Présentation du Seigneur

Carmel de Figeac
Mardi 2 février 2021

- Homélie de Mgr Laurent Camiade, évêque de Cahors :

Mes sœurs, mes frères,

Jésus est désigné par le vieillard Syméon comme la lumière des nations et la Gloire d’Israël, le Peuple de Dieu.

Ces expressions reprennent des formules bibliques de l’Ancien Testament, mais il nous est peut-être peu évident d’en mesurer toute la nouveauté. Mettre en premier l’expression « lumière des nations » est déjà tout un programme que Jésus va suivre et continue de suivre aujourd’hui encore. Le peuple d’Israël, habité par sa conscience d’être élu pouvait oublier que le Salut qui devait naître chez lui n’était pas que pour lui, mais bien pour toutes les nations. La vie, le ministère, la mort et la résurrection de Jésus éclairent tout homme, toute femme de bonne volonté. Par lui, malgré toutes les divisions, tous les clivages, les oppositions et les guerres, nous redevenons tous frères comme le rappelle notre Saint-Père le pape dans sa récente encyclique.

Il peut nous sembler que Jésus aujourd’hui n’éclaire plus grand monde. La distance culturelle de la société avec les Évangiles et avec la vie de l’Église peut laisser croire qu’une obscurité terrible s’est faite sur beaucoup de nos contemporains. Les enfants catéchisés sont de moins en moins nombreux, les pratiquants sont ultra-minoritaires et la pandémie n’arrange rien à cette situation. La culture chrétienne semble s’estomper dans nos pays.

Pourtant, la lumière qu’a perçue Syméon en voyant entrer Marie et Joseph portant l’enfant Jésus quarante jours après sa naissance existe toujours. Mais comme à Jérusalem au début de l’an zéro, cette lumière n’est visible qu’aux yeux de celui qui se laisse guider par l’Esprit Saint. Tout le monde n’est pas Syméon ni la prophétesse Anne. Il y a des pré-requis. L’Évangile en cite quatre : Syméon était juste, religieux, attendant le salut promis, l’Esprit Saint était sur lui. Nous ne pouvons pas gommer les deux premiers pré-requis : être juste et religieux. Si seulement compte pour nous la réussite matérielle individuelle, si nous méprisons les plus petits, si nous oublions qu’il y a un Père créateur à qu’il est juste et bon de rendre grâces, la lumière des nations ne sera pas visible pour nous. Or, il existe aujourd’hui encore de nombreuses personnes, catéchisées ou pas, qui s’efforcent d’être justes et qui cherchent Dieu, parfois sans le savoir ni lui donner de nom, mais elles perçoivent au fond d’elles-mêmes l’appel de l’Esprit Saint.

Le troisième pré-requis, commun à Syméon et à la prophétesse Anne est qu’ils attendent la consolation d’Israël. Cela suppose une culture fondée sur la Révélation. Il faut connaître quelque chose de la promesse de Dieu qui vient consoler son peuple. Aujourd’hui, l’anti-sémitisme réapparaît et s’amplifie, en particulier à cause des réseaux sociaux, on ne peut que s’en désoler. Mais on peut se dire malgré tout que, d’un autre côté cela nous garde d’oublier que la révélation biblique existe, puisque certains combattent encore le Peuple de la première alliance. Ce combat s’étend parfois aussi aux chrétiens qui se sentent souvent dans la même insécurité et subissent, de par le monde, de violentes persécutions. Pour les juifs et pour les chrétiens, vivre selon la vérité de la promesse de Dieu, témoigner de l’espérance, c’est souvent onéreux et parfois même cela conduit à le payer de sa vie. Et par ces épreuves, un témoignage de confiance en la promesse de Dieu est présent dans notre monde.

Mais pour ce qui en est de ceux qui combattent la vérité, ils font preuve d’un aveuglement très grand. Cet aveuglement n’est pas nouveau puisque déjà Hérode a voulu tuer l’enfant Jésus et a fait massacrer les saints innocents qui furent les premiers témoins-martyrs du Christ, avant même de l’avoir connu. Et le jour de la Présentation, Syméon annonce à la Vierge Marie qu’un glaive percera son cœur. Cela se réalisera pour elle au pied de la croix. Et, aujourd’hui encore, le cœur de l’Église est transpercé d’un glaive par ceux qui ne veulent pas croire ni se laisser aimer, consoler et sauver par Dieu.

Tout cela nous remet sur le chemin du courage de la foi et de l’espérance. Quelles que soient les épreuves, attendons la consolation du Seigneur qui fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment. Cette attente est un désir sans limite, pareil à celui de sainte Thérèse de l’enfant Jésus qui se prenait à désirer le martyre mais constatait que même être martyre ne satisferait pas tout son désir : « car je ne saurais me borner, dit-elle, à désirer un genre de martyre… Pour me satisfaire, il me les faudrait tous… » (manuscrit B) Ce désir, pourtant, n’est rien, si on en croit la petite Thérèse car seule compte l’espérance aveugle en la miséricorde du Seigneur (cf. Lettre à sa sœur Marie).

L’Esprit Saint était sur Syméon. C’est Lui qui l’inspire à venir au Temple. C’est Dieu le Père, qui par l’action de son Esprit, attire tout homme à Jésus. Si nous désirons être comme Syméon et Anne, ces deux vieillards du Temple de Jérusalem et prendre Jésus dans nos bras, c’est que l’Esprit Saint est sur nous et il suffit de nous laisser attirer vers Jésus. Il y a là une attitude, non seulement de confiance, mais aussi d’abandon à l’œuvre de l’Esprit. Aujourd’hui, l’Église traverse de rudes épreuves. Toutes les forces vives, ou presque, sur lesquelles elle croyait s’appuyer pour retrouver l’espoir d’un avenir plus dynamique, se sont écroulées dans la honte. Désaffection des mouvements d’apostolat des laïcs, chute des vocations, abus sexuels et abus spirituels, scandales financiers et tant d’autres motifs de déception et d’appauvrissement. Si nous cessons d’espérer que l’Esprit Saint vit dans l’Église et que c’est Lui qui la fait vivre, si nous mettons notre espérance ailleurs que dans le Christ et sa miséricorde, il n’y a plus qu’à s’écrouler une bonne fois.

Or, c’est précisément cette expérience là, cette expérience qui n’est pas une démission ni un découragement, qui ne nous empêche en rien de continuer notre route mais au contraire nous en donne la force, c’est cet élan paradoxal de ceux qui savent ne pouvoir s’appuyer que sur la force de Dieu, qui est le véritable abandon que Dieu attend de nous. «  Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole » chantait le vieillard Syméon. La gloire d’Israël, la gloire de l’Église, c’est l’espérance aveugle, c’est l’abandon qui ne s’appuie que sur la miséricorde de Dieu. Car, voyez-vous, ce qui est beau dans l’Église, aujourd’hui, c’est que, malgré tout ce qui l’affaiblit, elle continue d’entreprendre et de compter sur Dieu ! Il n’y a jamais eu tant de projets missionnaires que depuis que nous sommes atteints par l’évidence de nos faiblesses. Et ça, c’est le signe que l’Esprit Saint agit, que l’Esprit Saint est sur nous.

Nous savons que la lumière des nations brille encore puisque nos communautés ne démissionnent pas de leur vocation à cultiver l’amitié fraternelle et puisque nous nous laissons guider et porter par l’Esprit Saint. L’effort pour développer entre nous la justice et l’esprit religieux, même confronté à nos échecs et nos insuffisances natives, trouve un nouvel élan dans l’espérance en Dieu qui vient toujours consoler son peuple. La lumière des nations et la gloire de son Peuple, c’est Jésus-Christ, sa miséricorde ne déçoit pas.

Amen.

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