CCFD-Terre Solidaire : rencontre avec le Guatemala

Liduvina-Carlota MENDEZ-GARCIA est psychologue, chargée de formation dans le collectif « Actoras de cambio ». Elle a 55 ans et 3 enfants.

Le viol comme arme de guerre, le point de vue du collectif « Actoras de cambio »

Au Guatemala, les femmes vivent dans la peur d’être torturées, violées, voire assassinées. Elles ont compris ce que recouvrait l’acte de viol : une véritable arme de guerre et de soumission qui détruit l’identité de la victime et de sa communauté. Et pourtant personne n’en parle. Les viols perpétrés de manière systématique contre les populations mayas pendant la guerre civile qui a duré 36 ans au Guatemala sont passés sous silence. Si les accords de paix ont été signés en 1996, la guerre continue pour les femmes. Pourquoi ? Parce que le silence garantit une impunité totale aux violeurs et permet que ces crimes sexuels se perpétuent. Parce que, effacer de la mémoire collective l’expérience et la souffrance des victimes, c’est leur refuser la possibilité d’exister et de se reconstruire.
De tous les crimes contre l’humanité, de tous les actes de torture, le viol est le seul auquel la victime est soupçonnée d’avoir consenti. Par conséquent, après avoir survécu au viol, les femmes doivent encore faire face toute leur vie durant à une escalade de la violence à leur égard. Ou alors, de peur d’être pointées du doigt, stigmatisées, et violentées, elles préfèrent garder le secret, un secret générateur de maladies et d’angoisses.

L’action du collectif « Actoras de Cambio »
Les femmes mesurent la dimension politique du problème, ce qui les encourage à le combattre. L’association opère un travail de mémoire historique dont l’objectif à long terme est la prise de conscience sociale et la transformation de la société pour que ces crimes ne se reproduisent plus et que les relations hommes-femmes et mayas-métisses puissent s’établir d’égal à égal, et non en termes de subordination et de domination.

Ce collectif a donc mis en place des groupes de parole et de conscience qui aident les femmes à se reconstruire. L’association les pousse à créer de véritables réseaux de solidarité afin qu’elles s’entraident et unissent leurs forces pour se défendre et défendre leurs droits ; elle cherche à faire reconnaître le viol comme crime contre l’humanité dans le cadre de la Commission interaméricaine des droits humains.
Ces femmes prennent de véritables risques en s’exposant au public, des risques qu’elles acceptent dans l’espoir d’éviter à leurs filles et à leurs nièces de subir la même chose qu’elles. La visibilité médiatique est aussi une protection contre des menaces de mort malheureusement régulières dirigées à leur encontre.

« Actoras de cambio » est à la recherche de financements afin de poursuivre la formation, d’acquérir des locaux, d’ouvrir des bibliothèques…

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