Consécration de l’autel de l’église d’Assier

Dimanche 29 octobre 2023


- Homélie de Mgr Laurent Camiade :

L’autel est au centre des regards quand on entre dans une église, il est un symbole du Christ Jésus lui-même qui, dans le sacrifice eucharistique est tout à la fois « le prêtre, l’autel et l’agneau du sacrifice ». On place toujours des reliques dans un autel consacré. Les saints ont eu une vie habitée par la grâce du Christ, ils sont des témoins du Christ. A travers l’autel, nous pouvons voir notre propre vocation, la vocation de tout homme et toute femme à la sainteté. Nous sommes destinés à être nous-mêmes l’autel du Christ, à le recevoir en nous offrant avec lui et en devenant un autel vivant.

Les deux saints dont les reliques seront placées dans cet autel ont été canonisés il y a quelques années le 18 octobre 2015, ils n’auraient pas pu être mis dans un autel avant cette date ! Cela montre bien l’actualité de notre vocation à la sainteté. De plus, c’est un couple marié, presque l’image de M. et Mme Tout-le-monde. Personne n’est exclu de l’appel à la sainteté. Le pape François aime parler des « saints de la porte d’à côté ». La sainteté passe souvent inaperçue. Si Louis et Zélie Martin (Martin, un des noms propres les plus communs en France !), s’ils n’avaient pas été les parents de sainte Thérèse de l’enfant Jésus, leur sainteté n’aurait peut-être jamais attiré l’attention de personne, mais ils n’auraient pas été moins saints ! Deux humbles personnes, petits artisans, Louis était horloger et Zélie couturière, assez adroite pour réaliser le célèbre « point d’Alençon ». Cela me fait penser au soin qu’ont eu nos artisans, ébéniste, peintre et marbrier pour réaliser ce bel autel. Le travail bien fait, le bon goût et la recherche de la beauté sont de vrais chemins de sainteté ! Merci à vous.

Sans avoir eu une vie facile, Louis et Zélie ont su toujours habiter d’amour les différents moments de leur existence. Et ils ont su transmettre cet amour, donner envie d’en vivre. Il me semble qu’une des forces de cette famille attirée par la sainteté a été son sens de Dieu, « Dieu premier servi » comme disait Jeanne d’Arc. Louis et Zélie ont tout deux envisagé de donner leur vie à Dieu, mais ils n’ont été ni l’un ni l’autre acceptés dans les communautés aux portes desquelles ils ont frappé. Cela voulait dire que là n’était pas leur vocation. Zélie écrira plus tard : « J’aime les enfants à la folie, j’étais née pour en avoir… » Remarquez que toute femme pourrait peut-être dire cela car la capacité d’avoir des enfants est inscrite dans son corps. Même une religieuse, même chacune des cinq filles de Zélie qui ont renoncé à avoir des enfants étaient pourtant nées pour en avoir, mais elles ont été appelées à une autre forme de fécondité, à un renoncement par amour pour le Christ, pour témoigner du royaume de Dieu, de la grandeur de Dieu et de son salut.

La première lecture d’aujourd’hui, prévue pour l’anniversaire de la dédicace d’une église évoque ce sens de Dieu vécu par la famille Martin selon des vocations différentes. Au moment même où l’on consacre le Temple de Jérusalem. Salomon s’émerveille non pas tant d’avoir construit un Temple magnifique pour le Seigneur, mais de la grandeur de Dieu : «  il n’y a pas de Dieu comme toi, ni là-haut dans les cieux, ni sur la terre ici-bas […] Les cieux et les hauteurs des cieux ne peuvent te contenir : encore moins cette Maison que j’ai bâtie ! » Voilà toute la grandeur de Dieu ! Tout ce que nous pouvons bâtir dans ce monde et qui veut manifester sa gloire, toutes les œuvres que nous pouvons faire, toutes nos initiatives aussi heureuses et fécondes soient-elles ne peuvent jamais contenir le Dieu éternel. Nul ne peut contenir « le Christ, le Fils du Dieu vivant » que désigne saint Pierre dans l’Évangile. Et pourtant, lui, sur l’autel, se rend présent pour nous. Lui, a pitié de nous. Lui, s’abaisse à notre niveau pour nous élever vers son Père. Voilà tout le sens de ce qui se passe sur l’autel au moment de la consécration du pain et du vin.

Une église est un lieu de prière. Elle permet de se réunir pour prolonger sans fin la prière du roi Salomon au jour de la consécration du Temple : « Écoute la supplication de ton serviteur et de ton peuple Israël, lorsqu’ils prieront en ce lieu. Toi, dans les cieux où tu habites, écoute et pardonne. » (1 R 8,30) Ainsi le Temple de Dieu sur la terre n’enferme pas Dieu, mais il facilite un contact entre le peuple qui se rassemble sur la terre et le Dieu qui habite dans les cieux qui écoute et pardonne. Nos églises sur la terre, comme aussi les âmes des saints, ne peuvent contenir Dieu, mais elles permettent d’expérimenter sa proximité. Il écoute et pardonne. Il vient réparer nos vies toutes cabossées.

En ces temps de violence et de conflits armés sur la terre même où Salomon avait bâti le Temple de Dieu, le recours à la prière est plus que jamais nécessaire. La violence est partout dans notre monde, même dans nos familles ou au sein même des établissements scolaires, nous le savons trop bien. La paix en nous-mêmes, entre nous avec nos proches, dans nos villages comme à l’échelle des États, des religions et des peuples ne peut avoir qu’une seule origine, et c’est le Christ. Personne ne peut faire la guerre au nom de Dieu. Celui qui guerroie au nom de Dieu paraît dire qu’il ne compte pas réellement sur Dieu pour faire justice, qu’il ne compte que sur des forces humaines. Tous les fanatismes politico-religieux sont partis de cette fausse et prétentieuse idée que « Dieu n’a d’autres bras que les nôtres » et ils prétendent s’acquitter par leurs propres forces des promesses de Dieu, ce qui leur donne l’illusion de justifier n’importe quelle action, même la plus immorale. Le père de Salomon, bâtisseur du Temple de Jérusalem, le roi David, avait fini par comprendre cela. Il ne lui était plus permis, à lui David, qui avait mené tant de batailles sanglantes, de construire lui-même le Temple de Dieu (cf. 1 Ch 22,8). Le roi David avait compris tardivement qu’il n’est pas bon de répondre à la violence par la violence. C’est seulement lorsque son autre fils, Absalon, s’est rebellé contre lui, contre son propre père, que David a compris que l’escalade de la violence ne mène à rien. Il a alors étonné son entourage en acceptant qu’un homme, Shiméï de la tribu de Benjamin, l’insulte et le maudisse sans réagir. Il dit à ceux qui voudraient le faire taire : « Même celui qui est mon propre fils s’attaque à ma vie : à plus forte raison ce descendant de Benjamin ! Laissez-le maudire, si le Seigneur le lui a ordonné. » (2 Sm 16,11). La défaite d’Absalon surviendra seulement après cette conversion du roi David et la mort de son fils sera pour ce dernier un grand deuil, « la victoire, ce jour-là, se changea en deuil pour tout le peuple » (2 Sm 19,3).

Dans l’Évangile de ce jour, Jésus montre lui aussi l’opposition radicale entre la chair et le sang d’un côté et l’œuvre du Père de l’autre : lorsque Pierre a confessé la foi en Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant, le Seigneur dit « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » (Mt 16,17) La foi au Christ ne peut se fonder sur la chair et le sang, mais seulement sur une révélation du mystère du Père. De fait, c’est quand nous savons et sentons que le Dieu éternel et tout-puissant est proche que nous trouvons la paix. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jn 14,27) dit le Seigneur et nous le répétons à chaque messe, lorsqu’il est présent dans son corps livré et son sang versés déposés sur l’autel. Cette paix, si nous l’accueillons en nous, nous devenons capables de la partager. Une communauté chrétienne doit cultiver ce goût du partage, partage de nos biens matériels mais aussi spirituels, partage de nos raisons d’espérer.

Frères et sœurs sur l’autel qui va être consacré au cours de cette messe, nous pourrons trouver une nourriture qui fera grandir notre communion et notre ardeur spirituelle. Que grandisse notre désir de sainteté, notre force pour surmonter les épreuves, notre sens de la grandeur infinie du Dieu qui se fait proche et notre goût pour partager dans la paix tous les biens que nous recevons de Lui.

Amen.

+ Mgr Laurent Camiade, évêque du diocèse de Cahors

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