’une machinerie lourde », « de codes à connaître et de moins en moins connus par les nouvelles générations », « d’un langage qui paralyse, n’est plus adapté à aujourd’hui », « de moyens de communication modernes où elle est trop absente », « de rites incompris, avec de l’ennui, de la monotonie, une passivité imposée, un manque de créativité ».

Celle de « prises de position qui ont entrainé des scissions » même en son sein. D’une Église qui « ne s’adapte pas à l’évolution des mœurs », qui « entend sans écouter », sur des sujets comme « l’avortement, la fin de vie, la PMA ».

Celle d’une « perte de confiance après les révélations liées aux abus sexuels, de conscience », « d’une image suspecte de l’Église », « des abus de pouvoir, de la part des clercs comme de laïcs, où tout est décidé à l’avance ».

B) Des ouvertures possibles et attendues

Mais c’est aussi une Église, qui, consciente de son risque d’enfermement, désire ouvrir, « créer des ponts » avec le monde tel qu’il est et dont les aspirations ne sont pas étrangères aux siennes :

« Le Pape François, par ses prises de parole, son encyclique Laudato Si, est une voix de l’Église entendue au-delà de l’Église et qui permet du lien ». « L’Église est, elle aussi, concernée par les grands bouleversements vécus par la société ».

Dans notre société, « une soif de sens, de spiritualité est exprimée ». Le message de l’Église garde sa pertinence, « donne du sens », « l’Église doit savoir affirmer ses valeurs, sa foi, et rester un repère », « elle doit savoir se questionner et questionner par sa parole en Vérité », « se rendre et être crédible », « mais sans imposer ». Devant « une indifférence de façade qui fond souvent dans un face à face ».

L’Église est capable, « possède les outils pour l’écoute, l’accueil bienveillant ». « Les équipes de funérailles le font souvent très bien avec les familles ». « Lieu symbolique du rassemblement », l’Église sait proposer « des lieux où l’on marche ensemble, sans jugement », sait « accueillir la différence ». Elle a à cœur de « demeurer plurielle ».

« Le principe de laïcité est à expliquer », « le dialogue avec les scientifiques à poursuivre sur les thèmes de l’avortement, la PMA… », « l’engagement des chrétiens dans les associations, ONG ou autre est à mettre en valeur » « car ils y sont présents » et « souvent sollicités par les services sociaux ».

Face à l’immédiateté vécue aujourd’hui, « l’Église avance doucement, mais avance avec quelque chose d’important dans cette lenteur et ce discernement alors possible ». « L’Église gagnerait à ne pas être comme une entreprise, à courir après le temps, la performance, mais à savoir se ressaisir de l’éternité », à savoir offrir ce cadeau au monde.

Enfin, cette recherche d’une Église ouverte en son sein et au monde souligne que les personnes en général « sont attachées à leur église, même si ce n’est plus que de l’ordre du patrimoine, ils y tiennent, et y entrent ».

« Nous devons en Église nous montrer plus enthousiastes, plus souriants et joyeux, forts de notre foi et plein d’Espérance, ce serait un bel exemple à donner. »

3) Avancer ensemble

A) Un désir

Une formidable chose qu’a au moins révélé ce synode c’est que se retrouver pour parler, échanger prendre le temps est quelque chose qui nous est cher. Le processus synodal fait redécouvrir qu’il est bon d’être ensemble. « Tous les participants ont apprécié de se retrouver pour ce partage qui n’aurait pu avoir lieu lors de rencontres fortuites ou passagères. » Nous avons le désir, la soif de grandir et d’avancer ensemble et même le « rêve d’un partage autour d’un simple goûter, un partage avec un thème, […] un partage de la Parole ». Certains aimeraient même déplacer un peu plus tôt la messe pour pouvoir discuter à la fin, parfois autour d’un verre de l’amitié, « pour se parler librement et d’une manière apaisée ».

B) Des difficultés

Pourtant, même avec ces conditions, la vie ensemble n’est pas si aisée. À commencer par la répartition des rôles de chacun. Le prêtre doit-il tout décider et tout assumer, à qui peut-il déléguer des parties de sa tâche ? Certaines personnes sont impliquées dans la vie de l’Église (préparation des messes, entretiens des églises, conseils…) mais déplorent la redondance de leurs services et du manque de renouvellement des personnes qui les accompagnent.

La religion elle-même est un sujet de divisions pour celles et ceux qui s’y sentent rattachés. Lorsque certains prônent un retour à certaines valeurs sur un socle solide, d’autres, plus nombreux dans les contributions que nous avons reçues, s’indignent d’une liturgie trop compliquée à comprendre, qui exclue tout âme nouvelle en quête de spiritualité et viendrait voir si la vérité ne serait pas en Jésus. Pour beaucoup il semble indispensable de « cocher les bonnes cases » pour pouvoir être accueilli dans l’Église.

La place des femmes est elle aussi évoquée, à plusieurs reprises, comme une vraie difficulté, suscitant un sentiment d’injustice, à la source de blessures très profondes. « Sans les femmes que devient l’institution ? Catéchèse, liturgie, funérailles, chorale, associations caritatives, visites d’hôpitaux… mais tout est décidé sans elles. Grande nouvelle : ministère de catéchiste et de lecteurs institués ! Comme si on avait attendu 2022, pour lire à la messe. »

Comment créer des liens entre nous et surtout vers ces personnes en recherche de spiritualité ? Dans un monde qui baigne dans l’internet et les réseaux sociaux, quels outils avons-nous et quels sont ceux à développer pour toucher ces personnes non chrétiennes et pourtant en recherche de Dieu ? Il a été proposé de créer des campagnes de communication, des cafés théologiques et le point qui revient le plus est que pour nous-mêmes chrétiens, notre témoignage de vie doit être un atout pour créer du lien entre nous mais aussi vers l’autre.

C) Des propositions

Vient alors l’idée des formations en continu toute l’année, comme des cours ouverts, ou à la carte, mais sans doute pas très simples à mettre en place dans un territoire rural.

Il semble pourtant nécessaire de chercher dans ce sens. Les formations permettraient à tous de mieux connaître l’Église, son fonctionnement, mais aussi mieux comprendre la liturgie, y prendre part plus profondément.

La formation des laïcs pourrait donner à ces derniers la possibilité de suppléer voire remplacer dans certains cas et sous condition le prêtre pour l’aider ou combler un manque ponctuel.

Pour avancer ensemble, il est important de comprendre et savoir quelles décisions sont prises. De très nombreuses contributions décrivent un manque flagrant de transparence au sein des décisions prises par l’Église. Bien sûr, il y a des conseils, mais qui les composent ? Les voix des membres des conseils sont-elles entendues ? Quelles propositions y sont faites et quelles décisions y sont prises ? Un journal paroissial qui résumerait cela pourrait être un bon début dans la transparence de l’Église, à condition qu’il soit ouvert et pluriel dans sa rédaction.

En ce sens l’expérience synodale présente, même modeste pour l’instant, creuse le désir d’avancer vraiment tous ensemble.

« Ce synode est un bon exemple de mise en place de discernement en cassant la dimension trop souvent pyramidale. »

4) Les prêtres

Au cœur de la vie de nos paroisses, les prêtres sont des sujets majeurs d’échanges et de débats dans les réponses transmises. L’une d’elles souligne : « nous avons tendance à assimiler l’Église aux prêtres », puis ajoute : « on ne peut pas continuer à avoir cette mentalité ». La place des prêtres dans l’Église est largement discutée : des missions qui incombent à leur ministère jusqu’à leurs conditions de vie, en soulevant aussi le risque de « confusion entre le ministère confié à un prêtre et l’état de vie ». Nombreuses sont les contributions qui discutent voire contestent la position centrale du prêtre, a fortiori du curé, au sein d’une paroisse, jusqu’à y voir un clergé qui « pense qu’il est l’Église et décide de tout ». À la fois « personne d’influence mais qui ne doit pas être non plus un homme politique », le prêtre est aussi vu « comme relais de la parole de l’Église et de celle du Christ ».

A) Vie du prêtre

Des inquiétudes concernant la solitude et l’occupation des prêtres apparaissent à plusieurs reprises, soulevant ainsi les difficultés réelles dans l’équilibre de vie. En revanche, de nombreuses contributions ne laissent pas entrevoir de distinction entre l’homme et la mission.

Le célibat des prêtres est largement remis en question, discuté comme un point délicat, qui ne fait pas non plus consensus au sein même des groupes. À travers le questionnement de l’accès au mariage pour les prêtres, c’est l’incompréhension de cette solitude, tenue pour forcée, qui transparaît ainsi que la crainte d’un décalage par rapport à la vie en société. C’est aussi la critique acerbe de « l’hypocrisie » d’une Église qui se voilerait la face devant une réalité qu’il semble plus facile d’ignorer.

Ces réflexions renvoient bien sûr à l’accompagnement des prêtres, dans leurs vies personnelle et pastorale.

B) Prêtre et paroisse

Les groupes constitués de paroissiens, souvent engagés, sont nombreux à soulever la question de la place du prêtre dans la paroisse et de la relation prêtre-laïcs, parce qu’ils « ont du mal à avancer ensemble ». Dans son ministère, comment le prêtre se situe-t-il dans la communauté chrétienne ? Les contributions soulèvent principalement trois risques majeurs.

Premièrement, c’est tout un « système où on met l’homme d’Église sur un piédestal » qui est critiqué, car ce système « a tendance à l’isoler et à l’empêcher de vivre vraiment en communauté avec les paroissiens ». Ancrée dans notre société occidentale, cette tentation complique la construction d’une Église synodale et entraîne parfois des situations difficiles.

Deuxièmement, loin d’être semblable à « la multitude de croyants [qui] n’avait qu’un cœur et qu’une âme » (Ac 4,32), notre Église – une, sainte, catholique et apostolique – est plurielle et les opinions variées comme en témoignent les contributions transmises. Le deuxième risque vient du tiraillement, de plus en plus visible, entre des « courants contradictoires » divisant l’Église, qui pèse sur le prêtre.

Ces « rapports de forces dans nos communautés » cristallisent les échanges sur des positionnements sociétaux et nous empêchent de poursuivre les missions de l’Église, évoquées à de multiples reprises : « rassembler », « aller vers les autres », « accompagner les gens même s’ils ne sont pas croyants », « donner les sacrements », « accueil, empathie, écoute, compréhension, douceur et charité, pour être témoin de la vraie Foi ».

Enfin, le dernier risque est celui d’une inaccessibilité du prêtre aux yeux de la communauté. La surcharge d’occupations présumée ou réelle d’un curé conduit à le voir ou le croire éloigné des personnes, voire « invisible ».

C) Prêtre et laïcs

Une dernière interrogation porte sur l’engagement des laïcs dans la vie de l’Église. Plusieurs groupes de laïcs engagés au service de leur paroisse mettent en exergue les difficultés liées à un changement de curé qui parfois « démolit sans connaître ce qui a été fait par le précédent », en laissant certains de côté, en en épuisant d’autres, en générant des incompréhensions.

Ces expériences soulignent un malaise souvent existant dans la relation prêtre-laïc, qui soulève la question non résolue de la reconnaissance, du respect de chacun. Redéfinir les responsabilités, repartir de la place du laïc apparaît comme un point-clef pour mieux comprendre la place du prêtre, envisagé comme « un berger, un guide [...] qui œuvre avec les chrétiens ».

5) Des chemins qui s’ouvrent

À la lecture des différentes contributions reçues, il apparaît clair que les petites fraternités locales, missionnaires, laïques ; les groupes d’Église sont des lieux appréciés par ceux et celles qui y prennent part. Des temps privilégiés pour l’écoute, des lieux où l’on grandit ensemble tout en approfondissant notre foi.

Une graine précieuse à choyer, donc. Une expérience à partager aussi, pour promouvoir ces groupes au sein du diocèse auquel on appartient, et susciter la curiosité des personnes se trouvant aux « périphéries », cherchant un lieu d’écoute, de partage, un pas vers Dieu sans savoir à qui s’adresser ni où trouver cela. Certains expriment cela par le fait qu’il faut « un dialogue de vérité avec les chrétiens du parvis en proposant de simples ateliers d’écoute et de partage. »

Aujourd’hui semble-t-il, nombreuses sont les personnes qui cherchent à rejoindre ces lieux, et l’expérience synodale en est un exemple. Elle a donné envie aux personnes de se rassembler pour participer à la vie de l’Église, pour échanger, se rencontrer, se saisir de l’opportunité de pouvoir dire en liberté, partager sa vie de foi avec d’autres croyants – ce qui est rare dans la société. L’abondance des participations montre bien que l’Église suscite intérêt et curiosité.

De quelle façon peut-on faire valoir l’existence de ces groupes d’échange au sein de l’Église ?
Comment inventer de nouveaux lieux propices à ces échanges ?

A) Vers de nouveaux espaces

Les contributions laissent apparaître un grand nombre de personnes en quête de nouveaux espaces pour se rencontrer et partager sur leur vie. Les modalités évoquées sont très diverses : repas, marche, après-midi… Au sein des réponses reçues, certaines personnes ont nommé leurs expériences, comme la participation à un « café théologique » : lieu ouvert à tous, ou les expériences de compagnonnage sur un chemin de foi, telles que les Communautés de Vie Chrétienne (CVX), les équipes Notre-Dame, et les mouvements d’Action Catholique (Mouvement Chrétien des Retraités, Action Catholique Ouvrière, Chrétiens en Monde Rural, etc.).

Pour beaucoup, ces lieux sont sources « avant tout d’accueil, et d’écoute ». Il est mentionné l’importance de « ne pas se fier aux apparences, avoir le désir de connaître ». C’est peut-être simplement à toutes celles et ceux qui en ont déjà fait l’expérience, par des mots simples, des comportements, d’en témoigner ou d’en faire part aux personnes « en recherche ».

B) Vers plus de lien

On perçoit également une articulation désirée entre le besoin de ressourcement et d’échange et les lieux de service : les équipes de bénévoles dans différents mouvements soulignent l’existence dans leur propre groupe de lieux de dialogue. Un temps pour échanger sur leurs expériences mutuelles, et s’enrichir de ces partages.

Ainsi une forte volonté de créer du lien transparaît, que ce soit du lien intergénérationnel ou entre membres de différents groupes et missions.

Il s’agit aussi d’avoir de l’espace pour les moments conviviaux, à la fin des messes par exemple. Une contribution mentionnait cela en exprimant une volonté d’« inventer des lieux informels à la fin des offices, de réunion ou de rassemblement ».

C) Vers une meilleure communication

Tous ces chemins, ces pistes nouvelles à créer et habiter, nous amènent aussi à évoquer la place de l’Église dans les médias. C’est un point important évoqué par de nombreux témoignages afin de valoriser plus de communication, transparente et régulière sur le fonctionnement du diocèse et les divers évènements programmés (exemples : site du diocèse, comptes du diocèse – « ils sont déjà oubliés »).

Il a été aussi relevé des demandes relatives aux comptes-rendus des conseils presbytéraux, des conseils pastoraux diocésains… Certains parlent de la nécessité de « mettre à plat des problématiques au sein de conseils élargis ». D’autres aspirent à « améliorer la diffusion de l’information et expliquer les choix faits et le fonctionnement des paroisses des diocèses ».

Certains proposent aussi des « conférences sur les grands thèmes actuels », ou encore de « réunir des jeunes pour leur demander comment ils voient l’Église, comment ils veulent participer ».

La communication aide à nous mettre en marche vers la synodalité.

C’est ce désir d’une Église plus synodale qui transparaît aujourd’hui. L’expérience de ce questionnaire est une des pierres de notre mise en route pour « avancer ensemble ».

Mais la synodalité, c’est aussi, et peut-être avant tout, chercher à connaître l’avis de Dieu. C’est aussi ce que l’on voit dans le désir de revenir à l’Évangile. Nombreuses ont ainsi été les personnes à se référer à l’Évangile, aux textes, comme nourriture première qui nous pousse à l’action.

Des chemins s’ouvrent, dont nous pouvons être parties prenantes. C’est en empruntant une piste que le chemin se trace, et toutes ces propositions illustrent l’existence de ces voies devant nous : à chacune et chacun d’y tracer sa route, d’exercer son discernement, à l’écoute des pas de Dieu dans son cœur.

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