La loi de bioéthique "Tous vraiment concernés"

Juin 2021

Marie Françoise Mas :

Chers lecteurs,

Avec la joie de se retrouver, poursuivons le décryptage, certes technique mais essentiel, de cette loi. Abordons maintenant la partie complexe relative à l’embryon humain.

L’embryon est le premier stade du développement humain de la fécondation à trois mois de grossesse. Il prend ensuite le nom de fœtus. L’embryon s’implante, « se nide », dans l’utérus maternel au 7e/8e jour. Les premiers jours il n’est qu’un petit amas de cellules mais un humain, en devenir. « Lorsque l’ovule maternel, est fécondé par le spermatozoïde (dès la rencontre des gamètes mâle et femelle) se trouve inaugurée une vie qui n’est ni celle du père, ni celle de la mère, mais un nouvel être humain qui se développe pour lui-même ». Jean Paul II. Ainsi donc nous avons tous été un embryon.

Dans le cadre de la recherche, l’embryon humain est très convoité. En effet, sa création à des fins de recherche reste interdite. Les laboratoires travaillent, à l’heure actuelle, sur des embryons surnuméraires. Ceux-ci sont issus de fécondations in vitro (FIV) pratiquées dans la prise en charge de problèmes d’infertilité de couples hétérosexuels.

La question du statut de l’embryon se heurte à un vide juridique. Une fois congelés, leur devenir est suspendu au « projet parental ». Les parents peuvent décider de les implanter ultérieurement dans l’espoir de voir naître des enfants, d’autoriser leur accueil par d’autres couples, de les remettre à la recherche ou de les laisser détruire.

Le projet de loi prévoit de porter le délai de recherche sur l’embryon de 7 à 14 jours. L’augmentation de ce délai risque d’ouvrir la voie à une exploitation commerciale de l’embryon.

La recherche sur l’embryon reste soumise à une demande d’autorisation auprès de l’Agence de Biomédecine (ABM) alors qu’une simple déclaration à l’ABM est suffisante pour la recherche sur les très précieuses cellules souches.

- Les cellules souches sont de deux types :

- Les cellules souches embryonnaires humaines pluripotentes (CSEh).

Elles sont prélevées sur des embryons surnuméraires entre le 5e et 7e jour suivant la fécondation. Elles ont la capacité de se multiplier à l’infini (auto-renouvellement) et de donner naissance à tous les types de cellules constituant les différents organes du corps humain ; c’est la « pluripotence ». Leur prélèvement entraîne la destruction de l’embryon.

- Les cellules souches multipotentes induites IPS (Induced Pluripotent Stem cells)

Ces cellules sont générées à partir de cellules différenciées des divers organes du corps humain (peau, sang, os…). Elles sont dédifférenciées en leur faisant remonter le temps pour les rendre à nouveau actives par la réactivation de gênes adaptés. Elles sont ainsi ramenées à leur état initial. Dès lors elles redeviennent actives uniquement dans leur origine spécifique (peau, sang, os…). Le projet de loi autorise aussi la création de gamètes artificiels après simple déclaration auprès de l’ABM. Comme cela a été dit plus haut, à l’heure actuelle, la fécondation de ces gamètes, c’est-à-dire la création d’embryons, est interdite.

- Embryons chimères :

Une chimère est un monstre mythologique qui est soit un homme-animalisé, soit un animal-humanisé.

En biologie : c’est un organisme composé de types génétiques différents avec modification du génome. C’est un OGM.

Si l’Assemblée Nationale interdit l’insertion de cellules animales dans l’embryon humain, elle permet l’insertion de cellules humaines dans l’embryon animal : embryons chimères. Cela a été fait récemment par deux équipes, dont une française : embryon homme-macaque. Cette expérimentation a pour but d’avoir une connaissance plus précise de l’embryon, de développer des modèles animaux de pathologie humaine et de produire des greffons.

Le Conseil d’Etat attire l’attention sur les enjeux d’une telle technique et le Sénat, quant à lui, rejette cette proposition au risque de « représentation humaine » et de « conscience humaine chez l’animal ».

Il paraît donc vraiment nécessaire de mener aussi une réflexion sur les risques sanitaires et d’instrumentalisation des animaux dans ces pratiques.

- Embryons transgéniques :

Ils se caractérisent par une modification partielle de leur génome. La technique CRISPR-Cas9 permet de couper une séquence d’ADN pour l’éteindre, l’atténuer ou la remplacer par une autre, créant des bébés OGM. La finalité thérapeutique de cette technique : combattre tout d’abord les maladies génétiques, doit cependant être particulièrement encadrée pour ne pas etre détournée vers une finalité eugénique, ou « flirter avec le transhumanisme » Ricœur.

- Les bébés médicaments :

Cette technique offre aux parents d’un enfant atteint d’une maladie sanguine incurable, condamné à brève échéance, de recourir à une greffe de cellules souches. Ces cellules proviennent du sang du cordon du nouveau-né, spécialement conçu pour sauver son ainé malade. Un double diagnostic pré-implantatoire, DPI, est nécessaire avant de placer l’embryon dans l’utérus maternel. Le 1er tri élimine les embryons malades, le 2e les embryons incompatibles, soit généralement 3 embryons compatibles sur 13. Ces bébés sont aussi appelés « bébés du double espoir » pour cette raison.

Plusieurs points de réflexion émergent :

- En ce qui concerne l’enfant receveur : grâce au sang du cordon du bébé donneur, il reçoit une greffe de moelle osseuse. Auparavant cet enfant a dû subir une chimiothérapie lourde pour détruire ses cellules malades et son système immunitaire en vue de recevoir la greffe et d’éviter son rejet. Ce traitement n’est pas dénué de risque et n’est pas assuré de succès dans tous les cas.

- En ce qui concerne le bébé donneur : sa conception s’inscrit elle dans un projet parental d’amour et/ou dans un besoin d’embryon ? Quelle responsabilité pèsera sur l’enfant en cas d’échec ?

- Enfin, la question du tri des embryons se pose d’autant plus que le réseau français du sang placentaire est en capacité de répondre, de manière éthique, à toutes les demandes.

- Le décryptage de la loi nous dévoile les enjeux de ces différentes innovations. Sous couvert d’avancées thérapeutiques, la loi légitime des pratiques qu’elle encadre par des règles. Mais, au fil du temps, ces lignes rouges ont tendance à s’effacer, voire à disparaître !

- En conclusion : En raison du changement profond de notre humanité qu’imposerait cette loi, s’informer, réfléchir sont la base de notre démarche éthique personnelle. Cette prise de conscience diffusera naturellement dans notre entourage et, peut-être, nous incitera à être des lanceurs d’alerte. Le respect de l’intégrité de l’espèce humaine s’inscrit totalement dans l’écologie intégrale : « Tout est lié » Pape François.

Marie Françoise Mas
le 4 juin 2021

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